Soixante-six ans après l’indépendance, la République démocratique du Congo semble toujours condamnée à revenir autour de la même table : celle du dialogue. Des décennies durant, le pays a négocié ses crises, partagé le pouvoir, signé des accords, distribué des postes et multiplié les compromis. Pourtant, les mêmes démons ressurgissent. Ce 27 août 2026, sur les antennes de la Radiotélévision Nationale Congolaise, le Président Félix Tshisekedi a décidé d’ouvrir une nouvelle page : celle d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. L’initiative est ambitieuse, mais elle reste risquée.
Car cette fois, le Président de la République commence par un aveu que l’histoire congolaise ne saurait balayer d’un revers de la main. Trop souvent, la violence a constitué le raccourci le plus efficace vers la reconnaissance politique. Prendre les armes permettait parfois d’obtenir ce que les urnes, les institutions ou le débat démocratique n’accordaient pas. À force de négocier avec ceux qui prenaient les armes, la République a fini par donner l’impression qu’elle entendait davantage le bruit des fusils que la voix des citoyens.
C’est précisément ce cycle que Félix Tshisekedi promet de briser. En excluant l’AFC/M23 et tout mouvement combattant l’ordre constitutionnel du futur Dialogue, le Chef de l’État trace une ligne rouge : aucune conquête militaire ne doit se transformer en dividende politique. Le principe mérite d’être défendu. Un État qui récompense systématiquement la rébellion prépare, sans le vouloir, la suivante. Et une démocratie où le fusil devient un bulletin de vote plus efficace que celui déposé dans l’urne finit par organiser sa propre fragilité.
Mais fixer une ligne rouge est une chose ; construire un véritable consensus national en est une autre. C’est là que commence le plus difficile. Le Dialogue annoncé ne pourra être qualifié de « national » uniquement parce qu’il en porte le nom. Il devra l’être par sa composition, sa méthode, sa liberté et surtout par la confiance qu’il inspirera. L’idée de commencer par les 26 provinces plutôt que par les salons politiques de Kinshasa constitue, à cet égard, un signal intéressant. La République ne s’arrête pas au boulevard du 30 Juin. Élus, confessions religieuses, autorités coutumières, société civile, diaspora et forces sociales devront pouvoir s’exprimer sans que leurs contributions ne deviennent de simples faire-valoir d’un scénario écrit d’avance.
Le défi est immense. Washington peut tenter de désamorcer les tensions entre Kinshasa et Kigali, Doha peut chercher à faire taire les armes entre le Gouvernement et l’AFC/M23, mais aucun avion diplomatique ne transportera jusqu’à Kinshasa la cohésion nationale dont le Congo a besoin. Certaines blessures sont internes et exigent des Congolais qu’ils se regardent enfin en face.
Encore faudra-t-il que ce Dialogue ne devienne ni une foire aux postes, ni une blanchisserie politique, et encore moins une machine à fabriquer une nouvelle majorité. Les mesures de décrispation annoncées devront rassurer, la commission préparatoire devra convaincre et les consultations provinciales devront produire autre chose que des procès-verbaux destinés aux archives.
Félix Tshisekedi vient donc de prendre rendez-vous avec l’Histoire. En reconnaissant l’échec des dialogues précédents, il s’impose une obligation supplémentaire : ne pas en répéter les erreurs.
Le Congo n’a plus besoin d’un dialogue de plus. Il a besoin, peut-être pour une fois, d’un dialogue qui apporte un véritable changement.
La Pros.