(Le président Sassou N’guesso et la Diva africaine Barbara Kanam)
Pour la chanteuse Barbara Kanam, il est impérieux que les futures musiciennes de la Rumba congolaise soient encadrées afin que cette musique soit pérennisée de génération en génération. Car, la majorité de pratiquants sont des autodidactes et ont besoin d’une formation pour renforcer leur capacité artistique, au-delà des talents innés. Cette réflexion pertinente émane de la Diva africaine BARBARA KANAM qui l’a révélée lors d’une interview exclusive accordée au journal La Prospérité depuis Brazzaville, à l’occasion de la diffusion officielle du film- documentaire intitulé ‘‘Rumba Congolaise : Les Héroïnes’’, réalisé par l’ancienne ministre française chargée de la Francophonie, Yamina Benguigui. L’auteure de la célèbre chanson ‘‘Djarabi’’ fait partie des chanteuses de la Rumba qui ont participé à cette œuvre cinématographique dont la projection a été organisée dans le cadre des activités de la 12ème édition du Festival Panafricain de musique (FESPAM 2025), en présence du Président Denis Sassou Nguesso.
La Prospérité : Qu’est-ce que ça vous fait d’être citée dans ce film parmi les voix féminines qui ont contribué à l’émergence de la Rumba ?
Barbara Kanam : C’est un honneur monumental d’avoir été comptée parmi les grandes figures féminines qui ont joué un rôle significatif dans la Rumba congolaise à travers ce bel hommage rendu à Maman Lucie Eyanga ‘‘Forever’’ en présence de son Excellence Monsieur le Président de la République Denis Sassou Nguesso. Je tiens à exprimer ma gratitude à Madame Yamina Benguigui, réalisatrice du film. Car, elle a mis toute son énergie dans ce film pour mettre en lumière toutes ces femmes de la Rumba congolaise. C’est un sentiment de fierté pour moi de faire partie de ces héroïnes dont beaucoup ne sont plus parmi nous notamment, Lucie Eyenga, Abeti Masikini, Pongo Love, Tshala Muana : paix à leurs âmes. Nous sommes encore là, c’est une grâce et nous continuons à défendre encore cette Rumba.
La Pros. : En quoi ce film constitue une valeur ajoutée dans l’histoire de la Rumba ?
BK : Cette belle œuvre cinématographique va servir de référence à l’histoire de la musique de deux Congo (Kinshasa et Brazzaville) dont la rumba est et restera un patrimoine commun. Merci à toute l’équipe du film pour cette reconnaissance. Il est toujours préférable d’être honorée quand on est encore vivant. Je suis contente de voir que Mbilia Bel et Faya Tess soient présentes parce que ce sont des grandes de la Rumba.
La Pros. : Quel est concrètement le rôle joué par cette femme artiste dans la société ?
BK: Ça fait près de vingt (20) ans que je me bats pour démontrer au monde que les femmes ont une place dans la musique. Toute ma carrière a toujours été dans le sens de valoriser la musique dans notre société. A travers la Rumba, nous faisons passer des messages, car nous sommes un secteur de développement, un canal de sensibilisation avec nos diverses thématiques chantées (lutte contre les violences, promotion de droit…), au-delà des émotions qu’on peut transmettre. Il y a des histoires d’amour et des alliances qui sont racontées autour de la Rumba. Celle-ci nous permet aussi de dénoncer parfois des réalités auxquelles nous sommes confrontés dans la société. Nous sommes heureux aujourd’hui, que cet engagement sociétal et artistique a fait que notre Rumba soit reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.
La Pros. : Que comptez-vous faire pour pérenniser davantage cette génétique Rumba dans la sphère musicale ?
BK : Cette reconnaissance de la Rumba au niveau mondial est déjà une grande avancée mais il est important de mettre en place maintenant des structures d’encadrement, des formations… Parce que la plupart d’entre –nous sont des autodidactes dans la Rumba comme moi-même. Je n’ai jamais eu d’encadrement, ni de producteur. Pour vous dire que je me suis vraiment battu. Quel parcours, quelle détermination et quelle résilience pour arriver à ce stade ? Je pense que nous avons encore un rôle à jouer pour les générations futures qui ont besoin d’avoir un modèle. Mon engagement s’inscrit dans la lignée de toutes ces femmes pionnières de la Rumba qui nous ont inspirés.
La Pros. : Le film consacre également une séquence aux artistes féminins qui évoluent dans les provinces occupées par les agresseurs de la RDC. Quelle lecture faites-vous de ces femmes de l’Est dont les carrières sont compromises, pour certaines ?
Barbara Kanam : Je voudrais être une voix pour les sans voix, une porte-parole de toutes ces femmes qui sont oubliées, ignorées notamment dans l’Est de la RDC où il y a tellement d’artistes féminins qui n’ont pas surement l’occasion de pouvoir s’exprimer à cause des affres de la guerre, des choses horribles…. Heureusement que le monde le reconnaît, nous pensons que ce film qui fait allusion aux réalités dans la partie Est de notre pays, va également contribuer pour un nouveau départ pour le changement de la situation dans cette région.
Propos recueillis par Jordache Diala
