Cent jours après sa prise de fonctions à la tête de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), le Directeur Général Ted Beleshayi dresse un premier bilan marqué par l’assainissement interne, la régulation du secteur et la volonté de faciliter l’accès des entreprises congolaises aux marchés. Invité mercredi 7 octobre 2026 sur Radio Okapi, il a également dévoilé les grandes lignes de sa stratégie pour faire émerger une véritable classe d’entrepreneurs congolais.
Pour Ted Beleshayi, la mission de l’ARSP ne se limite pas à contrôler l’application de la Loi sur la sous-traitance. Elle doit surtout contribuer à créer les conditions permettant aux entreprises congolaises de grandir et de devenir suffisamment solides pour prendre une place durable dans l’économie nationale.
« Ma responsabilité est de donner et le fond et la forme pour que l’objectif ultime de créer une classe des entrepreneurs congolais soit atteint », a-t-il déclaré.
Briser le cercle qui bloque les entreprises locales
Le patron de l’ARSP part d’un constat simple : une entreprise ne peut pas grandir si elle n’accède pas aux marchés. Or, selon lui, les entreprises multinationales qui s’installent en RDC appliquent naturellement des politiques destinées à assurer le retour sur leurs investissements.
« Leurs capitaux doivent faire un aller-retour », explique-t-il, soulignant que ce mécanisme peut rendre difficile l’accès des entreprises locales à certains marchés.
Pour Ted Beleshayi, le problème est donc aussi celui de l’accès à la commande. « Plus tu gagnes des marchés, plus tu grandis techniquement et financièrement », fait-il remarquer. À l’inverse, lorsqu’une entreprise n’accède à aucun marché, elle ne dispose pas des moyens nécessaires pour renforcer ses capacités et devenir compétitive.
C’est ce cercle que l’ARSP entend contribuer à briser.
La régulation comme levier
Dans cette perspective, la Loi sur la sous-traitance constitue, selon le DG de l’ARSP, un instrument destiné à réduire les barrières auxquelles sont confrontées les entreprises congolaises.
« La Loi sur la Sous-traitance a été prise pour casser un peu la barrière », a-t-il expliqué.
L’ARSP entend ainsi renforcer son travail de régulation afin d’écarter du marché les sociétés qui ne remplissent pas les conditions légales et permettre aux entreprises éligibles de bénéficier davantage des opportunités disponibles.
Pour être éligible à la sous-traitance, rappelle Ted Beleshayi, il faut notamment être une société de droit congolais, disposer d’un capital majoritairement congolais et être une société promue par des Congolais.
Le DG de l’ARSP a, dans ce cadre, évoqué une situation révélatrice des enjeux du secteur. Selon lui, 14 sociétés minières opérant au Katanga ont effectué, entre 2020 et 2025, des paiements estimés à 20 milliards de francs congolais à des sous-traitants qu’il qualifie d’inéligibles. Certaines de ces sociétés ont déjà fait l’objet de contrôles, précise-t-il.
Un assainissement interne dès les premiers jours
Avant même de s’attaquer aux grands défis du secteur, Ted Beleshayi affirme avoir commencé par mettre de l’ordre au sein de l’ARSP.
« En 100 jours, j’ai mis en place des solutions d’urgence notamment sur l’assainissement des finances de l’ARSP », a-t-il indiqué.
Il dit avoir trouvé une situation financière qui nécessitait des mesures immédiates, notamment pour réduire les dettes de l’établissement.
La réorganisation administrative a constitué un autre chantier prioritaire. Le DG affirme avoir constaté l’absence de fiches de poste, avec des agents qui se présentaient au travail sans disposer d’une définition claire de leurs responsabilités.
Il dit également avoir découvert des agents affectés à certains postes mais qui n’avaient jamais effectivement pris leurs fonctions, ainsi que des « nouvelles unités » au sein de l’établissement.
Pour Ted Beleshayi, cette situation devait être corrigée. « On est un établissement. On n’a pas besoin de nouvelles unités chez nous. Soit un contrat, soit on n’a pas de contrat », a-t-il martelé. Il a aussi évoqué le cas de certains stagiaires dont la rémunération pouvait, selon lui, dépasser celle des agents. Des situations qu’il considère comme urgentes et qui ont fait l’objet de mesures d’assainissement.
Rapprocher les entreprises des banques
Pour la suite, le DG de l’ARSP entend aller au-delà de la seule régulation administrative. L’un de ses axes consiste à créer des passerelles entre les entreprises éligibles à la sous-traitance et les établissements financiers.
« Notre stratégie est de nouer des partenariats avec des établissements publics à caractère financier et de nous rapprocher des banques pour qu’elles comprennent qu’il y a des entreprises éligibles à la sous-traitance », a-t-il expliqué.
L’objectif est de faire mieux connaître ces entreprises auprès du secteur financier et de faciliter leur accès aux mécanismes de financement nécessaires à leur croissance.
Car, dans la vision défendue par Ted Beleshayi, l’accès au marché et l’accès au financement sont intimement liés : une entreprise qui décroche des marchés peut accroître son activité, renforcer ses capacités et, à terme, devenir davantage crédible auprès des institutions financières.
Organiser les sous-traitants par filières
La structuration du secteur figure également parmi les priorités affichées par le nouveau management de l’ARSP. Ted Beleshayi appelle ainsi les sous-traitants à mieux s’organiser, notamment en fonction de leurs filières d’activités. Il estime que cette organisation permettra de porter des revendications communes et de mener un plaidoyer plus efficace auprès des donneurs d’ordre. « J’ai toujours dit aux sous-traitants qu’ils doivent s’organiser par filières », insiste-t-il. Le DG écarte, en revanche, l’idée d’un plaidoyer entreprise par entreprise. « Je ne saurai pas faire des plaidoyers individualisés. Avec des plaidoyers collectifs, je serai plus efficace », affirme-t-il. Pour lui, défendre individuellement une entreprise pourrait créer une distorsion entre les sociétés pourtant éligibles à la sous-traitance. « Si je fais le plaidoyer individualisé, je brise la concurrence entre les sociétés éligibles, alors que celles-ci doivent se battre sur le marché à armes égales », explique-t-il.
Faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs
A travers ces différentes actions, Ted Beleshayi entend inscrire son mandat dans une perspective plus large : faire de la sous-traitance un véritable instrument de développement de l’entrepreneuriat congolais.
Son ambition est de voir les entreprises locales accéder aux marchés, accumuler de l’expérience, renforcer leurs capacités techniques et financières et, progressivement, devenir de véritables acteurs de l’économie nationale.
Au terme de ces 100 premiers jours, le DG de l’ARSP présente donc une feuille de route articulée autour de trois priorités : assainir l’institution, renforcer la régulation et mieux accompagner les entreprises congolaises éligibles. Une stratégie qui vise, à terme, à transformer la sous-traitance en un véritable levier de création d’une classe d’entrepreneurs congolais capables de rivaliser sur le marché et de participer davantage à la croissance économique du pays.
La Pros.
