(Par Mapenzi Manyebwa, Ecrivain et expert en gestion de projet et de développement)
Dans l’histoire sociale du Monde, l’éducation scolaire et universitaire fait partie des priorités sociales et culturelles d’une nation pour son affirmation en tant que société humaine, dans le processus du changement social. C’est à travers l’éducation et dans l’éducation qu’une société se découvre et se dépasse pour ouvrir d’autres horizons possibles et faire des exploits économiques, numériques et scientifiques dans le monde. Voilà pourquoi, les pays les plus pauvres sont souvent ceux qui investissent moins dans le système scolaire et universitaire de leur population et dans la recherche scientifique.
Il est déplorable avec nos pays en développement, dont la RDC est au sommet avec des indices alarmants dans la pauvreté mentale et sociale des citoyens, dans notre pays le social n’est pas une urgence ni une priorité pour la majorité des décideurs politiques et administratifs, malgré leurs bons discours publics.
Cela est pour nous un grand problème social car nous avons aujourd’hui dans ce pays un nombre volumineux des docteurs à thèse dans les domaines divers mais avec un niveau faible d’influence dans l’intelligence économique, politique et technologique du pays. Selon nos observations, le système éducatif à tous les niveaux n’a pas jusqu’à maintenant les buts de contribuer à la formation efficace des intellectuels congolais au sens vrai du terme mais plutôt fabriquer les sous hommes, les nègres des maisons et les gladiateurs au service éternel de l’Union Européenne, du Fonds Monétaire International, de la Francophonie et de la Banque Mondiale. Mais quelle aliénation organisationnelle, politique et économique ?
Où se trouve le vrai problème ?
C’est depuis la colonisation que ce système de prédation a été initié dans plusieurs pays Africains dits francophones, en passant par notre système scolaire et universitaire, notre administration publique, nos églises, notre classe politique et aujourd’hui c’est dans la musique congolaise, dans le système familial et social congolais à travers les différents projets et programmes dits communautaires et humanitaires.
Pour notre système scolaire en RDC, les grandes politiques éducatives et approches pédagogiques sont conçues par ceux qui ne partagent pas le même univers spirituel, culturel, social et économique des apprenants.
Comme conséquences : les savoirs endogènes congolais sont mis en cause, les talents locaux ne sont pas valorisés et les besoins locaux en éducation ne sont pas pris en compte par les bailleurs de fonds du système scolaire et universitaire congolais. Nous vivons le calvaire dans les sphères alimentées par nos universités et nos écoles.
C’est horrible de voir que nous réalisons 64 ans après la proclamation de l’indépendance, mais nous manifestons encore une insuffisance notoire dans la politique sociale et éducative dans notre pays. Jusqu’à nos jours une grande partie du budget national de l’État congolais est orienté vers la satisfaction exagérée des besoins des agents de la Présidence, de la Primature, les agents du Sénat et de l’Assemblée Nationale depuis 64 ans malgré le changement des régimes politiques.
Aujourd’hui, les enseignants congolais sont parmi les agents dits de l’Etat le plus vulnérables et chosifiés. Ils n’ont ni considération devant le Gouvernement en place ni un syndicat sérieux pour défendre véritablement leurs nobles causes. Malgré quelques galeries politiciennes des hommes au pouvoir.
Et chaque fois qu’ils essayaient de revendiquer leurs droits, ils sont considérés comme des détraqués mentaux et des humoristes car moins des acteurs au niveau de la classe politique congolaise de ce grand pays trouvent dans la revendication des enseignants une priorité nationale.
Nous devons rappeler que l’avènement de la gratuite de l’enseignement primaire en RDC reste un chantier sans architecture fiable et sans ressources mobilisées. Or, construire sans terminer c’est plus grave que détruire.
Il est du devoir de tous les citoyens congolais de prendre le temps pour sauver ce pays à travers une réorganisation citoyenne, des initiatives d’appui à l’éducation scolaire et universitaire et des lobbyings à tous les niveaux pour contribuer à la qualité de l’enseignement scolaire et universitaire en RDC.
Car jusqu’à maintenant nous sommes en train de voir dans la lutte des enseignants un manque de cohérence, de pertinence et de progression pour atteindre leur vraie cause, surtout avec ces fameux groupes des syndicats qui n’ont pas les deux pieds sur terre.
Voilà pourquoi nous interpellons la conscience des enseignants congolais de s’unir comme un seul corps et d’agir au-delà des manipulations politiciennes car le pays a des ressources suffisantes pour améliorer les conditions de vie des enseignants et des citoyens congolais en général, seulement la mauvaise volonté de la classe politique et administrative congolaise qui fait défaut. Pour y arriver, il faut un engagement citoyen continu des parents d’élèves congolais dans les 4 coins du pays pour soutenir les enseignants à travers des initiatives de plaidoyers et de lobbyings et des cotisations d’une manière ou d’une autre.
Aux organisations de la société civile de bonne foi de fédérer les forces pour mettre pression au gouvernement en place et trouver une solution adéquate et que de continuer à tromper les pauvres enseignants avec des promesses politiciennes et en les obligeant de rentrer dans le métier sans répondre à leurs besoins cruciaux.
C’est aux députés nationaux et provinciaux patriotes de se désolidariser avec ces députés par procuration pour montrer au Monde que c’est possible d’avoir en RDC des représentants valables du peuple, nous avons urgemment besoin des hommes et femmes politiques qui vont s’impliquer pour trouver des solutions urgentes et satisfaisantes en faveur des enseignants, et à la longue pour les médecins, infirmiers, les policiers, les militaires et d’autres agents de l’Etat marginalisés par ce système salariale de prédation et de paupérisation en RDC.
Aux organisations humanitaires et internationales sérieuses d’intervenir pour lutter contre la violation grave des droits de l’homme et de l’enfance par le gouvernement congolais, car l’éducation de qualité est l’un des droits fondamentaux garanti par la constitution de la RDC et par les Pactes internationaux des droits humains.
Nous avons tous le devoir de défendre les intérêts des enseignants en luttant pour un financement équitable dans le secteur de l’éducation et un investissement considérable pour appuyer les projets en infrastructures scolaires et universitaires, la modernisation de nos écoles partout en RDC à travers des programmes concrets et soutenus par le gouvernement congolais et d’autres partenaires crédibles.
C’est possible si nous prenons ce secteur comme une priorité sociale et culturelle pour notre développement national en RDC. Il est temps de se lever et de s’organiser dans nos villages et villes pour exiger une éducation de qualité en faveur de nos enfants car le changement positif du Congo Kinshasa dans 20 ans et dans 30 ans dépendra en grande partie de la qualité d’informations et d’éducation qu’aura cette génération présente.
