La République démocratique du Congo veut franchir un nouveau cap dans sa transformation numérique. À l’occasion du Vodacom Impact Forum 2026, organisé, jeudi 8 octobre 2026, au siège de Vodacom RDC, dans la commune de la Gombe, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a réaffirmé la détermination du Gouvernement à accélérer la digitalisation du pays à l’horizon 2030, conformément à la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi. Devant les principaux acteurs du secteur, elle a détaillé les défis, les infrastructures prioritaires et les mécanismes à mettre en place pour faire du numérique un véritable moteur du développement national.
La République démocratique du Congo veut prendre le virage numérique à grande vitesse. Et pour le Gouvernement, ce virage ne peut plus attendre.
C’est dans cette perspective que la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a pris part au Vodacom Impact Forum 2026, un rendez-vous consacré aux enjeux de la connectivité, de l’investissement et de la transformation numérique. Organisé au siège de Vodacom RDC, à Kinshasa-Gombe, ce forum a réuni plusieurs figures de premier plan du secteur public et privé, notamment le ministre d’État en charge de la Formation professionnelle, le ministre des Postes et Télécommunications, le président de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), la première vice-gouverneure de la Banque centrale du Congo, le directeur général de Vodacom RDC ainsi que plusieurs autres personnalités.
Placée sous le thème « Connecter, Inspirer, Transformer, Investir durablement pour connecter la RDC de demain », cette rencontre a servi de tribune à la cheffe du Gouvernement pour exposer la vision de l’exécutif congolais en matière de digitalisation. Dès l’entame de son intervention, Judith Suminwa a tenu à saluer l’initiative de Vodacom RDC.
« En prenant la parole à l’occasion du Vodacom Impact Forum 2026, placé sous le thème « Connecter, Inspirer, Transformer, Investir durablement pour connecter la RDC de demain », je voudrais avant tout féliciter Vodacom RDC d’avoir initié ce cadre de dialogue public-privé », a-t-elle déclaré.
Pour la Première ministre, la présence des autorités à cette rencontre traduit une orientation claire : l’État entend travailler avec les acteurs privés pour relever les défis du développement numérique. « Notre présence à cet événement témoigne de l’importance que l’État congolais accorde à ses partenaires de tous les secteurs productifs de la vie nationale », a-t-elle souligné. Au-delà des discours et des ambitions, Judith Suminwa a voulu poser la question qui se trouve désormais au centre de l’agenda numérique congolais : comment passer de l’ambition à l’action ?
« Vodacom RDC nous invite à réfléchir à une question essentielle. Comment accélérer la transformation numérique de notre pays en créant les conditions d’un investissement durable, inclusif et souverain dans les infrastructures de connectivité ? », s’est-elle interrogée.
Une question qui, selon elle, rejoint directement la vision du Président de la République. « Cette question rejoint pleinement la vision de Son Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, celle d’une République démocratique du Congo numérisée à l’horizon 2030 », a-t-elle affirmé.
Cette vision présidentielle, a-t-elle poursuivi, n’est pas isolée de l’action gouvernementale. Elle constitue également l’un des axes du programme de l’exécutif qu’elle dirige. « Cette vision est par ailleurs au cœur du programme d’action du gouvernement que j’ai l’honneur de conduire », a indiqué Judith Suminwa.
Atouts d’un pays-continent
Pour la cheffe du Gouvernement, la RDC possède des arguments de poids pour réussir cette transformation. Elle cite notamment son importante population, sa jeunesse et sa position géographique. « Notre pays dispose d’atouts majeurs pour devenir un hub numérique au cœur de l’Afrique. Il compte une population estimée à plus de 100 millions d’habitants, jeunes et en forte croissance », a-t-elle relevé.
La Première ministre a toutefois introduit une nuance importante concernant les données démographiques disponibles. « Le recensement en cours, dont les résultats viendront en 2027, nous donnera d’ailleurs des statistiques beaucoup plus exactes », a-t-elle précisé. Avec ses quelque 2 345 000 kilomètres carrés, la RDC dispose également, selon elle, d’un avantage géographique considérable. « S’étendant sur une superficie de 2 345 000 km², notre beau pays occupe une position géographique centrale sur le continent », a rappelé la cheffe du Gouvernement.
À cet atout territorial s’ajoute une dynamique déjà perceptible dans le secteur financier numérique. « Il connaît enfin une activité particulièrement dynamique des services de mobile money », a-t-elle ajouté. Autrement dit, les fondations existent déjà. Le défi consiste maintenant à les consolider, à les étendre et à les rendre accessibles au plus grand nombre. Mais la Première ministre ne s’est pas limitée à dresser un tableau optimiste. Elle a reconnu les obstacles qui ralentissent encore la transformation numérique du pays.
« Le Gouvernement de la République, à travers les différents ministères sectoriels, déploie d’importants efforts pour servir notre peuple. Mais les défis de la transformation numérique demeurent nombreux », a-t-elle reconnu. Parmi ces défis, Judith Suminwa a notamment cité « une fracture numérique profonde entre zones urbaines, périurbaines et rurales ».
À cela s’ajoutent « un faible pouvoir d’achat, un taux de pénétration d’Internet encore en deçà de notre potentiel et des difficultés persistantes dans le déploiement des infrastructures ». Ces difficultés dessinent une réalité contrastée : alors que les grandes villes disposent progressivement d’un accès accru aux technologies numériques, une grande partie du territoire reste encore confrontée à des problèmes de connectivité et d’infrastructures. Pour le Gouvernement, l’enjeu est donc de faire du numérique un outil d’inclusion plutôt qu’un facteur supplémentaire d’inégalité.
De Kinshasa aux 145 Territoires
C’est ici que se situe l’une des formules fortes du discours de Judith Suminwa. « Face à ces défis, notre ambition est claire. Bâtir un écosystème numérique qui n’oublie aucun Congolais, aucune Congolaise, en partant des grandes villes jusqu’aux 145 territoires de notre pays », a-t-elle déclaré. Cette volonté implique de penser la digitalisation à l’échelle de l’ensemble du territoire national, et non uniquement à partir de Kinshasa ou des grands centres urbains. Mais pour connecter un pays aussi vaste, encore faut-il disposer d’une infrastructure solide.
Pour Judith Suminwa, l’une des premières priorités est donc le développement des infrastructures structurantes. « Cette ambition exige des infrastructures structurantes, seules garantes de la durabilité de nos projets de numérisation », a-t-elle insisté.
Dans cette architecture, la fibre optique occupe une place centrale. « Je pense d’abord à la dorsale nationale en fibre optique, colonne vertébrale de notre connectivité », a-t-elle déclaré. La cheffe du Gouvernement a également évoqué « la construction de réseaux urbains modernes et l’extension de la connectivité vers les zones périurbaines et rurales ». Une approche qui vise à sortir la transformation numérique d’une logique concentrée sur quelques pôles urbains pour l’étendre progressivement à l’ensemble du pays.
Vers un cloud souverain congolais
Mais la transformation numérique ne se limite pas à connecter les citoyens. Elle pose également la question de la souveraineté des données. Sur ce terrain, Judith Suminwa a annoncé une orientation majeure : la création d’un cloud souverain. « Le premier est une gouvernance du numérique solide et souveraine. C’est dans cet esprit que le Gouvernement engage dans le cadre de ce projet la création d’un cloud souverain », a-t-elle déclaré. La logique est claire : les données stratégiques de l’État et celles des citoyens doivent être protégées et hébergées dans un environnement maîtrisé par le pays.
En conclusion de son intervention, Judith Suminwa a exprimé sa confiance dans les recommandations qui sortiront des échanges du forum. « Je suis convaincue que les recommandations issues de votre échange pourront avancer sur l’inclusion financière, la connectivité des 145 territoires et la réduction de la fracture numérique », a-t-elle déclaré.
La Pros.
