Car ces trois piliers de l’Etat qualifiés d’essentiels doivent refléter la cohésion nationale. Et celle-ci ne se décrète pas par le fait du prince. Au point où on en est, il faut absolument et impérativement un consensus national pour réparer des dégâts nationaux occasionnés souvent par inadvertance…
Un narratif d’une dangerosité extrême prend corps
Félix Tshisekedi est aujourd’hui dans la même situation que ses prédécesseurs obligés, autrefois, de céder aux revendications internes et externes relatives à la tenue d’un débat général sur la gouvernance institutionnelle.
Par réalisme, il est appelé à reconnaître que certains actes d’État posés sous son premier mandat et sous le mandat en cours sont de nature à ramener le pays à la case-départ, c’est-à-dire là où Joseph Kasa-Vubu entre 1960 et 1965, Mobutu Sese Seko entre 1965 et 1997, Laurent-Désiré Kabila entre 1997 et 2001 et Joseph Kabila entre 2001 et 2018 s’étaient retrouvés soit à leur accession au pouvoir, soit à leur départ du pouvoir, pour nécessiter un dialogue national, autre dénomination de Conférence nationale, Concertations nationales, Consultations nationales, etc.
On en compte une bonne quinzaine depuis la Conférence de Coquilathville (Mbandaka) en mai et de Tananarive (Madagascar) en septembre 1961.
Du reste, si les trois premiers pouvaient ressusciter et si le quatrième pouvait se joindre à eux pour un exercice de témoignage public, ils avoueraient les erreurs et les fautes qu’ils auraient dû ne pas commettre et qui ont affecté leurs mandats.
Aussi, en prenant pour causes justificatives du Dialogue « l’insécurité, la corruption, les détournements des deniers publics, les violations des libertés fondamentales, les effets inflationnistes résultant de la gestion de la monnaie, etc. », on ne peut pas dire de Félix Tshisekedi qu’avec ses mandats le Congo soit sorti de l’auberge.
Certes, par honnêteté intellectuelle, on se doit de lui reconnaître quelques performances dans certains domaines, notamment les infrastructures de base. Cependant, ces performances sont vite « avalées » par les contre-performances dans les domaines les plus sensibles : « transparence financière, amélioration du climat des affaires, respect des libertés fondamentales », etc. Surtout celles-ci.
Pour mémoire, l’Udps – à l’époque « fille aînée de l’Opposition » – y avait fondé et justifié sa lutte contre la dictature.
Mais voilà qu’une fois au pouvoir, il fait sien, par exemple, ce narratif d’une dangerosité extrême consistant à présenter en relais de Paul Kagame toute personne qui entend réfléchir différemment de l’approche du Pouvoir par rapport à la crise de l’Est de la RDC en particulier, des Grands Lacs en général. C’est le cas avec l’utilisation du terme « terroriste ».
Au fait, cette tactique de diabolisation remonte aux années 1990. L’Udps avait instauré une sorte de manichéisme faisant que toute personne qui ne s’alignait pas sur sa position était d’office catégorisé mobutiste, d’anti-changement. Il livrait en pâture à la colère populaire toute personne « rebelle aux idéaux du parti ». Comme c’est le cas aujourd’hui avec la fameuse Force du Progrès…
Pourtant, à propos du terme « terroriste », la réalité est que dans aucun de tous les accords et de tous les communiqués cosignés par les délégations congolaises à Nairobi, à Luanda, à Dar Es Salam, à Harare, à Doha et à Washington, il n’y apparaît pour désigner le M23, l’AFC ou l’AFC-M23.
C’est à croire que nos délégués ont fait le choix de se présenter en personnages « civilisés » quand ils sont en face des partenaires extérieurs et de s’en abstenir quand ils sont en face des Congolais « tenus en laisse ».
On se lance dans le panégyrique (alias Djalelo) … »
Résultat : le Congo est en train de retomber dans la décrépitude en renouant avec les antivaleurs contre lesquelles l’Udps s’opposait, au nombre desquelles le culte de la personnalité !
On oublie qu’à partir du moment où on se lance dans le panégyrique (alias Djalelo), on justifie et on normalise les déviations en perpétration dans la gouvernance institutionnelle, et finalement on (re)met l’État dans l’impératif du Débat national pour résoudre les problèmes de société qui surgissent.
Il s’agit de la recréation, de la refondation du Congo
Aujourd’hui, l’actualité politique se focalise sur la tenue ou non du Dialogue national.
Fait dramatique : une certaine élite congolaise réduit ces assises au partage du Pouvoir, récupérant à son compte le narratif de rue.
Pourtant, tout le monde a conscience du fait que «chaque dialogue a sa dynamique».
Tout le monde a conscience du fait que si on revient sur la tâche qu’on croit avoir bien exécutée, c’est qu’il y a eu à un niveau ou à un autre un ratage.
Pour être plus près de l’actualité, on peut dire que s’il y a eu entre octobre 2001 et avril 2003 le Dialogue inter congolais, c’est parce qu’on avait raté la Conférence nationale souveraine entre 1991 et 1992. De même, s’il y a eu en 2016 le Dialogue de la Cité de l’Union africaine et les Négociations politiques du Centre Interdiocésain, c’est parce qu’il y a eu des ratages au Dialogue inter congolais de 2001 à 2003 ainsi qu’aux Concertations nationales de 2013.
Dans la foulée, si le Pouvoir actuel a organisé en avril 2025 les Consultations présidentielles, c’est à la suite du ratage de la Consultation présidentielle d’octobre-novembre 2020.
Face à ces évidences, on doit avoir l’honnêteté de l’accepter : « tous les dialogues antérieurs n’ont pas apporté la stabilité escomptée parce qu’on n’a pas joué franc jeu, on a trop triché ».
Comme pour dire que si on va avec le même esprit de ne pas jouer franc jeu, de continuer de tricher, même le Dialogue en cours de réclamation en cachera un autre, à organiser dans 20 ou dans 40 ans !
À partir de cet instant, les Congolais sont appelés à une sorte de catharsis collective, de ressaisissement général pour un réarmement moral national effectif.
Pour une fois, les Congolais doivent jouer carte sur table avec pour mot d’ordre « PLUS JAMAIS ÇA ! », et ce dans le sens de « Plus jamais de violation de la Constitution », « Plus jamais de revendication de quoi que ce soit par les armes », « Plus jamais d’élections bâclées », « Plus jamais de détournements des deniers publics », « Plus jamais de corruption », « Plus jamais de contrat léonin », « Plus jamais de nominations à base ethno-tribale », « Plus jamais de député ou de sénateur avec pour suppléant un membre de famille » ; « Plus jamais de membre de famille biologique dans un cabinet », « Plus jamais de contrat de gré à gré », « Plus jamais de naissance sans déclaration à l’Etat civil », « Plus jamais de travail sans couverture sociale », « Plus jamais de militaire ou de policier sans caserne », « Plus jamais de cachots ou de prisons en surpopulation », « Plus jamais d’acquisition des parcelles d’habitation sans lotissement préalable », « Plus jamais d’arrestation et de détention arbitraires dans des cachots ou des prisons», « Plus jamais de cachots clandestins », « Plus jamais de candidature à la députation ou à la sénatoriale pour objectif de devenir ministre », « Plus jamais de véhicules avec volant tantôt à gauche, tantô
t à droite dans nos artères », bref « Plus jamais de ceci ou de cela qui mette à mal le vivre ensemble ».
C’est là juste un échantillon des maux qui rongent le pays.
Si le régime Udps/USN ne s’y reconnaît pas, tant mieux !
Le dialogue préconisé est celui de recréation, de refondation du Congo. Car la finalité sera la re-visitation de la Constitution et de l’Ordre institutionnel sur base des expériences de chacun des Dialogues tenus jusque-là au pays.
Tous peinent à produire les promesses des fleurs !
Un chantier du genre va au-delà du partage des postes. Un chantier du genre ne peut être l’affaire d’une famille politique, fut-elle majoritaire à 99,99 %.
Qui alors a la charge de l’initier ? Dans la configuration institutionnelle actuelle, c’est le Président de la République en fonction.
Tout en faisant valoir son droit d’être rassuré (Mobutu en 1991 et Joseph Kabila entre 2001et 2006 puis entre 2016 et 2018 l’ont précédé dans cette revendication), Félix Tshisekedi est appelé aussi à reconnaître cette vérité : depuis 7 ans bientôt, et son propre parti (Udps) et sa propre famille politique (USN) peinent à produire les promesses des fleurs !
Autrement, il n’aurait pas annoncé le samedi 2 août 2025 le changement de l’équipe qui, selon les siens, est en train de gagner.
Cosmétique, ce type de changement intervenant généralement la veille de tout dialogue n’est, à dire vrai, que comestible. Juste bon pour espérer gagner du temps, sans toutefois résoudre le problème du fond.
Ça fait 65 ans que ça dure avec le même résultat : finir inéluctablement par se faire rattraper avec risque, au mieux, d’y laisser quelques plumes, au pire toutes…
Omer Nsongo die Lema
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