(Par Eric Kamba, Géostratège congolais, Auteur de La République confisquée et La Grande Usurpation)
La rumeur d’une possible annulation de la condamnation de Joseph Kabila par la Cour militaire — sous prétexte de « vérification de procédure » — soulève une question fondamentale :
Voulons-nous une République de droit, ou une République de compromis avec l’impunité ?
Ce qui se joue n’est pas un simple débat juridique. C’est un test moral et historique pour la nation congolaise.
La justice n’est pas un marché
Depuis plus de vingt ans, le peuple congolais a payé le prix fort d’un système fondé sur la prédation, la violence institutionnalisée et la confiscation de l’État.
Des millions de morts.
Un pays pillé.
Des institutions vidées de leur sens.
Et aujourd’hui, certains — infiltrés, corrompus ou recyclés dans les réseaux de la rente — voudraient nous faire croire que tout cela peut être effacé au nom du “dialogue”.
Non.
Le dialogue n’est pas une amnistie.
La paix n’est pas l’oubli.
La réconciliation n’est pas l’effacement des crimes.
Transformer la justice en monnaie d’échange politique est la plus grave trahison qu’un État puisse commettre envers ses citoyens.
Réhabiliter un usurpateur, c’est humilier un peuple
Joseph Kabila n’est pas un simple acteur politique.
Il est le symbole d’une usurpation historique, d’un système qui a :
- livré l’Est du Congo aux groupes armés,
- organisé le pillage systématique des ressources,
- et bloqué toute alternance réelle pendant près de deux décennies.
Le présenter aujourd’hui comme un interlocuteur « indispensable » à la paix est une insulte aux victimes, aux déplacés, aux femmes violées, aux villages rasés.
Un criminel politique ne devient pas un médiateur parce qu’il est encore puissant.
Le chantage du M23 ne peut dicter la justice
Si certains espèrent qu’en faisant des concessions judiciaires à Kabila on apaisera le M23 ou Kigali, ils se trompent dangereusement.
On ne négocie pas la souveraineté d’un État avec la peur.
On ne sacrifie pas la justice pour acheter une trêve.
L’histoire est claire :
Chaque fois que le Congo a cédé à l’impunité, la guerre est revenue.
La CPI n’est pas un slogan — c’est une exigence
La place de Joseph Kabila n’est pas dans un salon de négociation politique, mais devant une juridiction indépendante.
La Cour pénale internationale existe précisément pour les cas où les États hésitent à juger les crimes majeurs.
Refuser cela, c’est dire au monde que :
“Au Congo, on peut tuer, piller, trahir, puis revenir comme homme d’État.”
C’est inacceptable.
Jusqu’où irons-nous dans l’auto-trahison ?
Chaque génération congolaise a été confrontée à ce choix :
La vérité ou le confort du mensonge.
Aujourd’hui, nous y sommes encore.
Ou bien nous bâtissons un État où la loi est plus forte que les clans,
ou bien nous acceptons de rester une République confisquée.
Le peuple congolais mérite mieux que des deals secrets entre élites compromises.
Il mérite la justice.
Il mérite la vérité.
Il mérite la dignité.
Et aucune manœuvre politique, aucun “dialogue arrangé”, aucune pression armée ne changera cela.
Le Congo n’est pas à vendre.
Sa justice non plus.
Éric Kamba, Géostratège congolais
Auteur de La République confisquée et La Grande Usurpation
