(Par Jean-Pierre Kambila Kankwende)
Les amateurs des réseaux sociaux ont été surpris par une vidéo, devenue virale, de Thabo Mbeki, ancien Président de la République Sud-Africaine (RSA), à propos de la guerre d’agression que le Rwanda mène actuellement contre notre pays. Thabo Mbeki explique dans ces quelques minutes que nous, Congolais, développons depuis Mobutu jusqu’à ce jour, une politique de rejet à l’égard des Tutsi, alors que ces derniers sont chez eux en RDC. C’est l’occasion de rappeler ici que nous, Congolais, réagissons souvent par l’indifférence face à ces genres de prises de parole, que nous prenons à la légère ou méprisons . Certes les vertus du silence sont incontestables, mais il convient cependant d’admettre que dans certaines situations, la politique du silence s’avère contreproductive. Elle est néfaste parce qu’elle laisse se répandre des thèses sur lesquelles peuvent prospérer des politiques extrêmement dangereuses. Le discours tendancieux de Thabo Mbeki a pour objectif d’innocenter complètement le dictateur Kagame et, même, justifier ses crimes en faisant croire à l’opinion mondiale que la guerre actuelle s’explique par le refus des Congolais, depuis Mobutu jusqu’à Tshisekedi, en passant par les Kabila, de considérer les Tutsi comme les autres Congolais. Cette thèse erronée, voire mensongère s’avère extrêmement dangereuse pour l’avenir de la RDC. Elle vise à saper l’unité de notre pays et travaille en faveur de sa balkanisation. S’il est vérifiable que des populations de souche Tutsie ont toujours été accueillies en RDC, bien avant la colonisation ; l’histoire démontre qu’il n’y a jamais existé d’entité géographique ou sociologique identifiée comme Tutsi. De plus, il est prouvé que depuis les années 1967, des nombreux Tutsi ont poursuivi l’immigration rwandaise au Congo, débutée par les belges pendant la colonisation. Beaucoup de populations rwandophones ont été installées en RDC à la faveur de la politique d’immigration belge pendant les années coloniales et les vagues des réfugiés issues des affrontements ethniques des années des indépendances rwandaise et burundaise. Les Congolais n’ignorent pas que depuis l’avènement de feu Bisengimana à la Direction de Cabinet du Marechal Mobutu, et sous tous les régimes, tutsi ou hutu, qui se sont succédés, nos voisins, fuyant la pression démographique chez eux, ont toujours été attiré par la RDC. Le boom du coltan n’a fait qu’accentuer ce phénomène migratoire. Par ailleurs, Kagame prétend héberger aujourd’hui, 100.000 réfugiés Congolais. Ceci, dans le seul objectif d’obtenir leur rapatriement en RDC et ainsi augmenter le nombre des rwandophones chez nous en prévision du référendum d’autodétermination qu’il anticipe aux fins, un jour, de s’emparer d’une portion de notre pays. Le changement qu’est venu introduire Kagame consiste – après les entrés clandestines, les pillages des ressources minières – en la contestation des frontières issues de la Conférence de Berlin. Celui-ci veut, à la faveur de cette guerre, s’emparer de certains territoires de notre pays qu’il s’évertue à peupler par anticipation. Malheureusement, la faiblesse des Congolais réside dans leur incapacité à faire front commun devant ce challenge. Depuis maintenant trois décennies, chacun à son tour, les politiciens congolais vont chercher à déstabiliser leur pays depuis Kigali, oubliant à chaque fois les véritables intentions de Kagame. Comment comprendre cette naïveté autrement ? Le constat est que notre naïveté et la haine que nous nous vouons réciproquement sont plus fortes que l’amour que nous avons pour le pays. Voilà maintenant que nous laissons, sans réaction conséquente, se diffuser la thèse de Kagame. Si nous n’y prenons garde, après Thabo Mbeki, elle sera reprise demain par l’Union Européenne qui, nous le savons, a déjà jeté son dévolu sur le Rwanda. Avonsnous bien saisi et analysé les propos forts nuancés du Chef de l’Etat actuel de l’Afrique du Sud prononcés en marge de la commémoration des 30 ans du génocide rwandais. Dans ces conditions, notre combat sera plus ardu. Pour le moment notre pays est dépourvu d’une politique de communication internationale efficace sur cette délicate question.
