L’Ambassadeur Jean-Thierry Monsenepwo a, dans un entretien exclusif accordé à Néo Africa, explicité le bien-fondé de l’accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025 entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda sous la houlette du Président américain Donald Trump. Selon lui, cet accord représente « un acte important sur le plan économique pour assécher les veines qui ont toujours alimenté les réseaux d’armements et le renforcement militaire de ceux qui déstabilisent la partie Est de notre pays ».
Ci-dessous, l’intégralité de l’entretien.
On pactise avec l’ennemi ?
Les congolais doivent être rassurés. Ce n’est pas un pacte mais c’est un goulot d’étranglement sous surveillance internationale. C’est-à-dire clairement qu’on neutralise l’ennemi par un texte international et qui reste un instrument juridique très fort et une loi de partie.
C’est une trahison des morts de l’Est ?
Dans la guerre lorsqu’on coupe l’oxygène qui nourrit une situation d’insécurité, en réalité on neutralise cette insécurité. Donc, c’est un acte important sur le plan économique pour assécher les veines qui ont toujours alimenté les réseaux d’armements et le renforcement militaire de ceux qui déstabilisent la partie Est de notre pays.
Le Rwanda profite-t-il encore de nos minerais ?
Impossible ! Traçabilité, transformation, négociation sur place avec les propriétaires des minerais, c’est-à-dire, la République Démocratique du Congo. C’est imposé par ce processus d’accord économique.
C’est une soumission déguisée ?
Avec cet accord, on brise le cycle de l’impunité. On rend traçable la sortie des minerais de notre pays. Parce qu’il y avait ici les pays voisins notamment, le Rwanda qui était premier exportateur de certains minerais alors qu’il n’en a pas. Mais aujourd’hui, grâce à cet accord économique, il y a la possibilité de faire une traçabilité de nos minerais. Comment ça sort, d’où ça sort et où ça va. C’est-à-dire, on est en train de casser une structure de pillage qui a existé depuis très longtemps.
Pourquoi maintenant ?
Il faudrait que nos compatriotes retiennent que l’argent finance les guerres. Et lorsqu’on coupe l’accès à cet argent on est en train d’assécher une structure qui a toujours existé de manière particulière pour déstabiliser la partie Est de la République.
Signer à Washington, c’est humiliant ?
Non, c’est stratégique. Là où la paix s’organise, nous sommes en train de montrer au monde qu’il y avait un pôle négatif qui faisait la déstabilisation et que notre Chef de l’Etat Félix Tshisekedi a voulu la paix pour la partie Est de notre pays. Et le monde en est témoin.
Le peuple n’a pas été consulté ?
Ce que le peuple veut réellement, c’est la fin de la guerre. Le peuple veut reprendre le chemin des champs. Que les enfants reprennent le chemin de l’école. Que les femmes au foyer vaquent à leurs occupations. Et c’est cela la détermination du Président de la République. En réalité, il répond à un besoin du peuple congolais qui avait posé cette question de la paix il y a trente ans. Et voilà la solution qu’il apporte. Il faut donc que nous puissions nous en approprier réellement. Et avec l’accompagnement de nos amis dont les Etats-Unis d’Amérique et bien sûr les Nations Unies.
On oublie les crimes du Rwanda ?
Il faut retenir une chose. Le front économique n’a rien à voir avec la justice sur son chemin. Ceux et celles qui ont fait couler le sang des congolais vont subir la rigueur de la loi. Le front économique est pour assécher la guerre mais aussi pour apporter l’emploi, le développement dans une partie du pays qui a été longtemps meurtrie. Mais la justice, le paiement de ceux qui ont fait du mal à notre peuple à notre terre ne va jamais s’arrêter. Ce chemin-là continue.
C’est du business sur les cadavres ?
Avec cet accord, c’est la fin du business de sang. On verrouille le pillage des minerais de manière désordonnée, de manière criminelle pour qu’enfin ça puissent servir aux intérêts de développement des populations congolaises.
C’est une récompense à l’agresseur ?
Aujourd’hui, cet accord est un phare qui place la lumière. Ça signifie que tout mouvement, tout blanchiment, toute action du Rwanda qui sera portée dans la zone sera traçable, quantifiable et vérifiable. Alors que pendant trente cela a été occulté avec les complicités internes mais aussi extérieures. Mais aujourd’hui, tout cela sera mis en lumière parce que cet accord est une loi des parties visée par la communauté internationale.
On vend les mines de la RDC ?
Cet accord permet à l’Etat de revenir au centre du jeu en ce qui concerne les minerais stratégiques qui sont dans l’Est de notre pays. Il n’est plus question que ceux-là soient contrôlés par des groupes armés qui ne servent qu’à des entités personnelles. Aujourd’hui, enfin, il y a une possibilité que le Trésor public, que le Congo puisse bénéficier de ses minerais stratégiques. En réalité, les accords sont signés mais c’est la volonté politique qui compte. Et le Président de la République et le gouvernement ont démontré cette volonté. C’est également l’accompagnement de la communauté internationale et la volonté des parties qui vont réaliser cet accord. Et nous espérons, qu’en face de nous, le partenaire qui a signé va aussi respecter cet accord. Il y a déjà des signaux avec l’acceptation de cet accord au niveau du Parlement.
Du côté de la RDC, la volonté a toujours été celle de la paix…
