(Par Professeur Florent Gabati)
La RDC ne doit pas faire le lit des jusqu’au-boutistes ou ouvrir la boîte de Pandore du nationalisme identitaire à chaque fois que les tensions politiques surgissent lors de graves crises sociétales ou à l’occasion des élections. Notre pays apparaît aujourd’hui l’une des régions au monde où la question identitaire devenue générique se manifeste de manière récurrente en raison de plusieurs facteurs notamment la fragmentation sociale où l’Etat n’a pas réussi à assurer une cohésion nationale, la mauvaise gouvernance, les inégalités sociales, la corruption, la discrimination, la haine. Tous ces ingrédients contribuent très souvent à la remise en question de l’identité nationale. Il demeure cependant que si le nationalisme identitaire est apparu en Afrique en général et en RDC en particulier comme une pathologie, une forme agressive à la construction de la notion Etat-nation et à la démocratie, cela tient en grande partie à la mauvaise gestion que les pays africains ont pratiquée de la question identité. C’est donc moins le nationalisme identitaire en lui-même qui fait problème que la propre faillite de l’Etat congolais à le traiter politiquement.
En RDC plus qu’ailleurs en Afrique, la tentation identitaire est donc prégnante dans le contexte de la crise profonde actuelle. Ces thématiques et ces éléments de langage restent bien connus : l’étranger s’empare du pouvoir afin d’exproprier les nationaux, pille les ressources au profit d’intérêts étrangers et leurs relais locaux, l’étranger s’infiltre dans tous les rouages de l’Etat.
Cette obsession identitaire de la politique congolaise vient davantage de la résurgence des conflits armés et du faible respect des valeurs démocratiques favorisant l’utilisation de l’identité comme moyen d’exclusion de certains acteurs politiques. Nul n’ignore aujourd’hui que les ivoiriens espéraient en avoir fini avec «l’ivoirité», les attaques aux relents identitaires pour discréditer le candidat de l’opposition Tidjane Thiam surgissent avec force. Le nationalisme identitaire refait surface en raison de la double nationalité franco-ivoirienne de Thiam et des origines sénégalaises de son père et cela dans le cadre de l’élection présidentielle de 2025. Le concept «l’ivoirité» avait été instrumentalisé en 1994 par Henri Konan Bédié dans sa lutte contre Ouattara et ses partisans. Ce terme demeurait une méthode xénophobe portée pour écarter un rival.
Les réalités actuelles recommandent une nouvelle observation de la question identitaire, un regard neuf et lucide de la problématique du nationalisme identitaire dans le cadre de la cohésion nationale, de la refondation de l’État congolais et surtout de la reconstruction nationale puisque la déliquescence du pays constitue une tragédie sans pareille. Les congolais doivent dans leur littérature sur la question identité nationale éviter de se faire passer comme des raseurs invétérés qui profitent sans vergogne de la moindre crise pour infliger soit à Joseph Kabila, soit à Moïse Katumbi ou Kamerhe l’interminable credo de l’étranger usurpateur.
Grâce à certains organismes indépendants liés au pouvoir judiciaire afin de dissiper toute ambiguïté quant à l’identité des personnalités politiques, les pays de l’Union européenne sont bien armés pour la vérification exhaustive des informations contenues dans le CV de ceux qui accèdent aux hautes fonctions de l’Etat.
En France, Nicolas Sarkozy, l’ancien président français a des racines en Hongrie et en Grèce. Aux USA, les parents de Hillary Clinton sont d’origine québécoise et française. L’intelligibilité véritable de la problématique identitaire congolaise doit être nécessairement éclairée à partir des instances judiciaires.
Il faut tourner la page de l’exclusion de «l’étranger». La frénésie identitaire et la hantise de l’autre considéré comme non-citoyen congolais sont les périls de la cohésion nationale. La seule manière d’échapper au chaos des affrontements puérils et sans fin est celle de désapprouver des discours impolitiques sur le nationalisme identitaire, car cette question peut conduire à une vision étroite et limitée de l’histoire et de l’anthropologie du Congo. Elle peut devenir obstacle à la reconstruction de la société congolaise où chaque acteur politique est reconnu et revalorisé.
Dans des Etats où le droit existe, la vérification de la nationalité est une étape cruciale pour accéder aux hautes fonctions de l’État et la justice doit être impliquée dans ce processus pour s’assurer que les individus occupent un poste en accord avec les exigences de la constitution et les principes de préserver la souveraineté nationale. C’est donc de la compétence du pouvoir judiciaire de vérifier la conformité juridique de l’accès aux fonctions suprêmes de l’État. Si cela ne se fait pas en RDC, ce que l’État s’est gravement délité.
Au lieu de se lancer dans une démarche qui peut alimenter des tensions et créer des sentiments d’exclusion, les congolais doivent s’atteler à soutenir l’initiative de la CENCO et l’ECC pour un dialogue inclusif. Nous ne devons pas aussi nous faire d’illusions. Il faut laisser à la justice de notre pays accomplir son travail et passer au peigne fin les diplômes des personnalités politiques congolaises afin de trouver des faussaires conformément au Code Pénal congolais, Article 124. Quand les faussaires dirigent, la bonne gouvernance n’existe pas. Lorsque des individus utilisent la tromperie et la falsification de leurs diplômes, ils sont plus dangereux que ceux dont le faciès se révèle aujourd’hui être l’ultime facteur de stigmatisation en RDC. Une bonne gouvernance nécessite des dirigeants honnêtes et responsables. Si Kinshasa, la vitrine de la RDC semble devenir aujourd’hui une zone de non-droit où l’influence des criminels se renforce, cela illustre la désagrégation de l’État. Shakespeare dit : « To Be or not to Be ». Comme le Ministre de l’Intérieur et le Gouverneur de la ville de Kinshasa n’existent pas, il leur reste l’unique option de démission.
