L’Assemblée nationale congolaise vient de franchir un cap inquiétant dans la théâtralisation de l’impuissance politique. En enjoignant les députés à documenter, par l’image et la vidéo, leurs prétendues œuvres caritatives locales, la Chambre basse du Parlement ne fait pas de la communication : elle signe l’acte de décès du droit constitutionnel en RDC. Sous prétexte de donner de la « visibilité » aux élus, cette initiative consacre une dérive clientéliste qui insulte l’intelligence des électeurs et fragilise les fondements de la République. Rappelons l’évidence, visiblement oubliée sous les lambris du Palais du Peuple : l’article 100 de notre Constitution n’a pas été écrit pour des agents humanitaires. Le rôle du député est de voter les lois et de contrôler le Gouvernement. Point. Fin du texte. Nulle part il n’est inscrit qu’un parlementaire doit se substituer au ministère des Infrastructures pour réhabiliter un pont, ou à celui de la Santé pour distribuer des médicaments. En applaudissant ces interventions privées, l’Assemblée nationale légitime la faillite de l’État et excuse l’incompétence de l’Exécutif, seul redevable des politiques publiques. L’argument qualifiant l’élu congolais d’« acteur social engagé » par opposition au « député classique occidental », est une imposture intellectuelle. C’est habiller du manteau de la générosité ce qui s’apparente à du cynisme politique. Ce « député-bâtisseur », qui paie des frais de scolarité ou finance des groupes électrogènes sur ses propres deniers, entretient sciemment un rapport de dépendance et de mendicité avec sa base. C’est le triomphe de la politique de l’aumône contre celle du droit. Plus grave encore, cette mise en scène de la philanthropie pose la question taboue de l’origine des fonds. Comment des élus, officiellement privés de subventions publiques pour ces œuvres, peuvent-ils rivaliser de millions dans leurs fiefs ? Ce système pervers exclut de fait les esprits brillants mais modestes, transformant notre démocratie en une vulgaire oligarchie financière où les sièges s’achètent à coups de sacs de ciment et de promesses messianiques. Cette course aux « likes » et aux vidéos de propagande locale détourne le citoyen du vrai combat. Le peuple ne doit pas mendier un geste charitable à son député ; il doit exiger qu’il harcèle le Gouvernement par des interpellations, des commissions d’enquête et des motions de censure jusqu’à ce que les services publics fonctionnent. Il faut stopper cette mascarade. Documenter la charité au sommet de l’État ne grandit pas la fonction parlementaire, elle l’avilit. Nos députés doivent cesser de jouer les ambulanciers de la misère sociale pour redevenir les gardiens intransigeants de la loi. La République n’a pas besoin de photographes de leur propre vertu, elle a besoin de législateurs.
La Pros.