La présence du président Félix Tshisekedi à Kampala, à la fois pour conclure la 9e session de la commission permanente mixte RDC-Ouganda et pour assister à l’investiture de Yoweri Museveni, souligne l’importance croissante des liens entre Kinshasa et Kampala. Cette rencontre n’est pas simplement protocolaire ; elle symbolise une volonté politique forte de renforcer une alliance qui, bien qu’entachée de tensions, revêt un caractère stratégique dans un contexte régional complexe. Depuis novembre 2019, les deux pays ont engagé un rapprochement qui se manifeste par une série d’échanges au plus haut niveau. Cet engagement a été consolidé avec la signature d’accords militaires, notamment le mémorandum sur l’opération conjointe Shujaa contre les ADF, des groupes armés qui menacent la stabilité de l’est congolais. En ce sens, l’Ouganda s’affirme comme un partenaire militaire clé pour la RDC, non seulement pour la sécurité, mais également pour le développement économique. En effet, alors que la RDC devient le premier débouché commercial pour l’Ouganda, avec une hausse spectaculaire des exportations, cet aspect économique vient renforcer les liens déjà établis. Les investissements dans les infrastructures, comme les nouvelles routes qui faciliteront les échanges commerciaux, témoignent d’une ambition commune d’aller au-delà du milliard de dollars dans les échanges. Les six mémorandums d’entente prévus lors de cette rencontre, couvrant divers secteurs tels que le commerce, les transports et les télécommunications, illustrent cette volonté de collaboration renforcée. Cependant, cette alliance ne se fait pas sans frictions. Les récentes déclarations du général Muhoozi Kainerugaba, menaçant des milices congolaises et appelant à des changements au sein des autorités militaires congolaises, montrent les tensions latentes qui persistent entre les deux nations. Ces sorties unilatérales pourraient nuire aux efforts de rapprochement, menaçant l’équilibre délicat établi par des années de négociations diplomatiques. Dans un contexte où Washington semble vouloir rapprocher la RDC et le Rwanda autour de questions de ressources stratégiques, Kinshasa est consciente de l’importance de ne pas marginaliser l’Ouganda, qui demeure un acteur militaire et économique incontournable dans la région. La présence de Tshisekedi à l’investiture de Museveni n’est pas seulement un acte de soutien; c’est un message clair : Kinshasa cherche à affirmer son attachement à cette alliance tout en naviguant les complexités d’un environnement régional en évolution. L’avenir de la relation RDC-Ouganda dépendra de la capacité des deux pays à gérer ces tensions tout en exploitant les nombreuses opportunités qui se présentent. Seule une approche collaborative, empreinte de respect mutuel et de dialogue, pourra assurer une stabilisation durable dans la région, au bénéfice des deux nations et au-delà. Dans ce cadre, la détermination de Tshisekedi à maintenir des relations solides avec Kampala est un signe d’espoir pour une coopération renforcée, malgré les défis qui restent à surmonter.
La Pros.