Le ton est grave. Les mots pesants. Dans une conférence de presse de ce 8 mai 2026, l’opposant Martin Fayulu Madidi a vivement réagi aux velléités de révision constitutionnelle en République Démocratique du Congo. Dénonçant une manœuvre visant à offrir un troisième mandat au Président Félix Tshisekedi, le leader de l’ECiDé appelle à un « dialogue national inclusif » pour sortir le pays de l’impasse. Depuis Kinshasa, au siège national de son parti politique, Martin Fayulu a adressé un message à la nation qui sonne comme un avertissement ultime. Au cœur de sa colère : la proposition de loi référendaire portée par le Député Ngondankoy, qu’il qualifie sans détour de « porte dérobée » destinée à contourner les verrous constitutionnels.
L’article 220 : « Une digue contre les abus »
Pour Martin Fayulu, l’argument du référendum — souvent présenté par le pouvoir comme l’expression suprême de la volonté populaire — est un leurre. « Le peuple ne peut pas être instrumentalisé pour détruire ses propres garanties constitutionnelles », martèle-t-il.
L’opposant rappelle le caractère sacré de l’article 220 de la Constitution, qui interdit toute modification touchant à la forme républicaine de l’État, au principe du suffrage universel, ou encore au nombre et à la durée des mandats du Président de la République. Selon lui, toucher à ce texte reviendrait à transformer la Loi fondamentale en un « simple outil de circonstance au service du pouvoir », ouvrant la voie à une dérive dictatoriale.
Un « coup d’État constitutionnel » en préparation ?
L’ancien candidat à la présidentielle ne mâche pas ses mots à l’égard des initiateurs de cette réforme. Il accuse certains juristes de mettre leur savoir au service de la violation de la Constitution, citant Jean de La Fontaine pour illustrer la flatterie ambiante qui entoure le Chef de l’État.
Fayulu demande explicitement aux Députés de retirer les articles 87 à 90 de la proposition de loi référendaire. Il rappelle à cet effet le précédent de janvier 2015, où la mobilisation populaire avait contraint le Sénat à reculer sur une modification de la loi électorale sous l’ère Joseph Kabila. « Aujourd’hui, l’histoire regarde les Députés », prévient-il.
Le spectre du troisième mandat
Le point de rupture semble être la perspective d’un troisième mandat pour Félix Tshisekedi en 2028. Martin Fayulu est catégorique : « Avec la majorité du peuple congolais, nous allons barrer la route à tout projet de troisième mandat. »
Reprenant un slogan populaire en lingala — « Commandant du peuple, na 2028, alinga to alinga te, akokende » (Commandant du peuple, en 2028, qu’il le veuille ou non, il devra partir) — il affirme que la résistance sera la même que celle opposée à Joseph Kabila en son temps.
Un appel à la sagesse et au dialogue
Au-delà de la confrontation, Martin Fayulu en appelle à la « sagesse » du président Félix Tshisekedi. Il l’avertit du risque de passer dans l’histoire comme celui qui aura « fragilisé la cohésion nationale et consacré la balkanisation de la RDC ».
En guise de solution, l’opposant réitère sa proposition de « dialogue national inclusif ». Pour lui, c’est l’unique voie pour préserver l’unité et la souveraineté d’un Congo qu’il juge « plus grand que nos ambitions personnelles ».
Tandis que les tensions politiques s’accentuent à l’approche des prochaines échéances, cette sortie de Martin Fayulu place le débat constitutionnel au centre de l’arène publique, promettant des semaines mouvementées dans les travées du Parlement et dans les rues de la Capitale ainsi qu’en provinces.
César Nkangulu
