(Par le Professeur Florent Gabati)
La gestion des entreprises publiques à travers le monde représente un enjeu stratégique majeur, agissant comme un pilier de la stabilité économique, de la confiance du public. Les entreprises publiques jouent un rôle important dans l’économie nationale compte tenu de leur poids et de chiffres d’affaires.
C’est pourquoi il est crucial qu’elles adhèrent à des normes élevées de bonne gouvernance. Pour écarter tout risque, il y a des leviers qui servent pour adopter des cadres juridiques, de performance stricts alignés afin de ne recruter de personnes capables de gérer la rentabilité. A fortiori, des acteurs compétents nommés renforcent les institutions, la stabilité politique et le climat des affaires. Mais parler de la gestion des entreprises publiques en RDC, c’est évoquer un secteur où les analystes économiques, les institutions internationales, les rapports officiels et les hommes politiques sont tous unanimes pour confirmer que c’est la faillite systémique de gouvernance politique, plutôt qu’une simple crise économique passagère. La problématique de la bonne gouvernance des entreprises publiques résulte de la qualité du leader, du manager. Souvent l’on dit que la RDC est malade à cause de ses dirigeants. Quand la médiocratie s’érige en modus operandi, les responsables se concentrent souvent sur l’enrichissement personnel, sur des projets inutiles plutôt que dans des secteurs clés en électricité, voies de communication, sécurité alimentaire…
Que ce soient la SNEL, la MIBA, la SCTP (ex ONATRA), la SNCC, la CADECO, les LMC, la Gécamines…, elles demeurent des « canards boiteux », des entreprises pillées, contre-performances, incapables de payer régulièrement leurs employés. Dans quel pays au monde des retards de salaire atteignent 100 mois ? Aucun Etat ne présente une telle statistique globale. Entre 2014 et 2023, ces entreprises ont accumulé presque 5,3 milliards de dollars de pertes selon le rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026. Nous pouvons affirmer que tous ces déficits managériaux sont dus à une combinaison de facteurs humains
(Compétence, formation) et surtout à la mauvaise culture politique incarnée par ceux qui ont l’exercice du pouvoir politique : la résurgence du néopatrimonialisme ou du clientélisme. Il s’agit d’une pratique de redistribuer une partie des revenus tirés de postes publics à ceux qui ont nommé les titulaires. Sans mettre un terme à ce modus operandi de patronage et de rente qui fonctionne au sommet de l’État jusqu’aux gouvernements locaux, la RDC restera un parent pauvre et les difficultés de ces entreprises publiques demeureront comme des « boulets » pour le développement du pays.
Il est évident que les lois, les textes ne sont que des outils. Mais sans hommes compétents axés sur le professionnalisme, sur la culture des résultats et la bonne gouvernance la RDC sera l’un des pays au monde au tableau sombre marqué par plusieurs facteurs négatifs. Il faudra réinventer la bonne gouvernance sous le paradigme de :« Homo indoneus in loco idoneo », c’est-à-dire l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Parler aujourd’hui des réformes sans un nouvel esprit du développement, c’est bien entendu un LEURRE. Seuls les mabouls appartenant à cette galaxie de la Kakistocratie en RDC et ceux qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche continueront comme des idiots utiles en politique de soutenir les médiocres.
Le tableau très sombre de la Banque mondiale sur entreprises publiques en RDC renforce la thèse de l’incapacité de l’équipe au pouvoir à redresser la situation économique et sociale jugée très critique. La mauvaise gestion des entreprises publiques est l’arbre qui cache la forêt des dysfonctionnements structurels du pays, du pillage systémique, de la corruption institutionnalisée, d’un manque de volonté politique de réforme.
Somme toute, ce rapport de la Banque mondiale est un très mauvais signal pour la présidence actuelle en RDC. Pour résoudre durablement les problèmes que confrontent les entreprises publiques, il faut l’émergence d’une nouvelle génération des congolais axés sur la transparence, l’engagement citoyen, le respect de l’éthique sociétale. Il ne restera que des tarés pour soutenir les acteurs qui réclament une modification de la constitution. Sur le plan juridique et diplomatique, un pays étranger quelle que soit sa force ou sa puissance militaire ne peut légalement exiger la modification de la Loi fondamentale congolaise. Le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un autre pays consacré par la charte des Nations-unies interdit formellement de dicter les lois fondamentales d’une autre nation.
Seuls les vampires financiers agissent sans respect de l’éthique au profit du gain à court terme. On l’a vu d’ailleurs par cette hypocrisie organisationnelle cachant des intérêts financiers divergents et des compromis à travers la signature de ce deal de paix.
Suite au rapport de la Banque mondiale pointant du doigt non seulement la faillite technique, une gouvernance défaillante des entreprises publiques, il apparaît que ce document illustre une vitrine des mauvais dirigeants en RDC, et présente l’image d’un Etat où la médiocratie reste le modus vivendi par excellence. Nous demandons au peuple congolais d’être vent debout contre tout projet de révision constitutionnelle, car ceux qui détiennent le pouvoir ne sont plus de vecteurs de changement, ils n’ont pas de leçons à donner au peuple et n’incarnent aucune alternative crédible.
Les vrais patriotes demeurent des citoyens congolais éclairés, plaçant l’équité comme principe de justice sociale. Ceux qui ont échoué doivent dégager.
