La notion des «fréquences», thème de la prochaine édition du festival «Nuits des pianos de Kinshasa», a été évoquée, au cours d’un entretien mardi à Kinshasa en République démocratique du Congo, avec l’organisateur et l’un des artistes phares dudit festival.
« Nous avons thématisé la prochaine édition du festival « Fréquences » pour faire une analyse sur l’écosystème sonore de Kinshasa (…) La notion de « fréquences » dans le cas de cette édition, sous-entend la création des musiques sur base des sonorités que les artistes entendent tout au long des journées (celles distillées dans les marchés, dans les rues, dans les embouteillages, etc) », a expliqué David Shongo, Initiateur et Directeur technique du festival « Nuits des pianos de Kinshasa« .
Il a ajouté qu’ : « il s’agira particulièrement d’un débat autour de la musique électroacoustique, en mettant exergue les madimba face aux sons émis par le piano acoustique ».
Pour lui, les madimba est un instrument de percussion du Royaume Kongo qui possède les mêmes caractéristiques que le piano classique, créé en Italie.
« A l’instar du piano acoustique créé en Italie, le madimba de la RD Congo présente des mécanismes similaires », a-t-il déclaré, avant d’ajouter qu’ : « il est vrai que le piano a toujours existé. Mais faut-il reconnaître que les madimba, au cœur de l’Afrique, ont influencé plusieurs genres musicaux dont les sonorités ont poussé au développement du piano et de la musique électroacoustique », a dit David Shongo.
Les madimba liés à la spiritualité
D’après l’artiste Ta-Luyobisa, musicien percussionniste congolais, les madimba ont un lien particulier avec la spiritualité. « Dans l’ancien temps, les madimba servaient lors des rituels funéraires. Ces moments ramènent à la verticalité entre le créateur et les deux univers : la vie et la mort, d’une part. D’autre part, les madimba étaient aussi exécutés pour faire danser le roi. C’est dans ce contexte que je déduis qu’ils sont un instrument lié à la spiritualité ».
Il a renchéri pour dire : « comparativement, le piano et les madimba ont un lien évident. Sauf que le piano est un instrument harmonique avec des notes altérées et non altérées. Tandis que les madimba émettent des notes diatoniques ».
Le percussionniste a par ailleurs déploré le fait que les madimba ne soient pas mis à contribution sur les scènes des musiques actuelles par les artistes les plus en vue.
« J’estime que si les madimba étaient mis à contribution sur les scènes internationales, cela allait procurer au pays d’autres considérations qui devraient lui être dues en tant que terre de musique », a-t-il indiqué, ajoutant que cet avis a été partagé par deux hommes politiques : le sénateur Bahati Lukwebo et l’ambassadeur de l’Italie en RD Congo, Alberto Petrangeli.
Selon David Shongo, l’homme politique congolais a, lors d’une soirée de présentation du projet à Kinshasa, salué la richesse culturelle et l’originalité de l’artiste Ta-Luyobisa, tout en appelant le soutien des culturels dans la promotion de cette musique et la valorisation de ces instruments fabriqués à la main mais avec des sonorités extraordinaires. « Quant au diplomate italien, il a appelé à l’ouverture d’un marché de la musique tradi-moderne pour que ses acteurs vivent de leur art, comme sous d’autres cieux », a fait savoir le directeur technique du festival « Nuits des pianos de Kinshasa » dont la prochaine édition annoncée du 15 au 22 juin 2025, a prévu de mettre l’accent sur le traitement de la fréquence en tant que matière et sur la génération algorithmique de la musique.
ACP
