(Par Jean-Marie Mutamba Makombo, Professeur émérite / Université de Kinshasa)
*« Nul peuple décidé à faire les sacrifices nécessaires pour sauvegarder son indépendance n’a définitivement été supprimé de la carte du monde ! ». Nous sommes appelés, peuple congolais, toutes tendances confondues, Majorité, Opposition, Société civile, à résister… »
Dans une des premières réunions du Chef d’Etat Major avec les généraux congolais au Palais de la Nation en 1997 sous les auspices du Directeur de Cabinet du Président Laurent Désiré Kabila, James Kabarebe posait malicieusement la question : « Quelles sont les faiblesses de l’armée congolaise ? ». Je parie que la question était posée pour connaître comment désorganiser et affaiblir notre armée. Nous nous sommes livrés poings et pieds livrés. C’est ainsi qu’il confiera avec outrecuidance à une journaliste : « L’armée congolaise n’est même pas capable de tuer une souris ! ».
Tout dernièrement, j’ai posé la même réponse à l’Intelligence Artificielle. Je reproduis la réponse que j’ai obtenue. A nos concitoyens d’apprécier, de voir ce qui est faux, et ce qui est vrai dans cette réponse.
« L’armée de la République démocratique du Congo (FARDC) est confrontée à de nombreux défis qui limitent son efficacité et sa capacité à assurer la sécurité du pays. Voici quelques-unes des principales faiblesses de l’armée de la RDC :
- Manque de ressources et de financement : Les FARDC manquent de financement adéquat pour assurer la formation, l’équipement et l’entretien de leurs troupes. Cela se traduit par un manque de matériel militaire moderne, des infrastructures inadéquates et des salaires insuffisants pour les soldats.
- Corruption et mauvaise gestion : La corruption est un problème endémique au sein de l’armée, détournant des ressources précieuses et minant le moral des troupes. La mauvaise gestion des finances et des ressources humaines nuit également à l’efficacité de l’armée.
- Manque de discipline et de professionnalisme : Le manque de discipline et de professionnalisme est un autre problème majeur. Les soldats sont souvent mal formés, indisciplinés et coupables de violations des droits humains.
- Divisions internes et manque de cohésion : L’armée est souvent divisée en factions rivales, ce qui nuit à sa capacité à agir de manière unie et efficace. Le manque de cohésion entre les différentes unités et le manque de confiance entre les officiers et les soldats sont également des problèmes importants.
- Présence de groupes armés : La présence de nombreux groupes armés dans l’est du pays, tels que le M23, met une pression constante sur l’armée et l’oblige à se déployer sur plusieurs fronts.
- Faiblesse du renseignement : Le manque de capacités de renseignement adéquates limite la capacité de l’armée à anticiper les attaques et à planifier des opérations efficaces.
Il est important de noter que le gouvernement de la RDC est conscient de ces problèmes et a pris des mesures pour tenter de les résoudre. Cependant, les progrès sont lents et de nombreux défis persistent ».
Certes nous avons perdu une bataille, mais nous n’avons pas perdu la guerre. Nous nous sommes toujours interrogé si nous ne pouvions pas acquérir la mentalité aguerrie des Vietcongs qui ont tenu tête à la puissante armée de l’Oncle Sam. Peut-on imaginer que des éléments armés de nos voisins angolais venaient trouver refuge au Bas-Congo en 1960-1961 lorsqu’ils étaient traqués par les Portugais ? Aujourd’hui l’armée angolaise est une armée qui se fait respecter en Afrique centrale. Et que dire du Maréchal Mobutu lui-même : « Natiaka mayele na ngai na ba bérêts rouges…etc ». Où est partie la vaillance de notre armée ?
Faut-il rappeler les exploits de la Force Publique ? Depuis l’époque coloniale, les autorités tiennent à marquer dans les esprits la participation du Congo aux deux guerres mondiales. Les visiteurs qui sont de passage dans la capitale, et qui parcourent les premières communes de Kinshasa, remarquent les noms de plusieurs rues qui rappellent aux générations à venir les succès de la Force Publique. En 1914-1918 : Dodoma, Itaga, Kato, Kigoma, Kilossa, Kitega, Mahenge, Nyanza, Rwakadingi, Usoke ; en 1940-1945 : Abyssinie, Assosa, Birmanie, Ethiopie, Gambela, Saïo, Victoire.
Le Colonel Molitor qui a dirigé la brigade Nord pendant la première guerre mondiale parle d’« une dette immense de reconnaissance envers les Noirs. Ils ont prouvé qu’ils étaient une force considérable qui peut nous rendre des services inappréciables, si elle est utilisée avec doigté et intelligence … ». Et le Père Jans qui a été l’aumônier du XIème bataillon pendant la seconde guerre mondiale de parler également d’«une grande dette de reconnaissance» et du «splendide soldat noir».
Dès le 15 août 1914, l’Allemagne de Guillaume II a transporté la guerre de l’Europe au Congo belge en foulant aux pieds la neutralité du bassin conventionnel du Congo décrétée dans l’Acte Général de Berlin en 1885. Il entendait réaliser ses visées et faire main basse sur le pays. Les Congolais ont été ainsi jetés malgré eux dans la Première guerre mondiale. Ne s’y étant pas préparés, ils devaient surmonter plusieurs handicaps avant de prendre part aux combats dans trois théâtres d’opération : le Kamerun, la Rhodésie et surtout l’Est Africain.
Au Kamerun, l’enjeu était de fournir une aide aux Alliés franco-britanniques qui la sollicitaient. La Force publique – l’armée coloniale belge – est entrée en campagne le 8 septembre 1914, et était de retour le 15 avril 1916. Sa participation fut saluée à juste titre à cause de sa bravoure et de son abnégation.
Un extrait de l’ordre du jour du général français Aimerick livre l’impression laissée par la Force publique : «Avant de me séparer du contingent de la force publique belge, j’ai le devoir d’exprimer combien la collaboration de ces belles troupes nous a été précieuse et j’adresse de tout cœur aux officiers, aux sous-officiers européens, à tous les gradés et soldats indigènes le tribut des éloges qu’ils ont mérités par leur bravoure au feu, par la patience et l’abnégation dont ils ont fait preuve pendant toute la durée de cette longue et pénible campagne ».
En Rhodésie (Zimbabwe), la Force publique a été sollicitée par les Anglais engagés dans le Sud – Ouest Africain (Namibie). Ils avaient été attaqués à Abercorn le 5 septembre 1914 par les Allemands venus de l’Est Africain. De novembre 1914 au 2-3 août 1915, la Force publique avec un contingent de 1415 hommes a pris part à la défense de plusieurs localités attaquées par les Allemands : Samfu, Abercorn, et Saisi. Le 20 novembre 1916, la médaille d’or dans l’Ordre de l’Etoile Africaine et la Croix de Guerre a été décernée au 1er sergent Barasi pour avoir : « Au cours du combat de Samfu (Rhodésie), le 20 mai 1915, (…) assuré, sous un feu violent, le transport du corps de son chef blanc tué. A été blessé deux fois. Malgré son bras gauche fracassé et une cruelle blessure à la cuisse, n’a point quitté son poste de chef et a porté sa section au point fixé par le commandant de compagnie. A refusé d’être évacué sur l’arrière, comme le proposait ce dernier, disant qu’il avait encore le bras droit valide et qu’il pouvait tirer en appuyant son arme sur le bras gauche. A suscité chez un officier allié cette réflexion : « Ce nègre a un cœur de blanc ». Face à la résistance rencontrée, les Allemands ont fini par lever le siège et se sont retirés début août 1915 à Bismarckburg.
La campagne de l’Est Africain a été la plus longue et la plus importante. Elle a connu trois phases. La première (août 1914 – avril 1916) a été dominée par deux préoccupations. Tout d’abord, la défensive. Il fallait assurer la défense des frontières orientales. C’est pourquoi une barrière fut constituée depuis le sud du lac Tanganyika jusqu’au nord du lac Kivu, et même en Ouganda. Puis ont été préparées les conditions qui allaient permettre de lancer l’offensive. Il fallait organiser les régiments et les brigades, organiser le portage et amener à dos d’homme tout l’équipement nécessaire : les vivres, les armes, notamment les canons démontés, les munitions, l’habillement, le matériel du campement, le matériel sanitaire.
Faute d’automobiles, les porteurs étaient indispensables. Le rapport était de 7 porteurs pour 1 combattant noir. Ces porteurs ont plus souffert de la guerre. Ils ont succombé en des proportions près de cinq fois plus fortes. Les pertes ont été de 6.600 porteurs attachés à la Force publique sans compter les «porteurs occasionnels, morts en plus grand nombre, essentiellement d’épuisement et de maladies lors des corvées d’étape». Il a fallu aussi mettre sur pied le système de courriers pour communiquer les informations.
L’issue de cette première phase fut indécise, la victoire souriant tantôt aux uns, tantôt aux autres. La deuxième phase a duré du mois d’avril 1916 à septembre 1916. Elle a commencé par une offensive générale et s’est terminée peu après par la prise de Tabora. L’offensive générale fut déclenchée le 18 avril 1916 par la brigade sud, suivie une semaine plus tard le 25 avril par la brigade nord. L’objectif était de prendre les Allemands en tenailles et de les encercler.
Le 19 septembre 1916, Tabora ploya sous l’étau des brigades sud et nord, et des forces du colonel Moulaert. Les Allemands se rendirent. L’armée coloniale fut démobilisée. La Force publique avait conquis plus de 200.000 km2 de terre allemande. Un commissaire royal belge, le Général Malfeyt, qui était précédemment Vice-gouverneur Général de la Province Orientale au Congo, vint s’installer à Tabora en février 1917 pour exercer l’autorité du pouvoir occupant.
La troisième phase de la campagne de l’Est Africain s’est passée de mai 1917 à novembre 1917, de Tabora à l’Océan Indien. La Force publique a travaillé en collaboration avec les Britanniques qui sollicitaient un corps expéditionnaire pour déloger les Allemands repliés du côté du sud-est. Des bataillons belges ont poursuivi et capturé une partie de la colonne du capitaine allemand Wintgens le 22 mai 1917. Concentrées à Dodoma et Kilossa, d’autres forces belges ont eu raison des troupes du général von Lettow-Vorbeck au cours des combats qui se déroulèrent en août et novembre 1917. Elles arrivèrent ensuite aux bords du plateau de Mahenge. Mahenge, le chef-lieu du dernier district allemand, fut occupé le 9 octobre 1917 après trois jours de combats âpres.
Continuant de prêter main forte aux Anglais, la Force publique poursuivit les Allemands qui leur avaient échappé à Mahenge, et fuyaient vers le sud. Si la colonne Tafel fut contrainte de se rendre le 27 novembre 1917, von LettowVorbeck s’est réfugié au Mozambique où il est resté jusqu’à l’armistice signé le 11 novembre 1918.
Pendant la seconde guerre mondiale, la Force publique est intervenue aux côtés des Britanniques, des Sud-Africains et des Français Libres. Un premier corps expéditionnaire a quitté le Congo le 5 février 1941 pour l’Abyssinie (Ethiopie) annexée par l’Italie. Un deuxième corps expéditionnaire est allé au Nigéria en juillet 1942 pour contenir les velléités vichystes au Dahomey (Bénin). Un troisième corps expéditionnaire a parcouru le Moyen-Orient en 1943 pour assister les Alliés. Des assistants médicaux et des infirmiers congolais ont sillonné plusieurs pays d’Afrique et d’Asie dans l’hôpital mobile belge.
La première victoire est celle d’Assosa, le 11 mars 1941, non loin de la frontière avec le Soudan. La Force Publique a dû emprunter des sentiers de montagne et des escarpements qui ont fait souffrir les porteurs, mais l’offensive a totalement surpris l’ennemi. Gambela était une cuvette devenue une étuve ; la Force publique l’a emporté le 23 mars malgré le peu de moyens dont elle disposait. Beaucoup plus nombreux et mieux armés, les Italiens ont désorganisé à deux reprises, mi-avril et fin avril, les plans d’attaque de la Force publique sur la rivière Bortaï. Mi-juin, la Force publique a buté à deux reprises encore sur Mogi. Surmontant le froid du plateau abyssin et la chaleur des pierres brûlantes, les pluies diluviennes qui ont causé de fortes crues mi-juin, les épidémies de dysenterie, de méningite et de variole qui faisaient des ravages dans la troupe, le manque de médicaments, le ravitaillement sommaire, le manque d’armements et de munitions, la Force publique a rempli le rôle d’enclume que lui assignait le commandement britannique. Elle s’est emparée de Saïo le 3 juillet 1941 après une manœuvre d’encerclement de moins de 48 heures. La Force publique a reçu la reddition de 9 généraux italiens, 370 officiers, 2.575 gradés et soldats italiens, 3.500 Erythréens et Gallas, 15.000 prisonniers dans le Galla-Sidamo.
Les nombreuses citations à l’ordre du jour pendant les deux guerres mondiales témoignent de la vaillance de la Force publique, des officiers et sous-officiers blancs et des troupes noires. L’adage se vérifie : « il n’y a pas de mauvaises troupes, mais de mauvais chefs ». Pour terminer, nous rappelons les paroles de nos héros. Le président Joseph Kasa-Vubu mourant trouve la force de dire à Mgr Ndudi Ndudi qui lui donne l’extrême onction : « J’insiste sur la sauvegarde de l’indépendance nationale ». Et le président Laurent-Désiré Kabila de proclamer : «Ne jamais trahir le Congo !».
