Les montagnes suisses offrent parfois l’illusion d’une sérénité éternelle. C’est dans ce décor feutré que le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et la rébellion du M23 viennent d’accoucher d’une nouvelle feuille de route. Neuf mois après la signature des accords de Doha, cette avancée purement procédurale se veut un signal d’espoir pour la région. Au programme : un calendrier pour les négociations futures, une méthode standardisée pour scruter les violations du cessez-le-feu, et une mission de vérification immédiate à Minembwe. Sur le papier, la diplomatie marque des points précieux. Dans la réalité du Grand Kivu, le scepticisme reste de mise. Car cette embellie helvétique ressemble fort à un trompe-l’œil. Saluer ce pas en avant sans en mesurer la lenteur désolante relèverait d’une coupable naïveté. Comme le souligne avec pertinence l’analyste politique Christian Moleka, le processus s’enise profondément dans les détails du tout premier protocole d’accord, celui-là même qui traite du cessez-le-feu. Or, six autres protocoles thématiques essentiels attendent toujours d’être ne serait-ce que discutés par les parties. Si chaque étape administrative exige des mois de tractations laborieuses, la paix globale n’est pas pour demain. Le chemin est long, sinueux, et parsemé d’embûches particulièrement cyniques. La vérité est que les deux belligérants s’adonnent à une périlleuse guerre d’usure. Le dialogue n’est pas motivé par une réelle volonté de réconciliation nationale, mais dicté par la contrainte d’un médiateur international pressant. D’un côté, le M23 instrumentalise le calendrier pour maximiser ses revendications politiques et territoriales, fort de ses positions sur le terrain. De l’autre, Kinshasa joue la montre, espérant un revirement géopolitique majeur ou un arbitrage salvateur de Washington qui viderait l’accord de Doha de sa substance contraignante. C’est une diplomatie de façade où la montre demeure la principale arme. Pendant que les diplomates s’accordent sur des méthodologies complexes de rapportage à Genève ou Doha, les populations civiles de l’Est congolais continuent de payer le prix du sang au quotidien. Ce double jeu cynique est tout simplement intenable. Négocier une feuille de route tout en gardant une option militaire bien visible dans sa poche est un affront inacceptable aux victimes de ce conflit interminable. La paix ne se décrète pas par des communiqués conjoints; elle s’incarne par le renoncement sincère aux armes. Tant que la mauvaise foi stratégique guidera les délégations, la feuille de route suisse ne sera qu’un énième document mort-né. Il est temps que Kinshasa et le M23 choisissent enfin leur camp : celui du courage de la paix durable ou celui de la lâcheté des armes. Sans une réelle volonté politique, les pourparlers helvétiques n’auront été qu’une diversion de plus, un mirage de paix fragile dans un océan de violences quotidiennes.
La Pros.