(Par le Dr David Menge)
On dit souvent que le Congolais ne lit pas ! Cette réticence à la lecture est telle que, si l’on glissait un billet de monnaie dans un livre, celui qui l’y aurait inséré pourrait retrouver son trésor un siècle plus tard. À travers cette maxime, peut-on en conclure que le Congolais privilégie la diversion au détriment de la curiosité ? J’ose espérer que ce ne sera pas le cas avec cette tribune, qui vise à susciter un éveil patriotique.
La situation que traverse notre pays est extrêmement préoccupante, mais elle est peu relayée par les médias, au point de devenir presque banale. Pourtant, plus de 10 millions de vies ont été perdues, en grande partie en raison de la complicité de certains Congolais assoiffés de privilèges économiques, qui agissent avec le soutien de pays étrangers cherchant uniquement à s’approprier notre territoire et à exploiter nos ressources naturelles.
Cette situation devrait nous révolter et nous inciter à dire « non » à la trahison, tant de la part de ceux qui collaborent que de ceux qui exploitent notre souffrance.
Au regard de la gravité de la situation, j’ose espérer que le Congolais prendra conscience de la cruauté des événements qui ruinent notre pays. J’espère également qu’il prononcera un acte de contrition, le conduisant à dire non à la trahison et à la destruction de sa terre, tout en adoptant un comportement patriotique. Cela devrait l’inciter à penser prioritairement à l’intérêt commun plutôt qu’à ses propres intérêts.
Protégeons le Congo pour l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Si chacun réalisait la finitude de son existence, nous pourrions tous nous unir pour œuvrer ensemble au bien-être collectif.
En janvier 2019, lors de la cérémonie de passation de pouvoir entre le président sortant et le président élu, le président sortant a déclaré dans son discours d’adieu qu’il n’avait pas réussi à identifier cinq Congolais intègres sur lesquels il pouvait s’appuyer pour reconstruire le pays.
Cette affirmation, presque insultante, a résonné en moi comme un message d’humiliation, mais aussi comme une invitation à une remise en question et à une réflexion profonde sur notre façon d’être. Plus de cinq ans après cette déclaration, personne ne semble s’être penché sur une analyse objective ni sur la signification profonde de ce message.
Si je m’appuie en profondeur sur cette déclaration, je saisis mieux pourquoi notre pays est déstabilisé par ses propres fils et filles. Le Congolais a souvent du mal à se remettre en question. Il a tendance à ancrer ses anciennes habitudes, même lorsque celles-ci nuisent à la cohésion nationale et à l’intérêt collectif. J’ose espérer qu’en revisitant cette déclaration, le Congolais prendra véritablement conscience de l’humiliation subie, ce qui l’amènera à développer un esprit critique et à éviter les pièges de la facilité.
Lors du dialogue de Sun City en 2002, bien que cela remonte à loin, je me souviens qu’il avait été convenu que personne ne prendrait le pouvoir au Congo par la force. Cette déclaration politique est désormais considérée comme un acte constitutionnel.
Pourtant, malgré cette exigence, le non-respect des lois tend à faire oublier tout l’arsenal juridique qui régit l’accès au pouvoir au Congo. J’ai été surpris, en janvier dernier, d’apprendre que certains Congolais, y compris des contributeurs à la rédaction de la loi fondamentale, ont violé les règles de droit et contourné le dialogue politique qu’ils prônent aujourd’hui, en recourant aux armes dans le but de conquérir le pouvoir et de libérer le pays.
Peut-on véritablement libérer un pays en versant le sang de ses propres concitoyens, avec le soutien d’une armée étrangère qui vise à le balkaniser et à piller nos ressources ? J’ose espérer que le Congolais, témoin des rivières de sang à Goma et à Bukavu, et ayant réfléchi sur 30 ans de massacres dans le Nord et le Sud Kivu, ne sera plus capable d’applaudir le Satan, même s’il se laissait auparavant séduire par de sombres idéologies.
J’ose également espérer que ceux parmi nos compatriotes qui ont commis des actes irréparables auront l’occasion de se repentir et de faire amende honorable pour les atrocités auxquelles ils ont participé.
Aucun Congolais n’est prêt à oublier ces faits, même si la culture du pardon fait partie de nos traditions. Le Congo constitue notre patrimoine commun, et il est de notre devoir de le protéger et de le préserver face à ceux qui cherchent à le déstabiliser et à le dépouiller sans scrupules.
J’ose espérer qu’après toutes ces péripéties, chacun qui s’engage en politique, au service du pays à différents niveaux, se pose des questions sur le sens de cet engagement. On entre en politique par passion pour le changement et l’amélioration de la société, avec l’intention de défendre des causes telles que les droits de l’homme, l’éducation, la santé, la lutte contre la corruption et la préservation de l’intégrité du pays. L’engagement politique ne doit pas être motivé par le désir d’accéder au pouvoir ou aux ressources pour en tirer un profit personnel ou améliorer son statut social.
Un engagement motivé par des intérêts personnels peut rapidement se transformer en désillusion, entraînant ainsi des déceptions moins importantes, mais ouvrant la voie à diverses possibilités. Ceux qui enfreignent les règles et se rebellent contre leur propre pays sont souvent victimes d’un engagement conditionnel.
Le Congo n’a pas besoin de ses fils et filles qui se retournent contre lui pour satisfaire des intérêts égoïstes. Dans toutes les sociétés, des différends existent entre les individus, mais ceux-ci ne devraient pas être résolus par la violence, mais plutôt par un dialogue constructif.
J’ose espérer que cette tribune, en plus d’être diffusée dans un journal national de qualité, sera largement diffusée sur les réseaux sociaux et qu’elle sera partagée par les enseignants congolais, afin de susciter des commentaires littéraires et philosophiques avec leurs élèves.
Une lecture de ce message à la radio et à la télévision nationale pourrait également contribuer à l’éveil patriotique et au devoir civique que je prêche ici.
