C’est une voix grave, portant le poids de millions de victimes et de trois décennies de souffrances, qui a résonné, hier lundi 8 septembre 2025, au cœur des institutions internationales. A l’occasion de la 60ème session des Nations Unies sur les droits de l’homme, le Ministre des Droits Humains, Me Samuel Mbemba Kabuya, a lancé un appel solennel pour la reconnaissance des génocides commis dans son pays. Agissant au nom du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, et en exécution de la vision du Gouvernement mené par la Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka, le Ministre Mbemba, entouré d’une délégation ministérielle de haut rang, a présenté un plaidoyer implacable visant à mettre fin à l’impunité et à qualifier juridiquement les horreurs qui déchirent l’Est de la RDC.
Dans une intervention structurée et factuelle, Me Samuel Mbemba a rappelé que l’histoire récente de la RDC s’écrit dans le feu et le sang depuis 1993. Il a retracé les cycles de violence qui ont transformé le pays en un « théâtre à ciel ouvert où se jouent les scènes les plus cruelles ».
Le Ministre a d’abord évoqué la décennie 1993-2003, marquée par les conséquences de la tragédie rwandaise, la sédentarisation de groupes armés étrangers FDLR, ADF, LRA, et les guerres d’agression. Il a souligné que les motivations de ces conflits – conquête du pouvoir, accaparement des terres, exploitation des ressources et transplantation de populations – ont été largement documentées, notamment dans le rapport Mapping des Nations Unies.
La période de 2003 à 2013 a vu la recrudescence de groupes armés comme le CNDP et le M23, avant que le pays ne bascule, à partir de 2013, dans une « guerre asymétrique et hybride ». Dénonçant sans détour « la récente guerre d’agression que subit mon pays de la part du Rwanda du président Paul Kagame à travers ses supplétifs AFC M23 », le Ministre a listé les massacres de Kishishe, Kibumba, Kitshanga, Kanyabayonga, et Minova comme preuves de la persistance de cette barbarie.
Pour étayer son propos, le Ministre des Droits Humains a présenté des statistiques accablantes, issues de rapports crédibles. Sur 20 039 incidents documentés, 1 555 ont été certifiés, révélant une réalité effroyable :
‘’66,9 % des incidents sont liés aux conflits armés, touchant principalement les provinces de l’Est comme le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri. Sur les violations qualifiées, 33,5 % concernent des violences sexuelles systématiques, utilisées comme arme de guerre. 66,5 % relèvent de crimes internationaux, incluant les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le crime de génocide’’. Ces chiffres, a-t-il martelé, ne sont pas de simples données, mais le reflet de familles endeuillées, de villages décimés et de projets de vie brisés.
« N’acceptons pas un génocide ignoré parce qu’il est rentable »
C’est avec une émotion contenue mais une fermeté sans équivoque que Me Samuel Mbemba a interpellé la conscience morale de l’assemblée. « L’Est de la République démocratique du Congo est la conscience blessée de l’humanité. Le cri du Congo est le test ultime de notre engagement envers la Charte des Nations Unies », a-t-il déclaré.
Son discours s’est achevé par une supplique puissante, un appel à l’action pour que la valeur de la vie humaine prime sur les intérêts économiques. « Ne laissons pas dire aux enfants congolais que leur vie vaut moins que la bêtise de nos téléphones. N’acceptons pas que le XXIe siècle soit marqué par un génocide ignoré parce qu’il est rentable. Agissons avant que les derniers témoins ne soient réduits au silence. Agissons pour l’humanité. »
Par cette intervention historique, le Gouvernement congolais a officiellement posé sur la table de la communauté internationale une exigence non négociable : la reconnaissance des génocides subis est une étape indispensable pour restaurer la dignité des victimes, rendre justice et, enfin, construire une paix durable en République Démocratique du Congo.
La Pros.
