En ce mercredi 3 juin, l’horizon politique de la République démocratique du Congo s’assombrit d’épais nuages. L’escalade verbale, jadis confinée aux états-majors politiques, sature désormais l’espace public, charriant avec elle des relents inquiétants de violence physique. Le récent communiqué de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) n’est pas une simple formalité administrative : c’est un signal d’alarme strident, un ultime rappel à la lucidité avant que l’irréparable ne soit commis. La superposition, le même jour, d’une opération « ville morte » décrétée par l’opposition et d’une marche de la majorité présidentielle crée un cocktail explosif. Ce télescopage de colères et de démonstrations de force transforme la rue congolaise en une poudrière. Or, la cité ne doit pas devenir le terrain d’un affrontement fratricide où le sang des fils du pays viendrait souiller les pavés de nos propres ambitions. Les discours de haine, qui se propagent comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, et les actes de vandalisme actuels ne sont pas des outils de lutte politique ; ce sont des poisons qui sabotent les fondations mêmes de notre jeune édifice démocratique. Il convient de rappeler une vérité fondamentale : si manifester est un droit constitutionnel sacré, le droit de ne pas manifester l’est tout autant. L’exercice de la liberté ne peut, sous aucun prétexte, s’accompagner de la contrainte, de la spoliation ou de l’intimidation par les milices de fait. Forcer un citoyen à fermer son échoppe, l’empêcher de gagner son pain quotidien ou le menacer parce qu’il refuse de s’enrôler dans une marche est une dérive totalitaire inacceptable. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Une démocratie qui s’impose par la peur n’est plus une démocratie, c’est une tyrannie déguisée. La responsabilité qui pèse aujourd’hui sur les épaules des leaders de tous bords est historique. Messieurs les responsables politiques, votre grandeur ne se mesurera pas au nombre de vitrines brisées ou au volume de vos imprécations, mais à votre capacité à tenir vos troupes. Il faut, de manière impérative et immédiate, bannir les rhétoriques incendiaires qui déshumanisent l’adversaire ; encadrer fermement vos militants pour éviter que l’enthousiasme ne mue en barbarie ; privilégier le dialogue républicain, seul garant de l’ordre public et de la pérennité de l’État. La paix sociale n’est pas une monnaie d’échange. C’est un bien commun, une nappe phréatique où s’abreuve l’espoir de tout un peuple. Elle est trop précieuse pour être sacrifiée sur l’autel des calculs politiciens à court terme. En ce 3 juin, que la sagesse l’emporte sur la fougue, et que la passion du Congo soit plus forte que la soif du pouvoir.
La Pros.