(Tribune de l’Honorable Simon Mulamba Mputu, Député National élu de Tshikapa)
Il est des moments dans la vie d’une Nation où l’Histoire impose des rendez-vous qu’aucun responsable politique ne peut esquiver. La République Démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à l’un de ces rendez-vous.
Après des décennies de guerres, d’instabilité institutionnelle, de délabrement des infrastructures et d’abandon de nombreux territoires, une question mérite désormais d’être posée sans passion, sans complaisance mais aussi sans mauvaise foi :
Félix-Antoine Tshisekedi est-il l’homme providentiel dont la République Démocratique du Congo avait besoin ou cette qualification relève-t-elle simplement du mythe politique ?
Pour répondre à cette question, il faut sortir des slogans. Il faut regarder les routes. Il faut regarder les aéroports. Il faut regarder les universités. Il faut regarder les ports. Il faut regarder les corridors économiques. Il faut regarder Kinshasa qui commence à se transformer.
Et surtout, il faut regarder la RDC dans sa profondeur territoriale. Car, un pays ne se transforme pas uniquement dans les discours présidentiels. Un pays se transforme lorsque le béton, l’asphalte, l’acier, l’éducation et la mobilité commencent à changer la vie des citoyens.
- Le premier marqueur : la révolution des infrastructures
L’un des éléments les plus visibles de l’action du Président Tshisekedi est sans conteste la place accordée aux infrastructures. En avril 2026, le Chef de l’État a lancé la première Conférence Nationale sur les infrastructures et les travaux publics, avec une vision stratégique à l’horizon 2034. Cette démarche inscrit désormais les infrastructures dans une véritable stratégie de transformation économique et territoriale. Ce choix est fondamental.
La RDC possède un territoire immense, mais elle reste l’un des pays les plus difficiles à parcourir.
Pendant longtemps, nos provinces ont vécu comme des îles séparées les unes des autres. Le défi de Tshisekedi est donc de transformer la géographie congolaise en réseau économique. C’est une véritable rupture stratégique.
- Les routes : désenclaver le Congo pour unifier la nation
Le développement d’un pays commence par sa capacité à circuler. Sous l’impulsion du Chef de l’État, plusieurs grands corridors routiers ont été engagés. La RN2 et le désenclavement du Grand Kasaï. Le lancement de la modernisation de la RN2 entre Mbuji-Mayi, Kabinda et Mbanga constitue un projet particulièrement stratégique pour le centre du pays. Le tronçon représente environ 280 kilomètres et s’inscrit dans le projet PACT, dont l’ambition est beaucoup plus large : connecter le centre et l’est de la RD Congo à travers un réseau routier de grande envergure, avec intégration de la fibre optique.
Pour nous, originaires du Grand Kasaï, cette politique possède une signification historique. Pendant des décennies, le Kasaï a été victime de son enclavement.
Aujourd’hui, des axes commencent à être pensés non plus comme de simples routes, mais comme des corridors de développement.
Kananga-Kalamba-Mbuji : la Route de l’Espoir
La route Kananga-Kalamba-Mbuji, longue de 230 kilomètres, constitue également un axe stratégique. Elle ouvre le Kasaï-Central vers l’Angola et le corridor de Lobito, avec la perspective d’intégrer le centre de la RD Congo aux grands réseaux régionaux de transport et de commerce. En janvier 2026, l’ensemble de l’axe était annoncé comme praticable. Ce n’est pas simplement une route. C’est une ouverture géopolitique et économique du Grand Kasaï. Et lorsqu’une route relie une région enclavée à un corridor international, elle ne transporte pas seulement des véhicules. Elle transporte des marchandises, des emplois, des investissements et de l’espoir.
III. Kinshasa : la rocade, un projet qui change l’architecture de la capitale
La construction des rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa représente l’un des projets urbains les plus ambitieux de ces dernières années. Le projet couvre environ 73 kilomètres et vise à relier les parties est et ouest de la capitale afin de réduire la congestion chronique. Les travaux ont été lancés en juin 2024.
Voilà pourquoi il faut dépasser la polémique quotidienne.
La rocade n’est pas seulement une route. Elle constitue le début d’une nouvelle organisation spatiale de Kinshasa. Elle doit permettre de contourner certains axes saturés, faciliter la circulation des marchandises, rapprocher les quartiers périphériques et créer de nouvelles zones d’activités économiques. À cela s’ajoutent les travaux de voirie urbaine. À Kinshasa, le Chef de l’État a notamment inspecté les travaux de l’avenue Kabambare, longue de 10 kilomètres, ainsi que ceux des boulevards Luemba et Maître Croquet, sur environ 4 kilomètres.
Et le gouvernement travaille également sur la relance du transport ferroviaire urbain. En juin 2026, le train urbain a été relancé sur une ligne de 25 kilomètres reliant la Gare centrale à l’aéroport de N’djili, dans le cadre d’un projet MetroKin beaucoup plus vaste.
Route, rocade, rail : Kinshasa commence progressivement à être pensée comme une métropole moderne.
- Le port en eau profonde de banana : la RDC retrouve son ouverture sur le monde
S’il existe un projet capable de modifier profondément la position économique de la RD Congo, c’est bien celui du port en eau profonde de Banana. Le projet, développé avec DP World, doit permettre à la RDC de disposer d’une infrastructure portuaire moderne donnant un accès direct aux grands flux du commerce maritime international. Le ministère du Plan présente ce projet comme stratégique pour la souveraineté commerciale du pays, l’amélioration de la logistique, l’attraction des investissements et la création d’emplois. L’investissement annoncé dépasse le milliard de dollars.
Certes, il faut être précis : le port n’est pas encore une réalisation achevée.
Mais une politique publique doit aussi être jugée sur sa capacité à lancer les grands projets structurants.
Pendant des décennies, nous avons parlé de la nécessité de donner à la RD Congo un véritable accès aux grandes routes maritimes. Aujourd’hui, le projet de Banana donne enfin corps à cette ambition. Et demain, lorsque les grands navires pourront accoster directement sur la côte congolaise, une partie de notre dépendance logistique historique pourra être réduite.
Banana peut devenir à la RD Congo ce que certains grands ports sont devenus à d’autres puissances africaines : une porte d’entrée et de sortie de l’économie nationale.
- Le pont route-rail Kinshasa – Brazzaville : penser au-delà des frontières
Autre projet majeur : le pont route-rail Kinshasa-Brazzaville.
En mai 2026, les deux États ont franchi une nouvelle étape avec la signature d’un accord concernant notamment les aspects fiscaux, douaniers et parafiscaux du futur ouvrage. L’intérêt dépasse largement les deux capitales. Il s’agit de connecter deux pays, deux capitales et plusieurs corridors commerciaux.
C’est la logique d’une RD Congo qui ne doit plus seulement regarder vers l’intérieur, mais qui doit devenir un carrefour de l’Afrique centrale.
- Les aéroports : moderniser les portes d’entrée de la république
Le même mouvement est observable dans le secteur aérien. À Kisangani, l’aéroport international de Bangoka a été modernisé avec notamment la transformation du terminal passagers, la réhabilitation des infrastructures aéronautiques et l’amélioration des dispositifs de sûreté et de sécurité. Le Président Tshisekedi a inauguré ces installations en octobre 2024.
À Lubumbashi, le Chef de l’État a lancé en avril 2025 la modernisation de l’aéroport de la Loano, avec notamment une nouvelle aérogare, l’élargissement de la piste, l’aménagement du tarmac et la modernisation des aides à la navigation.
À Mbuji-Mayi également, la modernisation de l’aéroport de Bipemba accompagne une transformation plus large de la capitale du Kasaï-Oriental. Et cette politique répond à une logique simple :
un grand pays ne peut pas avoir de petites portes d’entrée.
VII. L’université : former l’homme après avoir construit la route
C’est peut-être l’aspect le moins spectaculaire médiatiquement, mais certainement l’un des plus importants pour l’avenir du pays. Une route peut transporter une génération. Une université peut former plusieurs générations.
Le nouveau campus de l’Université de Kananga, inauguré en janvier 2026, illustre cette nouvelle politique. L’infrastructure peut accueillir environ 3 500 étudiants, avec 16 auditoires, des bibliothèques, 14 laboratoires de recherche, une salle informatique, des résidences universitaires et un système photovoltaïque.
À Mbuji-Mayi, le nouveau campus de l’Université Officielle comprend notamment 16 auditoires de 200 places, deux amphithéâtres de 400 places et un bâtiment résidentiel de 154 chambres collectives.
À l’UPN, des bâtiments universitaires ont été construits ou réhabilités, accompagnés d’un complexe sportif.
Voilà une dimension essentielle du projet national. Construire le Congo, ce n’est pas seulement construire des routes. C’est construire les compétences qui permettront aux Congolais de concevoir, financer, administrer et entretenir ces infrastructures demain.
VIII. Le PDL-145T : ramener l’état dans les territoires
Il faut également citer le Programme de développement local des 145 territoires. Ce programme traduit une philosophie politique majeure : le Congo ne doit pas être développé uniquement à partir de Kinshasa.
L’État doit être visible dans les territoires avec des écoles, des centres de santé, des bâtiments administratifs, des routes de desserte agricole et des infrastructures locales.
Le PDL-145T s’inscrit précisément dans cette volonté de réduire les inégalités territoriales et de rapprocher l’État des populations. Le Gouvernement a fixé comme objectif l’achèvement des infrastructures du premier volet à fin 2026.
Il accuse naturellement des retards et des insuffisances. Mais le principe politique est historique :
faire du territoire national l’unité fondamentale du développement.
- Mais l’homme providentiel doit aussi être l’homme des résultats
C’est ici que je voudrais introduire une nuance essentielle. Être favorable au Président de la République ne signifie pas fermer les yeux sur les insuffisances. Au contraire. Soutenir Félix Tshisekedi, c’est lui demander davantage.
Les chantiers doivent être exécutés dans les délais. Les crédits doivent être utilisés conformément à leur destination. Les entreprises défaillantes doivent être sanctionnées. Les populations expropriées doivent être indemnisées. Les infrastructures doivent être entretenues. Et surtout, les réalisations doivent atteindre toutes les provinces.
Car, il ne suffit pas de construire quelques vitrines à Kinshasa. Le véritable succès du Président sera mesuré dans les territoires.
- Le Kasaï doit être au cœur de cette transformation
En tant que Député National élu de la Province du Kasaï, je considère que nous devons regarder cette transformation avec lucidité. Le Grand Kasaï a trop longtemps souffert de l’enclavement.
La modernisation de la RN2, la route Kananga-Kalamba-Mbuji et les projets universitaires de Kananga et Mbuji-Mayi montrent qu’une nouvelle dynamique est possible. Mais cette dynamique doit atteindre Tshikapa, Luebo, Mweka, Ilebo, Kamonia et l’ensemble des territoires du Kasaï.
Le désenclavement du Kasaï ne doit plus être une promesse électorale. Il doit devenir une politique d’État. Il faut notamment accélérer les routes Tshikapa-Kandjaji, Tshikapa-Kananga, les dessertes agricoles, la modernisation de l’aéroport de Tshikapa et les infrastructures portuaires d’Ilebo.
C’est ici que le leadership présidentiel doit être interpellé : la République doit être équitable dans la distribution de ses infrastructures.
- Et la question constitutionnelle dans tout cela ?
C’est précisément ici que le débat politique prend toute sa profondeur. Ceux qui soutiennent les réformes institutionnelles ont le devoir de démontrer qu’elles ne sont pas conçues pour satisfaire un homme, mais pour rendre l’État plus efficace.
La Constitution n’est pas une religion. Elle peut évoluer. Mais toute réforme constitutionnelle doit répondre à une question fondamentale:
est-elle utile à la République ?
Si elle permet de renforcer les institutions, d’améliorer l’efficacité de l’État, de consolider la justice, d’améliorer la gouvernance et d’adapter les institutions aux réalités contemporaines de la RD Congo, elle mérite d’être discutée. Mais, si elle devait apparaître comme une simple mécanique de conservation du pouvoir, elle perdrait sa force morale et politique. C’est pourquoi le débat doit rester national, transparent et démocratique.
XII. Mythe ou réalité ?
Alors, Félix-Antoine Tshisekedi est-il l’homme providentiel ? À cette question, je réponds :
Le mythe ne suffit pas. Les réalisations commencent à parler.
Nous avons vu des routes se construire, des aéroports se moderniser. une rocade transformer progressivement l’architecture de Kinshasa, renaître le transport ferroviaire urbain, se développer le projet du port en eaux profondes de Banana, se dessiner le pont route-rail Kinshasa-Brazzaville, des campus universitaires modernes surgir du sol à Kananga et Mbuji-Mayi. Nous voyons le PDL-145T tenter de ramener l’État dans les 145 territoires. Tout cela ne signifie pas que tout est réussi. Mais cela signifie que quelque chose est en train de changer.
L’homme providentiel sera celui qui laissera un pays plus fort que celui qu’il a trouvé
L’histoire ne jugera pas Félix-Antoine Tshisekedi uniquement sur ses discours. Elle le jugera sur ce qu’il aura laissé derrière lui. Des kilomètres de routes ? Oui. Des aéroports modernes ? Oui.
Des universités ? Oui.
Des ports ? Oui.
Des corridors économiques ? Oui. Mais, surtout :
un État plus fort? Une Nation plus unie ? Un peuple plus prospère ? Une RDC plus souveraine? Voilà les véritables critères. Car, l’homme providentiel n’est pas celui qui demande à son peuple de croire en lui. C’est celui qui donne à son peuple des raisons de croire en son pays.
Félix-Antoine Tshisekedi dispose aujourd’hui d’une opportunité historique. Il peut être simplement un Président parmi les Présidents. Ou il peut devenir celui qui aura engagé la RDC dans son grand tournant infrastructurel, économique, universitaire et géopolitique.
À lui de transformer l’essai. À nous, parlementaires, de contrôler, d’accompagner, de corriger et d’exiger. Et au peuple congolais, en définitive, de juger.
Pour ma part, je refuse le procès d’intention comme je refuse l’adoration aveugle. Je choisis le réalisme politique : reconnaître les acquis, dénoncer les insuffisances et soutenir les réformes lorsqu’elles servent réellement l’intérêt supérieur de la République.
C’est dans cet équilibre que se trouve la véritable loyauté envers la Nation. Et, si demain les infrastructures, la paix, l’éducation, la souveraineté économique et la prospérité deviennent les héritages durables de cette présidence, alors l’Histoire pourra répondre à notre question avec beaucoup moins d’hésitation :
Félix-Antoine Tshisekedi n’aura pas été seulement un homme providentiel annoncé par la politique. Il aura été un homme dont les actes auront contribué à rendre la RDC plus forte.
Honorable Simon MULAMBA MPUTU
Député National élu de Tshikapa
