Dans l’opinion publique de la République démocratique du Congo, plusieurs congolais perçoivent mal la vision du Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi, celle de la revanche du sol sur le sous-sol. Cette vision ne se traduit pas à la réalisation d’intenses activités qui favorisent seulement l’agriculture et négligent le secteur des mines. La République Démocratique du Congo, pays riche en sol et sous-sol, a besoin des deux secteurs pour son émergence économique et la stabilité sociale des communautés rurales.
Le véritable enjeu se situe dans la conversion d’une partie de la puissance financière issue des ressources minières en capital agricole.
Cela doit être avantageux pour la construction des routes, l’irrigation, la recherche, la mécanisation, l’énergie, la transformation et la logistique.
Le potentiel agricole est là, c’est-à-dire 80 millions d’hectares de terres arables, mais il faut booster les choses.
La Revanche du sol » ne doit pas être un simple slogan
La RDC n’a pas simplement besoin d’un nouveau slogan agricole, « la revanche du sol ». Au-delà de ce slogan, le pays a besoin d’un pacte national de production avec des objectifs chiffrés : combien d’hectares des terres supplémentaires exploitées chaque année, combien de tonnes de maïs, riz, manioc, cacao, café, soja à produire, combien de kilomètres de routes agricoles à construire, combien de centres de stockage à installer, combien d’unités de transformation à créer et surtout combien de milliards de dollars d’importations alimentaires à réduire.
C’est dans ça que se situe la vraie émergence économique issue du sol.
Il faut savoir aussi que les minerais congolais fournissent aujourd’hui une grande partie des recettes d’exportation et des devises au pays et l’agriculture peut apporter ce que le secteur extractif ne peut pas fournir à lui seul. À titre d’exemple les emplois massifs, une activité répartie sur l’ensemble du territoire et une économie productive enracinée dans les communautés rurales.
C’est ainsi que le cuivre et le cobalt peuvent contribuer à financer une économie qui, demain, dépendra moins du cuivre et du cobalt.
Dans le secteur agricole, il y a des ressources considérables en eau, des millions de producteurs, des stations de recherche, des bassins agricoles et un immense marché intérieur.
Ce qui manque encore, ce n’est pas la terre. C’est juste l’organisation, l’investissement et la continuité d’une bonne politique publique.
Si la RDC réussit à transformer ses agriculteurs en producteurs compétitifs, ses stations de recherche en centres d’innovation, ses terres en bassins de production et ses routes en corridors agricoles, alors l’agriculture peut devenir bien plus qu’un secteur parmi tant d’autres. Elle peut devenir l’un des principaux moteurs de la diversification de l’économie congolaise.
Et le jour où la ville-province de Kinshasa et d’autres provinces du pays produiront suffisamment pour nourrir la population, les importations alimentaires commenceront à reculer et les produits « Made in DRC » prendront progressivement la place et de l’ascendance sur les produits importés.
Et la véritable revanche du sol sur le sous-sol aura commencé.
La priorité ne doit toutefois pas être de distribuer simplement davantage d’argent aux agriculteurs. Il faut investir dans toute la chaîne de valeur : semences certifiées, recherche agronomique, engrais, mécanisation, irrigation, routes de desserte agricole, entrepôts, chaînes du froid, énergie, transformation industrielle, accès au crédit et marchés organisés.
La visite récente du vice-premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, à la station de l’institut national pour l’étude et la recherche agronomique (INERA) de Mukumari, dans la province du Sankuru, est bien plus qu’une séquence de terrain. Elle remet au centre du débat une question qui conditionne désormais l’avenir économique de la RDC : comment transformer l’immense potentiel agricole du pays en richesse, en emplois et en sécurité alimentaire. Les discussions autour de la redynamisation de l’INERA, des semences améliorées, de l’encadrement des producteurs et de la relance des bassins agricoles vont dans le bon sens.
La démarche engagée par le ministère de l’Économie devrait se poursuivre dans d’autres provinces du pays pour montrer que cette logique commence à prendre forme.
Dans le Sud-Ubangi, un protocole de 7,7 millions USD sur 24 mois a été signé en 2026 pour soutenir les filières maïs et soja, avec des composantes consacrées aux semences, à l’accompagnement des producteurs, au stockage, à la transformation et à la commercialisation vers Kinshasa.
Un bon élan qui devrait être relayé dans l’ensemble du pays.
Dans le secteur des mines, les défis restent énormes d’autant plus qu’un bon nombre des matières précieuses exploitées échappe au contrôle de l’État. La fraude, le manque de traçabilité et d’infrastructures gangrènent le secteur des mines en République démocratique du Congo. L’État congolais doit vite mettre en place des industries de transformation locale des minerais pour une plus-value avant l’exportation. Cela va booster davantage l’économie du Pays.
Melis Boasi
