Brazzaville a abrité, le mercredi 9 septembre, la cérémonie de lancement officiel de l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique (AFRIMPA). Portée par l’organisation Impact Santé Afrique, qui en assure le secrétariat général, cette initiative stratégique vise à structurer un réseau de professionnels de la presse en Afrique francophone pour optimiser la sensibilisation et la communication autour de cette endémie majeure.
S’exprimant à cette occasion, le ministre congolais de la Santé et de la Population, le professeur Jean-Rosaire Ibara, a souligné la dimension multidisciplinaire de la riposte. Selon l’autorité ministérielle, la lutte contre le paludisme ne saurait se limiter aux seules interventions médicales et scientifiques dans les établissements de santé ou les laboratoires, mais exige une mobilisation sociale continue au sein de la communauté et du paysage médiatique.
Organisée dans le cadre de la Conférence des journalistes africains sur le paludisme, la rencontre a réuni des délégués venus notamment de la République démocratique du Congo, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Gabon et du Congo-Brazzaville. Les travaux, prévus sur quatre jours, sont axés sur le renforcement des capacités rédactionnelles et le traitement de l’information sanitaire.
Les professionnels intégrés au réseau AFRIMPA auront pour mission d’assurer un relais d’information permanent et rigoureux, sensibilisant les populations ainsi que les décideurs publics au-delà des manifestations institutionnelles périodiques.
Le Professeur Jean-Rosaire Ibara a réitéré l’importance stratégique du vecteur médiatique dans le dispositif de santé publique :
« La lutte contre le paludisme ne se gagne pas uniquement dans les formations sanitaires, les laboratoires et les programmes de santé. Elle se gagne également dans l’espace public, dans les familles, dans les communautés et dans les médias. La qualité de l’information peut sauver des vies », a-t-il déclaré.
S’appuyant sur le Rapport mondial 2025 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le ministre a rappelé la gravité de la situation épidémiologique : en 2024, sur 282 millions de cas et 610 000 décès enregistrés à l’échelle mondiale, le continent africain concentrait 94 % des infections et 95 % de la mortalité, touchant principalement les enfants de moins de cinq ans.
Face à ces défis, le ministre de la Santé a exhorté les professionnels des médias à diffuser des messages de prévention vérifiés, à promouvoir le recours précoce aux soins ainsi que l’usage systématique des moustiquaires imprégnées, tout en combattant activement la désinformation et les infodémies.
« Un journaliste bien informé est un partenaire de santé publique », a-t-il souligné.
Par ailleurs, les questions liées au fact-checking et à la vérification scientifique des contenus avant leur diffusion ont constitué un axe central des discussions, en particulier face à la prolifération de fausses informations sur les plateformes numériques.
Intervenant au nom d’Impact Santé Afrique, la directrice exécutive Olivia Ngou a précisé que la création d’AFRIMPA répond à une triple exigence : l’émergence de résistances thérapeutiques et vectorielles, la rareté des financements internationaux et la mutation rapide des canaux d’information.
Tout en reconnaissant l’existence de réseaux nationaux de journalistes scientifiques, notamment en RDC et au Cameroun, l’Alliance ambitionne de fédérer ces initiatives isolées en une dynamique régionale coordonnée.
« Nous ne partons pas de zéro », a expliqué Olivia Ngou. « AFRIMPA ne vient pas effacer ce qui existe déjà. Au contraire. Nous voulons partir de ce qui fonctionne, le renforcer et le connecter. »
Le programme d’action de l’Alliance comprend la mise à disposition de banques de données scientifiques, la facilitation des contacts avec les experts de santé publique et l’encouragement de travaux d’investigation transfrontaliers.
Un volet important des travaux porte également sur le suivi citoyen des engagements financiers annoncés par les bailleurs de fonds et les États pour la lutte antipaludique.
Les sessions de travail prévues jusqu’au 12 septembre traitent de la déontologie du journalisme de santé, des méthodologies d’analyse des données sanitaires et de la gestion de l’information stratégique.
Cette conférence de Brazzaville constitue la première étape vers l’institutionnalisation d’un réseau pérenne de communication en santé publique en Afrique francophone.
En conclusion, le ministre Jean-Rosaire Ibara a invité l’ensemble des acteurs des médias à s’aligner sur la vision stratégique d’AFRIMPA pour faire de la communication un véritable levier d’action contre le paludisme à l’échelle continentale.
Fidel SONGO, depuis Brazzaville
