Depuis, carrément, un bon moment, il ne se passe plus un jour, à Kinshasa, capitale de la RD. Congo, y compris dans les autres provinces, sans que les populations subissent de lourdes conséquences de l’insécurité grandissante, devenue l’une des principales caractéristiques du vécu quotidien des congolais, à l’heure de grands défis à relever. C’est ce que, justement, Clément Kanku Bukasa Wa Tshibuabua, Ancien Ministre de la Coopération, dénonce, avec la plus grande fermeté, dans une lettre ouverte adressée, le week-end dernier, à la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka.
A bout de souffle !
Entre braquages récurrents, assassinats ciblés et enlèvements à répétition, le Visionnaire du Mouvement pour le Renouveau (MR), épingle une politique sécuritaire nationale à bout de souffle, tout en mettant en évidence une vacuité préoccupante dans l’anticipation des évènements au niveau institutionnel.
Selon Clément Kanku, l’urgence consiste, désormais, pour le Gouvernement actuel, dirigé par Mme Judith Suminwa, de quitter son sommeil de passivité et d’engager des mesures plus strictes, concertées et innovantes afin de restaurer effectivement l’autorité de l’Etat, garantie essentielle pour la paix, la stabilité et la protection des populations.
Clément Kanku Bukasa propose, dans son élan, la mise en place d’une cellule de crise sécuritaire, avec comme mission : la coordination des stratégies opérationnelles et l’anticipation de la riposte gouvernementale face aux dérives.
Vision audacieuse au service des populations
«Nous pensons également qu’il faille recentrer les missions de la police sur leur rôle fondamental de protection des citoyens, en limitant strictement les escortes et en mettant fin aux affectations abusives. Dans cette dynamique, l’encadrement du secteur privé du gardiennage permettrait de libérer les forces publiques des tâches secondaires afin qu’elles se consacrent pleinement à leurs responsabilités régaliennes. Une réforme profonde des forces de sécurité s’impose, fondée sur un recrutement transparent, une formation moderne intégrant le respect des droits humains, une discipline rigoureuse ainsi que des sanctions exemplaires en cas de manquement, accompagnées d’une amélioration des conditions de travail. Conscients que la question sécuritaire est aussi sociale, nous proposons de renforcer l’encadrement de la jeunesse à travers la création d’espaces de loisirs, de centres de formation professionnelle et de programmes d’insertion, ainsi que l’extension du Service national à l’ensemble des provinces, afin de transformer ce vivier d’énergies en moteur de patriotisme et de développement», préconise le Leader du MR, qui estime, par ailleurs, qu’une action gouvernementale ciblée devrait être initiée pour encadrer le système judiciaire congolais, confronté à des défis pressants.
«Nous estimons également indispensable de renforcer le système judiciaire afin de garantir l’exécution effective des décisions de justice et de lutter contre l’impunité. A cet effet, la construction des nouvelles prisons à haute sécurité s’impose », insiste, à pleine voix, Clément Kanku, dans sa lettre à Judith Suminwa Tuluka, Première Ministre, Cheffe du Gouvernement.
La Pros.
LETTRE OUVERTE DE L’HONORABLE CLEMENT KANKU BUKASA WA TSHIBUABUA À MADAME LA PREMIERE MINISTRE, CHEFFE DU GOUVERNEMENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
Madame la Première Ministre, Je vous adresse cette lettre ouverte au nom de toutes les victimes de l’insécurité. Cette situation, devenue insoutenable, ne peut rester sans réponse appropriée. Au-delà de la responsabilité des ministres sectoriels, votre responsabilité, en tant que coordinatrice de l’action gouvernementale, est pleinement engagée.
C’est pourquoi nous vous demandons de mesurer la gravité de la situation afin d’apporter des réponses idoines aux préoccupations de notre population, plutôt que des démonstrations médiatiques où l’on expose des criminels dans des procès à caractère théâtral.
Madame la Première Ministre,
Nous sommes convaincus que l’insécurité n’est pas une fatalité et que seules des politiques sécuritaires cohérentes et adaptées peuvent restaurer durablement la paix ainsi que la sécurité des personnes et de leurs biens.
Il ne se passe pas un jour sans que la population ne soit victime de braquages, d’enlèvements, d’assassinats, de viols, de vols à main armée et d’actes de banditisme urbain commis notamment par des jeunes communément appelés « Kuluna », ainsi que des exactions attribuées à la milice dite « Mobondo », malgré les efforts déployés par les autorités pour y mettre fin.
Cette situation met en évidence des dysfonctionnements importants dans le dispositif sécuritaire actuel. Les forces de l’ordre sont souvent absentes dans certaines zones à haut risque, tandis que des actes criminels sont commis à proximité de postes de police sans intervention efficace.
Des dérives sont également constatées dans le chef de certains agents parfois ivres, notamment des abus, des violences, des tracasseries et des cas d’indiscipline, traduisant un déficit préoccupant de discipline et de contrôle. Dans le même temps, les forces de sécurité semblent se détourner de leurs missions essentielles. Une proportion importante d’agents est affectée à la protection de personnalités ou d’intérêts privés, au détriment de la sécurité collective.
Cette mauvaise répartition des effectifs laisse la majorité des citoyens sans protection adéquate et renforce le sentiment d’abandon. Il est également constaté que certains criminels, pourtant arrêtés et parfois condamnés, recouvrent irrégulièrement la liberté, fragilisant la confiance de la population envers la justice et alimentant un sentiment d’impunité.
A cela s’ajoute l’incapacité de ces agents de l’ordre à réguler efficacement la circulation routière, plongeant la ville dans des embouteillages monstres, avec un impact négatif sur la mobilité de la population.
Madame la Première Ministre,
Face à cette réalité, il apparaît indispensable d’engager une réponse politique forte, cohérente et structurée. Nous proposons notamment la mise en place urgente d’une cellule de crise sécuritaire placée sous votre coordination afin de mieux anticiper et coordonner les réponses opérationnelles.
Nous pensons également qu’il faille recentrer les missions de la police sur leur rôle fondamental de protection des citoyens, en limitant strictement les escortes et en mettant fin aux affectations abusives.
Dans cette dynamique, l’encadrement du secteur privé du gardiennage permettrait de libérer les forces publiques des tâches secondaires afin qu’elles se consacrent pleinement à leurs responsabilités régaliennes. Une réforme profonde des forces de sécurité s’impose, fondée sur un recrutement transparent, une formation moderne intégrant le respect des droits humains, une discipline rigoureuse ainsi que des sanctions exemplaires en cas de manquement, accompagnées d’une amélioration des conditions de travail.
Conscients que la question sécuritaire est aussi sociale, nous proposons de renforcer l’encadrement de la jeunesse à travers la création d’espaces de loisirs, de centres de formation professionnelle et de programmes d’insertion, ainsi que l’extension du Service national à l’ensemble des provinces, afin de transformer ce vivier d’énergies en moteur de patriotisme et de développement.
Nous estimons également indispensable de renforcer le système judiciaire afin de garantir l’exécution effective des décisions de justice et de lutter contre l’impunité. A cet effet, la construction des nouvelles prisons à haute sécurité s’impose.
Par ailleurs, la modernisation technologique du système sécuritaire doit être engagée à travers la digitalisation, la mise en place de systèmes de vidéosurveillance intelligents et la création de bases de données sécurisées, afin d’améliorer la prévention et la répression des actes criminels. Enfin, une réflexion de fond doit être menée sur l’architecture globale du système sécuritaire afin de bâtir un modèle cohérent, adapté aux réalités nationales et capable de répondre durablement aux défis actuels.
La création d’autres structures, telles que la gendarmerie nationale, devrait retenir notre attention pour nous affranchir du modèle sécuritaire hérité de l’AFDL, sous influence rwandaise, et pérennisé par les processus de mixage et de brassage issus des dialogues interminables.
Madame la Première Ministre,
L’heure n’est plus aux constats, mais à l’action. Notre population attend des mesures concrètes, visibles et durables. Elle attend la restauration de l’ordre, de la sécurité et de l’autorité de l’État. Nous persistons et signons que la sécurité n’est pas une fatalité.
Seules des décisions politiques fortes, portées par des institutions responsables et des dirigeants engagés, permettront de rétablir durablement l’ordre public. Car aucun projet de société ne peut prospérer dans un climat d’insécurité.
Veuillez agréer, Madame la Première Ministre, l’expression de mes salutations patriotiques.
Honorable Clément KANKU BUKASA wa TSHIBUABUA
Député, Ministre et V/Gouverneur honoraire
