Engagé dans sa lutte de vouloir jouer sa partition dans la crise sécuritaire que travers le pays dans sa partie orientale, tel qu’il l’a annoncé dans son adresse à la Nation le vendredi 23 mai dernier, Joseph Kabila Kabange, ancien président de la République et Sénateur à vie, n’a pas mis du temps pour faire son retour au pays par la ville de Goma, territoire encore sous contrôle des rebelles de l’AFC/M23, ce dimanche 25 mai tard dans la soirée.
La nouvelle de son arrivée a été confirmée par ses ténors du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie, «PPRD», notamment Emmanuel Ramazani Shadary, Secrétaire permanent de ce parti qui, dans son intervention sur RFI, a déclaré que son autorité morale, en l’occurrence Joseph Kabila, serait à Goma pour rencontrer des personnalités politiques et de la société civile, dans le but, dit-il, de rechercher la paix.
«Il est là pour discuter avec ceux qui ont pris les armes. Il va donner sa contribution en discutant avec eux, comme les évêques l’ont fait. C’est une affaire de tout le monde et l’approche doit être globale. Le reste ? Ce sont des discours des gens qui craignent de perdre leurs postes», a-t-il déclaré.
Corneille Nangaa s’est encore réjoui de cette arrivée de celui qu’il qualifie de « grand acteur politique ».
« Le retour au pays de ce grand acteur politique est favorablement accueilli. Il a fait un bon choix, plutôt que de rester en exil forcé », lui qui l’a accueilli dès son arrivé par Kigali puis Gisenyi.
Egalement Arlette Odia, cadre du PPRD, qui voit en ce comeback de son président national comme l’avènement du Messie qui vient apporter des solutions idoines à la crise sécuritaire et politique qui secouent l’Est du pays.
«Sa présence à Goma est confirmée. L’attention des congolais est focalisée sur les solutions que le Président Kabila attend apporter à la crise sécuritaire et politique qui frappe le pays L’enthousiasme des congolais de l’Est est la preuve que le temps pour la paix est arrivé », a-t-elle indiqué.
Quant à Barnabé Kikaya, « Joseph Kabila revient pour servir ».
Aussitôt arrivé dans cette ville minière au cœur des conflits, Joseph Kabila a enchaîné plusieurs réunions avec ses proches collaborateurs dont certains cadres du FCC afin de préparer le terrain pour ses prochaines activités.
Plusieurs sources auraient également affirmé la présence du Général John Numbi, ancien Inspecteur général des FARDC et de la Police Nationale. Ce dernier étant recherché depuis plusieurs années dans le cadre de l’affaire Chebeya-Bazana.
Une population divisée quant à son retour
« Il était président pendant 18 ans et nous avons vu peu de résultats positifs et négatifs. Bienvenu à lui pour le développement », a déclaré un habitant de Goma.
Le retour de Kabila intervient dans un contexte de tension politique et sécuritaire exacerbées. Le Président Félix Tshisekedi a toujours accusé son prédécesseur d’être derrière la rébellion de l’AFC/M23. Cette arrivée à Goma soulève des nombreuses questions.
Il est arrivé trois jours après une rare prise de parole depuis l’Ouganda où il se trouverait alimentant des spéculations sur ses intentions politiques.
Certains analystes estiment que le retour de Kabila ouvre une nouvelle page de la crise sécuritaire dans l’Est du pays.
« Kabila c’est un homme politique insondable et imperméable. Jusque-là il est délicat de savoir la position qu’il va prendre. Moi je pense que le temps va certainement nous renseigner sur ses prochaines prises de décisions », a déclaré un analyste politique congolais.
De l’adresse à la Nation
Après la levée de ses immunités et l’autorisation, par le Sénat congolais, d’engager des poursuites judiciaires à son encontre, Joseph Kabila a tenu à s’adresser à la Nation congolaise le vendredi 23 mai dernier.
Dans sa communication, l’ancien président de la République a vivement critiqué le gouvernement actuel, accusant le régime en place d’avoir dilapidé l’héritage de l’alternance pacifique survenue en janvier 2019.
Il a ensuite dénoncé ce qu’il a qualifié de « dérive autoritaire », une concentration excessive du pouvoir et un effondrement alarmant de la cohésion nationale. Avant de faire sa proposition de 12 piliers qui, selon lui, seraient un cadre incontournable et essentiel pour sortir le pays de cette crise sécuritaire persistante qu’il traverse depuis plus de trois décennies.
César Nkangulu
