Le format et les contours des assises nationales annoncées, continuent de susciter des réactions au sein de l’opinion nationale. C’est dans le cadre de ce débat que l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), a, dans son communiqué publié en début de semaine, sous la signature de son PCA Florimond Muteba, salué l’option levée par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en faveur de la participation populaire au développement. L’ODEP a réitéré sa désapprobation ferme de la violence armée et les tentatives de conquête du pouvoir par les armes et a exhorté toutefois le Chef de l’État à « mettre de l’eau dans son vin » et à éviter toute exclusion des acteurs majeurs du conflit dans une démarche pragmatique de recherche de la paix. Ainsi, cette organisation de la Société civile recommande instamment la création d’une commission d’organisation autonome déconnectée de la tutelle directe de la Présidence et l’institution d’une Commission Vérité et Réconciliation inspirée du modèle sud-africain pour préserver l’unité nationale et refonder durablement la République.
Observatoire de la Dépense Publique (ODEP)
Contrôle citoyen des finances publiques de la République Démocratique du Congo
COMMUNIQUÉ N°006/ODEP/AOUT/2026
MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FÉLIX TSHISEKEDI,
VOTRE ADHÉSION À L’IDÉAL DE LA PARTICIPATION POPULAIRE AU DÉVELOPPEMENT, QUE NOUS SALUONS, NE DOIT PAS SE TRADUIRE PAR L’EXCLUSION D’UNE PARTIE DE L’ÉLITE POLITIQUE ISSUE DU MÊME PEUPLE : METTEZ DE L’EAU DANS VOTRE VIN !
L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a pris connaissance du récent discours du Président de la République, Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, consacré aux principaux enjeux auxquels la République Démocratique du Congo est confrontée.
L’ODEP accueille avec intérêt l’annonce relative à la tenue d’un dialogue inclusif fondé sur la participation populaire, une orientation qui rejoint, sur plusieurs aspects, les principes défendus depuis plusieurs années par l’Observatoire dans le cadre de sa réflexion sur le Dialogue national inclusif.
L’ODEP encourage également avec responsabilité et réserve, considérant qu’elle peut contribuer à faire en sorte que ce dialogue de recherche de solutions aux crises récurrentes du pays implique toutes les parties prenantes et accorde au peuple congolais une place effective dans la définition des solutions qui engagent son avenir.
Pour l’ODEP, l’annonce constitue une étape encourageante, mais c’est sa mise en œuvre qui permettra d’en apprécier véritablement la portée et les résultats.
L’INCLUSIVITÉ : UNE EXIGENCE DE CRÉDIBILITÉ DU PROCESSUS
Pour l’ODEP, l’annonce d’un dialogue inclusif ne prendra tout son sens que si son format et son organisation permettent une participation réelle et équitable de toutes les composantes de la société congolaise.
L’expérience des précédents processus de dialogue en RDC montre que l’insuffisante implication de la population en amont a souvent limité la portée des résolutions adoptées et n’a pas permis d’apporter des réponses durables aux crises du pays.
C’est pourquoi l’ODEP réitère sa proposition d’un processus participatif et ascendant, donnant d’abord la parole aux populations dans les 145 territoires, avant de consolider leurs contributions au niveau des 26 provinces, puis au niveau national, comme cela avait été soulevé lors de l’atelier stratégique des organisations de la société civile consacré aux enjeux de paix, de gouvernance territoriale et de cohésion nationale, organisé trois jours, du 10 au 12 juin 2025.
L’ODEP souhaite que l’engagement annoncé par le Chef de l’État en faveur de la participation se traduise par une participation en amont, inclusive, représentative, transparente et effective, afin que les Congolais ne soient pas simplement appelés à approuver des conclusions déjà établies, mais puissent réellement contribuer à leur élaboration.
L’INCLUSION DE TOUTES LES PARTIES CONCERNÉES
L’ODEP s’interroge sur l’exclusion de certaines forces directement impliquées dans la crise actuelle, notamment l’AFC/M23, alors même que des discussions sont engagées entre le Gouvernement et certains acteurs dans le cadre du processus de Doha.
Pour l’ODEP, on ne peut prétendre rechercher une solution à une crise tout en écartant du processus certains de ceux qui y sont directement impliqués. Participer à un dialogue ne signifie pas être absous de ses actes, ni bénéficier d’une quelconque légitimation politique. Cela signifie accepter de mettre les différends sur la table afin de rechercher une issue durable.
L’ODEP rappelle également qu’aucun Congolais ne peut s’arroger le droit de décider seul qui est Congolais et qui ne l’est pas, ni de se considérer plus Congolais qu’un autre. La reconstruction de l’unité nationale exige de dépasser les divisions et de créer les conditions d’un dialogue entre les différentes composantes de la Nation.
L’ODEP CONDAMNE FERMEMENT LA VIOLENCE ARMÉE
L’ODEP condamne sans réserve le recours aux armes, à la rébellion et à la violence comme moyens de revendication ou de conquête du pouvoir, quelles qu’en soient les motivations.
La défense de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de la sécurité des populations relève de la responsabilité première de l’État.
L’ODEP estime, à ce titre, que la RDC a besoin d’une armée nationale républicaine, professionnelle, disciplinée et suffisamment forte, capable d’assurer la défense du territoire et de restaurer durablement l’autorité de l’État.
Lorsque la force ne suffit pas, le dialogue devient une nécessité
Toutefois, l’ODEP considère que lorsque la réponse militaire ne permet pas, à elle seule, de mettre durablement fin à une crise, le dialogue avec les principaux acteurs du conflit peut devenir une nécessité pour rechercher une issue politique.
Cette démarche ne constitue ni une caution de la rébellion, ni une récompense accordée à ceux qui ont choisi la voie des armes. Elle relève d’un choix pragmatique en faveur de la paix, lorsque l’intérêt supérieur de la Nation exige de rechercher une autre voie pour mettre fin aux violences et préserver des vies humaines.
UN DIALOGUE QUI DOIT RESTER AU-DESSUS DES INTÉRÊTS PARTISANS
Pour l’ODEP, le dialogue annoncé doit dépasser les intérêts partisans, les ambitions politiques et les logiques de confrontation. Il ne devrait être ni un instrument au service du pouvoir, ni une tribune destinée à l’opposition, mais un cadre permettant à toutes les composantes de la Nation de se parler, de s’écouter et de rechercher ensemble des réponses aux crises qui fragilisent le pays.
La gravité de la situation que traverse la République Démocratique du Congo exige que l’intérêt national soit placé au-dessus des intérêts particuliers et des appartenances politiques. Chacun doit pouvoir y prendre part avec responsabilité, dans un esprit d’écoute et de recherche de compromis.
Pour l’ODEP, ce dialogue doit être celui de la Nation, et non celui d’un camp contre un autre, avec pour seule ambition de contribuer à la paix, à la cohésion nationale et à la recherche de solutions durables.
Voici la transcription complète et fidèle des deux pages que tu as partagées :
UNE COMMISSION INDÉPENDANTE POUR GARANTIR LA CONFIANCE
L’ODEP estime que la crédibilité du dialogue dépendra également de l’indépendance et de l’impartialité et la compétence des animateurs de la structure chargée de son organisation, de son suivi et de l’évaluation de sa mise en œuvre pour éviter les nominations fantaisistes auxquelles nous sommes habitués depuis un certain temps qui pourront faire échouer le processus.
À cet effet, l’Observatoire recommande la mise en place d’une commission autonome, indépendante, représentative et crédible, bénéficiant de garanties suffisantes pour exercer sa mission en toute impartialité et ne relevant pas de la tutelle directe de la Présidence de la République.
Le Chef de l’État, en sa qualité de garant des institutions et du bon fonctionnement de la République, a naturellement un rôle important à jouer dans l’accompagnement du processus. Toutefois, la conduite opérationnelle du dialogue devrait être confiée à un organe indépendant, afin que toutes les parties prenantes puissent y participer avec confiance.
Pour l’ODEP, cette séparation des rôles est essentielle : celui qui garantit le cadre institutionnel ne devrait pas assurer directement la conduite du processus. Une telle disposition contribuerait à renforcer la confiance, l’équilibre et la crédibilité du dialogue auprès de l’ensemble des Congolais.
LA MISE EN PLACE D’UNE COMMISSION VÉRITÉ ET RÉCONCILIATION
Cette commission, à l’instar de l’expérience menée ailleurs en Afrique du Sud, permettra à la justice d’entendre les différents acteurs impliqués dans des crimes commis contre la Nation et peuple. Elle aura notamment pour objectif d’examiner la responsabilité de chacun, d’apprécier la gravité des faits commis et de déterminer, conformément à la loi, les sanctions appropriées. Cette démarche pourrait également favoriser la reconnaissance des fautes, la manifestation de la vérité et, lorsque les circonstances le permettent, la réconciliation, dans l’esprit de l’adage bien connu : « Une faute avouée est à moitié pardonnée. »
RECOMMANDATIONS DE L’ODEP
- À Son Excellence Monsieur le Président de la République et Chef de l’État
✓ L’ODEP encourage respectueusement le Chef de l’État à veiller à ce que le dialogue annoncé soit aussi inclusif que possible, en évitant toute exclusion des acteurs et composantes directement concernés par les crises que traverse notre pays.
✓ Pour l’ODEP, l’enjeu essentiel demeure la préservation et la reconstruction de l’unité nationale. Toutes les parties concernées devraient pouvoir être entendues dans un cadre républicain, sans que cette ouverture ne puisse être assimilée à une légitimation de la violence ou de la prise d’armes.
✓ L’ODEP recommande enfin la mise en place d’une commission indépendante, autonome et représentative, chargée de l’organisation et du suivi du dialogue, afin de garantir la confiance, l’équilibre et la crédibilité du processus.
- À l’opposition armée et non armée
✓ L’ODEP invite l’ensemble des forces de l’opposition, armées comme non armées, à privilégier l’intérêt supérieur de la Nation et à contribuer à la recherche d’une issue durable à la crise.
✓ Aux acteurs armés, l’ODEP recommande de privilégier la voie du dialogue plutôt que le recours aux armes, sans que cette démarche ne puisse être interprétée comme une légitimation de la violence ou de la rébellion.
✓ À l’opposition non armée, l’ODEP recommande d’adhérer à la démarche de la participation populaire au développement comme le seul moyen reconnu internationalement notamment par les Nations Unies comme seule approche pouvant faire d’un peuple le moteur, l’acteur et le bénéficiaire du développement comme l’a fait le Chef de l’État et de participer de manière responsable, constructive et pacifique à ce processus, en faisant prévaloir les propositions et les intérêts de la Nation sur les considérations partisanes parce que le culte de l’élitisme qui entraîne l’exclusion de la population à toutes les initiatives de développement n’a conduit en rien depuis 66 ans.
L’ODEP rappelle à toutes les forces politiques que le dialogue ne peut réussir que si chacun accepte de faire de l’unité nationale et de la paix une priorité.
- À la population congolaise
✓ L’ODEP encourage la population congolaise à s’approprier pleinement le processus de dialogue et à y prendre une part active. Sa participation ne doit pas se limiter à faire connaître ses préoccupations, mais à permettre à chaque citoyen de faire connaître ses préoccupations, ses attentes et ses propositions, de la base jusqu’au niveau national.
✓ L’ODEP invite également les Congolais à préserver la paix, rejeter la haine et les discours de division, et à ne pas se laisser instrumentaliser par des intérêts politiques, communautaires ou particuliers.
POUR UNE PAIX DURABLE ET UNE RÉPUBLIQUE PLUS UNIE
Pour l’ODEP, le dialogue ne doit pas être une fin en soi, mais un moyen de s’attaquer aux causes profondes des crises et de construire des solutions durables.
Au-delà des appartenances et des divergences politiques, l’objectif doit rester commun : préserver la République, restaurer la paix, reconstruire la confiance et renforcer l’unité nationale.
La RDC n’a pas seulement besoin d’un dialogue entre dirigeants ; elle a besoin d’un dialogue avec son peuple, pour son avenir et dans l’intérêt de toute la Nation.
Fait à Kinshasa, le 31 Août 2026
Pour l’Observatoire de la Dépense Publique
Florimond MUTEBATSHITENGE
Président du Conseil d’Administration
