Le projet de révision constitutionnelle en République Démocratique du Congo (RDC) ravive les vieux démons de l’instabilité politique. Depuis son indépendance en 1960, le pays a connu plus d’une dizaine de textes fondamentaux, trop souvent réécrits ou suspendus pour servir les ambitions de maintien au pouvoir, de Mobutu à Kabila. L’actuelle Constitution de 2006, issue des accords de paix durement négociés à Sun City, devait pourtant stabiliser la nation en limitant les mandats. En tentant de la modifier aujourd’hui face à une opposition coalisée, le pouvoir réveille une blessure historique profonde.
La répression des récentes mobilisations montre que l’histoire se répète. Le bilan est lourd : des dizaines de blessés graves, des arrestations ciblées et le saccage de sièges de partis politiques. L’usage présumé de milices aux côtés des forces de l’ordre témoigne d’une volonté d’étouffer le débat démocratique par la terreur. Face à cette violence, la promesse gouvernementale de « faire toute la lumière » peine à convaincre, tant l’impunité reste la règle historique lors des crises de transition.
Cette crise inquiète légitimement au-delà des frontières. La condamnation ferme de la Belgique face à l’usage excessif de la force rappelle que la stabilité de la RDC est un pivot géopolitique pour toute la région des Grands Lacs. Modifier une Constitution par la contrainte et le sang trahit toujours un déficit de légitimité. Dans une démocratie digne de ce nom, la loi fondamentale doit rester un bouclier protecteur pour le citoyen, et non une arme politique pour le régime en place.
L’opposition congolaise joue sa survie dans ce bras de fer. Sa capacité à maintenir un front uni face au pouvoir testera la résilience de la société civile. Si le régime persiste à choisir la matraque plutôt que le consensus, il risque de replonger le pays dans les cycles de transitions chaotiques qui ont jalonné son passé. Il est désormais urgent d’interrompre cette escalade autoritaire avant que l’histoire ne blesse à nouveau, de manière irréversible, le peuple congolais.
La Pros.