Le sifflet a enfin retenti. Après quinze longues années d’un silence de plomb délétère, l’Office national des transports (ONATRA) a relancé le trafic du train urbain à Kinshasa. Ce convoi inaugural, reliant Masina à la Gare centrale de la Gombe, ne constitue pas qu’une simple réhabilitation routinière. Il s’agit d’un signal politique fort et d’un soulagement social majeur. Pour les Kinois, asphyxiés par une crise de mobilité chronique, ce retour attendu sur les rails incarne une véritable lueur d’espoir. C’est une brèche salutaire ouverte dans le mur des embouteillages qui paralysent quotidiennement la mégapole congolaise. La réalité du transport routier à Kinshasa est devenue un calvaire sans nom. Aux heures de pointe, le boulevard Lumumba, artère vitale, se transforme invariablement en un gigantesque parking à ciel ouvert. Relier le district populeux de la Tshangu au centre-ville des affaires relève du pur parcours du combattant, exigeant parfois trois à quatre heures d’une patience éreintante et improductive. Face à ce calvaire, le train de l’ONATRA offre une alternative structurelle imparable : une heure et vingt minutes de trajet garanti, à l’abri des caprices de la chaussée. Voyager à une vitesse moyenne de 20 km/h peut certes sembler dérisoire à l’ère de la modernité, mais dans le contexte kinois, cette régularité temporelle devient un luxe inestimable. Cependant, l’enthousiasme légitime ne doit pas masquer l’immensité des défis logistiques à surmonter pour pérenniser cette initiative. Pour sa première journée de reprise, le convoi a roulé presque à vide, suscitant plus de curiosité passive que d’affluence réelle. Une seule rotation quotidienne, prévoyant un retour vers la Tshangu à 16h30, reste largement insuffisante pour désengorger un bassin de population de plusieurs millions d’âmes. De surcroît, la grille tarifaire oscillant entre 2 000 et 5 000 francs congolais devra prouver son adéquation face aux budgets serrés des ménages, tout en garantissant l’équilibre financier de l’exploitant public. Le défi est désormais managérial. Pour que ce redémarrage historique ne soit pas un simple feu de paille ou une opération de communication éphémère, l’ONATRA doit impérativement monter en puissance. L’augmentation des fréquences, la sécurisation stricte des voies souvent squattées et la modernisation du matériel roulant sont les conditions sine qua non d’une adhésion populaire durable. Le train urbain ne doit pas être un vestige nostalgique, mais le pilier central d’un plan de transport multimodal intégré. Ce premier convoi démontre qu’une volonté ferme peut faire bouger les lignes. Le rail kinois s’est réveillé de sa léthargie. Il appartient maintenant aux autorités publiques de transformer cet essai symbolique en un réseau performant, capable de redonner de la dignité et du temps de vie aux habitants de la capitale. Le train est en marche, il ne doit plus s’arrêter.
La Pros.