La diplomatie internationale verse une fois de plus dans une théâtralité révoltante. La récente tournée africaine de James Swan, patron de la Monusco, et de Huang Xia, envoyé spécial de l’ONU, ne fait que masquer par des sourires de façade la capitulation face à la réalité sanglante de l’est de la République démocratique du Congo. Courir les capitales de Bujumbura à Kigali, en passant par Kampala pour « rappeler les engagements » des processus moribonds de Doha et de Washington relève soit d’un aveuglement tragique, soit d’un cynisme achevé. Pendant que les diplomates pérorent sur l’opérationnalisation d’un secrétariat technique et se félicitent d’une malheureuse mission d’observation à Minembwe, les bombes continuent de pleuvoir sur les populations civiles. On atteint le sommet de l’absurdité : l’ONU déploie à grands frais un mécanisme pour vérifier un cessez-le-feu qui n’existe tout simplement pas. La vérité, que la retenue diplomatique s’évertue à étouffer, est implacable. Les accords de 2025 signés sous l’égide du Qatar et des États-Unis ne sont que des chiffons de papier bafoués par les belligérants. Le mouvement terroriste AFC/M23, solidement armé et soutenu par le Rwanda, poursuit sa guerre de prédation territoriale dans une impunité révoltante. Face à cela, la réponse de la communauté internationale se limite à de la logistique et à des plaintes managériales sur le brouillage des GPS aériens. Quel est le sens d’un mécanisme d’enquête qui n’a ni les dents pour mordre, ni le mandat pour contraindre ? De l’aveu même des diplomates, les équipes onusiennes se contenteront de compter les morts et de documenter les violations, sans jamais pouvoir imposer la paix. La Monusco s’est condamnée à n’être que le greffier impuissant d’un désastre humanitaire planifié. Cette architecture de pacification est un jeu de dupes grotesque. Elle offre aux agresseurs et à leurs parrains régionaux et internationaux l’écran de fumée idéal pour perpétuer le pillage des ressources naturelles de la RDC tout en feignant de coopérer. L’ONU commet l’erreur fondamentale de quémander de la bonne volonté à des acteurs qui prospèrent précisément grâce au chaos. Il est temps de mettre fin à cette mascarade des processus de paix factices. Si l’ONU veut sauver le peu de crédibilité qui lui reste dans la région des Grands Lacs, elle doit impérativement passer de la diplomatie de la supplique à celle de la sanction. Il ne s’agit plus de vérifier le respect d’une trêve imaginaire, mais de briser économiquement et politiquement les réseaux de pouvoir qui alimentent cette guerre asymétrique. Tant que le coût politique de l’agression restera nul pour Kigali et ses complices, les tournées onusiennes ne seront que de coûteuses campagnes de relations publiques, payées au prix fort par le sang des Congolais.
La Pros.