Au terme d’une visite de cinq jours en République Démocratique du Congo, le Secrétaire Général adjoint des Nations Unies aux Opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a dressé un tableau contrasté de la situation. Lors d’une conférence de presse tenue à Beni, le dimanche dernier, il a révélé que les plus hautes autorités congolaises souhaitent non seulement le maintien mais aussi l’intensification de la coopération avec la MONUSCO. Cependant, cette volonté politique se heurte à un mur financier : une crise de liquidités sans précédent, due aux contributions non versées par des Etats membres, menace de paralyser la plus grande mission de maintien de la paix de l’ONU.
« Le message très clair qui m’a été délivré, c’est que les autorités congolaises souhaitent que la MONUSCO reste en République démocratique du Congo, continue à travailler et que notre coopération se poursuive et même s’intensifie », a rapporté Jean-Pierre Lacroix, à la suite de ses entretiens à Kinshasa avec le Président de la République Félix Tshisekedi et la Première Ministre Judith Suminwa. Les autorités espèrent notamment que la MONUSCO pourra jouer un rôle clé dans la supervision d’un éventuel cessez-le-feu, une étape jugée cruciale pour avancer vers la paix.
Sur le plan opérationnel, Jean-Pierre Lacroix a rendu hommage au travail des casques bleus, soulignant que des centaines de milliers de personnes déplacées dépendent directement de la protection de la MONUSCO notamment, autour de bases comme celle de Fataki en Ituri. Au-delà de cette protection directe, il a insisté sur le renforcement des opérations conjointes menées avec les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) pour contrer les actions de ceux qui perpétuent la violence, en particulier les groupes armés comme les ADF. Il a également salué l’excellente coopération avec les autorités provinciales en Ituri et au Nord-Kivu, la qualifiant de solide plateforme pour avancer.
‘’Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a un travail conjoint qui s’est renforcé notamment entre la Force et les FARDC. Il y a des opérations conjointes qui sont conduites. Il y a des projets pour faire davantage encore sous l’autorité de Madame Keita et la responsabilité du Commandant de la Force. Je ne pense pas devoir voir en dire plus parce qu’il vaut mieux maintenir un certain degré de confidentialité sur ce qui est fait.
Mais nous sommes en face d’un défi qui n’est pas nouveau et dont il est connu qu’il ne peut être traité qu’avec des efforts soutenus, une parfaite coordination et avec beaucoup de résilience face à la menace, comme vous le savez, de tous ces groupes armés, notamment des ADF, de toute menace d’ailleurs. Alors, évidemment, on voit davantage là où la prévention a échoué et on ne voit pas quand la prévention a réussi’’, a-t-il déclaré.
Processus de paix
Abordant le volet diplomatique, le Secrétaire Général adjoint a rappelé l’importance des processus de Washington et de Doha, qui ont abouti à des engagements significatifs. Il a toutefois lancé une mise en garde sévère : « Alors il ne faut pas minimiser l’importance de ces processus et de ces efforts diplomatiques. Mais simplement, ce qu’il faut, c’est qu’ils s’intensifient, que les protagonistes qui s’impliquent fortement et nous en sommes parties, et continuent à le faire pour obtenir les résultats concrets sur le terrain, c’est-à-dire une diminution de la violence, un cessez-le-feu, la tenue et la mise en œuvre de tous les engagements qui ont été pris.
Et donc ce qu’il faudra absolument éviter, c’est que ces processus stagnent, s’étiolent ou s’érodent et où finalement, on passe à autre chose, sans résultat concret sur le terrain. Ça, c’est quelque chose que nous souhaitons pour notre part éviter. Et nous allons continuer très fortement à nous investir dans le soutien au processus politique et inciter les autres acteurs de ces processus politiques, bien sûr les parties et ceux qui s’impliquent ».
Pour l’ONU, la priorité absolue est d’obtenir une diminution de la violence et un cessez-le-feu effectif, pour lequel la MONUSCO a déjà des plans de supervision prêts à être déployés.
Le goulot d’étranglement financier
Le point le plus alarmant de son intervention a été l’épée de Damoclès financière qui pèse sur les opérations de maintien de la paix. Le numéro 2 des Nations Unies a révélé que le non-paiement des contributions obligatoires par certains Etats membres contraint déjà l’ONU à des mesures de restriction comme le gel des recrutements. Plus grave encore, l’incertitude sur les liquidités futures oblige la mission à élaborer des plans de contingence pour faire face à des restrictions encore plus sévères, qui auraient un impact sur toutes les opérations, y compris la MONUSCO. Il a appelé à la cohérence de la part des Etats membres qui, d’un côté, votent des résolutions soutenant un rôle accru pour la MONUSCO comme la résolution 2773 et, de l’autre, ne fournissent pas le soutien financier compatible. Il souligne que le soutien politique doit être accompagné des moyens financiers nécessaires pour sa mise en œuvre.
‘’Je crois que, parallèlement à nos plans de contingence, à nos plans dans la perspective, encore une fois, de restrictions financières encore plus fortes, il est important de continuer un plaidoyer pour que, encore une fois, toutes les contributions qui sont dues aux Nations Unies, et notamment au financement des opérations de maintien de la paix, soient payées dans leur totalité et en temps utile par tous les États membres. D’ailleurs, c’est une obligation qui leur incombe au niveau de la Charte, mais je dirais que ce que nous souhaitons, c’est de la cohérence de la part dans nos États membres’’, a indiqué Jean-Pierre Lacroix.
Coordination des opérations et souveraineté
Répondant aux questions des journalistes, Jean-Pierre Lacroix a précisé que si la solution à la crise doit être principalement congolaise, le concours des partenaires internationaux reste nécessaire en raison de la dimension internationale claire du conflit à l’Est. Concernant la collaboration militaire, il a insisté sur la bonne entente avec les FARDC et a exprimé le souhait de renforcer la coordination avec les forces ougandaises pour maximiser l’efficacité des opérations et éviter les tirs fratricides.
Nathan Mundele
