En mars 2026, la situation des droits de l’homme en République démocratique du Congo s’est nettement détériorée, selon le BCNUDH, qui recense 524 violations, en hausse de 13 %. Portée par l’intensification des combats dans l’Est et un climat sécuritaire et politique tendu, cette dégradation touche particulièrement les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, tandis que les violences sexuelles liées aux conflits et les restrictions de l’espace civique demeurent préoccupantes, malgré des chiffres susceptibles de masquer une sous-documentation.
Communiqué de presse : le BCNUDH publie les principales tendances des violations des droits de l’homme en République démocratique du Congo pour le mois de mars 2026
Dans le cadre de son mandat, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) en République démocratique du Congo assure un suivi étroit de la situation des droits de l’homme et analyse les tendances y relatives. Ces tendances sont régulièrement partagées avec les autorités afin qu’elles prennent les actions nécessaires, y compris traduire en justice les auteurs présumés des violations des droits de l’homme documentées.
1. Au cours du mois de mars 2026, la situation humanitaire et des droits humains a continué à se dégrader. Le BCNUDH a documenté 524 violations et atteintes aux droits humains, soit une augmentation de 13 pour cent par rapport au mois précédent, au cours duquel 478 violations et atteintes avaient été enregistrées. Cette hausse confirme une tendance à la détérioration du contexte de protection, portée à la fois par l’intensification des combats dans l’est du pays et par la persistance de violations et atteintes commises dans d’autres espaces sous contrôle étatique. Environ 83 pour cent des violations et atteintes documentées l’ont été dans les provinces affectées par le conflit, soit 451 cas répartis entre le Nord-Kivu (287), le Sud-Kivu (98), l’Ituri (60) et le Maniema (6).
2. Par ailleurs, le BCNUDH a documenté au moins 46 cas de violences sexuelles liées aux conflits ayant affecté 70 victimes, dont 53 femmes et 17 filles. Le BCNUDH note une diminution du nombre de victimes de l’ordre de 30 pour cent comparé au mois de février, où 101 victimes, dont 77 femmes et 24 filles, avaient été recensées. Toutefois, cette baisse ne peut être interprétée de manière automatique comme une amélioration de la situation, dans la mesure où les contraintes d’accès humanitaire et l’intensification de l’insécurité ont considérablement réduit la capacité à identifier, joindre et documenter les survivantes. Autrement dit, l’évolution chiffrée observée peut refléter davantage une sous-documentation des violences qu’un recul réel de leur incidence. Les cas documentés l’ont été dans la province du Nord-Kivu concentrant 43 pour cent des victimes, suivi de l’Ituri avec 24 pour cent, du Sud-Kivu avec 23 pour cent et du Maniema avec 10 pour cent.
3. Comme des mois précédents, les membres des groupes armés demeurent les principaux auteurs des violences sexuelles liées aux conflits, avec 63 pour cent des victimes documentées. Les acteurs étatiques quant à eux sont responsables de 37 pour cent des victimes de violences sexuelles liées aux conflits, soit 26 victimes, dont 19 femmes et sept filles.
4. Au cours du mois de mars 2026, le BCNUDH a documenté 21 violations et atteintes aux droits humains en lien avec l’espace civique, ayant fait 19 victimes, toutes des hommes. Cela représente une augmentation de huit violations et atteintes par rapport au mois précédent, au cours duquel 13 violations avaient été enregistrées. Cette hausse s’inscrit dans un contexte d’intensification des tensions sécuritaires et politiques, marqué par des mouvements de troupes, un contrôle accru de l’information et une sensibilité grandissante des autorités et des groupes armés à toute expression perçue comme critique.
5. Pour la protection individuelle, le BCNUDH a documenté huit cas, imputables à l’AFC/M23 (trois), aux agents de la PNC (deux), aux FARDC (deux) et aux services de renseignements (un). A l’issue de l’examen de ces cas par le BCNUDH, 19 bénéficiaires, dont deux femmes, parmi lesquels 17 défenseurs des droits de l’homme et deux journalistes, ont reçu des conseils en autoprotection, ainsi qu’un appui en plaidoyer et en suivi.
6. Au cours du mois de mars 2026, quatre poursuites judiciaires engagées contre trois militaires des FARDC et un agent de la PNC ont abouti à la condamnation de trois personnes, dont deux militaires des FARDC et un agent de la PNC, ainsi qu’à l’acquittement d’un militaire des FARDC.
7. En mars 2026, le BCNUDH a organisé sur l’ensemble du territoire neuf sessions de formation et de sensibilisation au profit de 778 personnes, dont 221 femmes, parmi lesquelles des membres d’organisations de la société civile, des magistrats militaires et civils, des défenseurs des droits humains, des agents de l’Etat, des étudiants ainsi que des membres des forces de défense et de sécurité. Au-delà de leur dimension capacitaire immédiate, ces activités s’inscrivent dans une logique de prévention structurelle des violations, en cherchant à renforcer la connaissance des normes applicables et les capacités des acteurs appelés à les mettre en œuvre ou à les faire respecter.
