Le message a le mérite d’être clair, limpide et sans équivoque. Face à la persistance de certaines pratiques destructrices qui ternissent l’image de la justice congolaise, le Procureur Général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a réuni le mardi 8 septembre 2026 à Kinshasa, l’ensemble des magistrats nouvellement nommés pour un rappel à l’ordre d’une sévérité remarquable. Venu fixer les lignes rouges de leur mandat, le chef du Ministère public a dressé un réquisitoire ferme contre le laxisme, l’insubordination et surtout la plaie des arrestations arbitraires et intempestives qui indignent la population. Loin des discours de circonstance et des effusions de félicitations, le Procureur Général près la Cour de cassation s’est voulu rigoureux, invitant les nouveaux venus à prendre toute la mesure de la charge sacrée qui pèse sur leurs épaules.
D’entrée de jeu, Firmin Mvonde a posé les fondations du contrat éthique et professionnel qui doit lier chaque magistrat à sa fonction, en mettant en avant le principe de responsabilité partagée et l’obligation de redevabilité :
« Au ministère public, vous avez des devoirs. Et la moindre faute commise par l’un de vous, je veux également pouvoir l’assumer et la prendre en considération. De la même manière, moi aussi, j’assume la responsabilité de toute déficience que vous pourriez commettre au sein des corps dont vous avez la charge. Vous le savez mieux que moi. Nous connaissons tous très bien nos devoirs. Et au-delà de ces devoirs, il existe également des sanctions particulières », a-t-il indiqué.
Pour le chef de l’action publique, cette prise de parole n’avait rien d’un exercice de routine. Constatant une lenteur anormale dans le redressement des comportements observés sur le terrain, il a tenu à devancer d’éventuelles dérivations :
« Je vous ai fait venir ici pour vous rappeler ces principes, parce que c’est dans cet esprit que vous avez commencé à exercer vos fonctions, mais également pour vous prévenir. Il me semble que certaines choses évoluent aujourd’hui à une vitesse qui n’est pas suffisante. Nous allons donc ouvrir davantage l’œil qu’auparavant et rechercher les éventuelles failles, notamment dans la manière dont chacun de vous encadre, interpelle et supervise ceux qui sont placés sous sa responsabilité et dans les différents offices ».
Le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire reposant avant tout sur la discipline institutionnelle, Firmin Mvonde a insisté sur l’observance stricte de la pyramide hiérarchique. Dans le corps de la magistrature, le respect de la subordination n’est pas une option, c’est un impératif de service. Les substituts doivent une soumission entière à leur chef de Parquet ; ce dernier s’incline devant le Procureur de la République, qui lui-même répond devant les Procureurs généraux, tous placés sous l’autorité ultime du Procureur Général près la Cour de Cassation.
Toute faille ou entorse à cet esprit d’alignement hiérarchique fera l’objet de sanctions disciplinaires immédiates. Plus grave encore, le patron du Parquet a averti les chefs d’offices : l’époque où l’on détournait le regard face aux erreurs commises par des collègues est révolue. Tout Procureur général ou chef de Parquet qui manquera de faire régner l’ordre ou qui étouffera des bavures sera purement et simplement considéré comme complice de la faute commise.
Abordant sans détour la question douloureuse des privations abusives de liberté, le Procureur Général a fustigé les arrestations arbitraires et intempestives, exigeant l’interdiction pure et simple de ces pratiques d’extorsion ou d’intimidation.
Rappelant les missions régaliennes du Ministère public à savoir, la recherche active des infractions et leur répression sans complaisance, Firmin Mvonde a exhorté les Magistrats à être des gardiens intransigeants de la légalité. Une attention toute particulière a été appelée sur la criminalité émergente, notamment les infractions commises à ciel ouvert sur les réseaux sociaux, devenu le théâtre de règlements de comptes, de diffamations et d’atteintes à la dignité humaine.
Nathan Mundele
