Dans un message dédié à la maladie à virus Ebola, publié mardi dernier, la Conférence Episcopale Nationale du Congo (Cenco) ne déplore pas seulement une crise sanitaire bouleversante. Elle rappelle l’urgence d’une riposte adaptée à l’ampleur du danger. Plus de trois mois après la déclaration de la souche Bundibugyo, les Evêques catholiques réclament de nouveaux efforts à l’échelle gouvernementale pour une meilleure prise en charge du personnel soignant dans les centres de traitement où sévit la maladie, dans la partie Est du territoire national, mais également une forte sensibilisation des populations pour barrer la route aux spéculations et à l’incrédulité de certaines communautés qui, jusque-là, malgré les dégâts enregistrés, rejettent toute collaboration avec les autorités sanitaires. Ci-dessous, l’alerte de la Cenco.
COMMUNIQUE DE LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO (CENCO) SUR LA 17ème APPARITION DE LA MALADIE A VIRUS EBOLA
- La Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) suit de très près l’évolution de la nouvelle épidémie, la 17ème, de la maladie à virus Ebola, déclarée par le Ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale de la RD Congo, le 15 mai 2026. Cette épidémie a fait l’objet d’échanges au cours de l’Assemblée plénière extraordinaire de la CENCO, tenue à Kinshasa, du 18 au 20 juin 2026.
- Les Evêques membres de la CENCO sont préoccupés par la montée vertigineuse du nombre des cas de contaminations et de décès liés à cette épidémie au sein de notre population. En effet, selon les sources officielles, en Ituri, en date du 19 mai 2026, on a enregistré 53 cas confirmés. Trois mois après, soit le 25 août 2026, l’Institut National de la Santé Publique, INSP en sigle, a publié des données épidémiologiques cumulées et saillantes attestant 5 713 cas confirmés, 2 744 décès soit un taux de létalité de 48%, 770 malades en isolement et 1 269 patients guéris. Ces chiffres officiels pourraient être revus à la hausse en considérant le nombre non négligeable des cas non déclarés dans les structures de santé pouvant permettre la traçabilité des personnes touchées par l’épidémie.
- La CENCO présente ses condoléances les plus chrétiennes aux familles éplorées. Elle exprime sa compassion à tout le peuple congolais, aux personnes contaminées soumises aux soins de santé et leur adresse ces paroles du Seigneur notre Dieu pour les réconforter : « Ne crains pas car je suis avec toi » (Is 40,10).
Par la même occasion, elle salue le courage remarquable des professionnels de la santé et des bénévoles et les encourage à continuer à honorer leur métier ainsi que leur engagement, en dépit des conditions de travail difficiles.
- Elle exprime sa gratitude au Saint-Père le Pape Léon XIV pour sa sollicitude pastorale envers le Peuple congolais, pour sa prière et pour son appel au renforcement du soutien de la Communauté Internationale afin d’endiguer cette épidémie.
- En outre, la CENCO salue les efforts du Gouvernement congolais, particulièrement du Ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, et ses partenaires internationaux et nationaux, dont Caritas Congo et les Caritas diocésaines, qui coordonnent la dynamique de la riposte pour contenir l’épidémie. Avec l’appui de son partenaire Catholic Relief Services (CRS RDC) de la Conférence Episcopale des Etats Unis d’Amérique, la CENCO s’engage à apporter sa contribution en matériels aux Caritas diocésaines de la Province d’Ituri, notamment celles de Bunia, de Wamba (antenne de Mambasa) et de Mahagi-Nioka, dans le cadre de la riposte à cette épidémie.
- Les Evêques membres de la CENCO exhortent davantage tous ceux qui peuvent faire plus de ne pas hésiter car, beaucoup d’établissements des soins de santé ne sont pas suffisamment équipés en matériel de prévention et de protection, afin de faire face à la maladie ; certains sont servis en quantité insuffisante avec des ruptures de stocks à répétition. Il y en a qui affirment n’avoir jamais reçu le moindre matériel de sorte que plusieurs professionnels de santé y ont perdu la vie. En tout état de cause, la situation sur terrain demeure très préoccupante.
- Dans le même registre, il convient de signaler la démotivation des professionnels de santé à cause d’une insuffisante prise en charge financière (rémunération) et logistique (communication et mobilité). Il est urgent d’y remédier.
- Par ailleurs, nous sommes plus que préoccupés par l’ampleur de la désinformation, la mésinformation et la sous-information qui entourent cette maladie. D’aucuns l’attribuent à un mauvais sort ou à la sorcellerie. A cela s’ajoute aussi l’attachement aveugle à certaines traditions culturelles relatives au traitement et aux rites funèbres. Voilà qui justifie, en partie, la résistance aux mesures barrières, allant parfois jusqu’à l’agression de certains agents de la riposte, voire l’incendie de centres de traitement. Bien évidemment, ces comportements à décourager et la situation déplorable de guerre que connaît notre pays, contribuent pour beaucoup à l’augmentation des cas de contamination.
- Face à l’extension spectaculaire de cette maladie à virus Ebola, la CENCO exhorte la population congolaise à prendre très au sérieux cette réalité et à suivre scrupuleusement les indications des Autorités sanitaires compétentes et surtout à appliquer impérativement les mesures de prévention suivantes, telles que édictées par le Ministère de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance sociale :
-Hygiène des mains : se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon ou utiliser du désinfectant à base d’alcool après chaque contact ;
-Comme à l’époque de la COVID, éviter de se serrer les mains partout, même à l’église pendant l’échange de paix dans tous nos diocèses, même dans ceux faisant partie des Provinces non officiellement déclarées contaminées par cette épidémie ;
-Cuire suffisamment les aliments ;
-Eviter de manger les viandes des animaux morts ;
-Ne pas manger les crudités, manger les repas chauds ;
-Éviter tout contact avec le sang, les liquides biologiques et les tissus (vêtements, draps) de personnes malades ;
-Eviter de manipuler le corps d’une personne décédée, laisser le corps médical s’en occuper ;
– Orienter toute personne présentant des signes de la maladie (fièvre, vomissement, diarrhée (parfois sanglante), des saignements ou du sang dans les urines) vers le Centre de santé le plus proche.
- Enfin, les Evêques réitèrent l’invitation aux Directeurs des centres pastoraux diocésains et aux Curés des paroisses à mettre en œuvre le plan de prévention et de lutte contre la maladie à virus Ebola à travers les Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV) et les Mouvements d’Action catholique (MAC), initié en juillet 2026, par la Commission épiscopale pour l’évangélisation et Caritas Congo. Aussi chaque évêque diocésain est-il invité à évaluer et à apprécier, en collaboration avec les autorités sanitaires locales, le niveau des risques de contamination et de propagation de cette épidémie dans son diocèse, et à prendre des mesures concrètes allant jusqu’à adapter les veillées mortuaires et la liturgie des funérailles chrétiennes.
- Assurément, cette épidémie à virus Ebola est une dure épreuve et une menace contre notre population qu’il faut prendre très au sérieux. Cependant, elle n’est pas une fatalité et donc ne doit pas avoir le dernier mot sur la vie du peuple congolais. Il nous faut nous mobiliser pour la combattre et la vaincre. Tel est, en communion avec le Pape Léon XIV, l’appel pressant de l’épiscopat congolais.
- Puisse la Vierge Marie, consolatrice des affligés, intercéder auprès de son Fils, Notre Seigneur Jésus Christ, pour la fin de cette épidémie.
Kinshasa, le 01 septembre 2026
Fulgence MUTEBA
Archevêque de Lubumbashi
Président de la CENCO
