Le défi de la paix par le troc de la violence contre la prospérité.
Le Gouvernement congolais s’apprête à lancer, du 22 septembre au 22 décembre, une vaste campagne de désarmement civil volontaire à Kinshasa, au Kongo Central, dans la Tshopo, le Grand Equateur et le Grand Kasaï. Orchestrée par la Commission nationale de contrôle des armes légères et de petit calibre, cette initiative s’inscrit dans la vision panafricaine de « Faire taire les armes ». En combinant anonymat, amnistie judiciaire et compensation matérielle sous le slogan « arme contre objet de développement », l’exécutif déploie un arsenal incitatif séduisant. Pourtant, derrière les nobles intentions de cette diplomatie du troc, la réalité du terrain et les précédents historiques imposent un scepticisme légitime quant à l’efficacité structurelle d’une telle démarche.
Certes, l’effort n’est pas inédit. Les statistiques officielles évoquent la destruction passée de 200 000 armes et de 1 000 tonnes de munitions. Mais l’absence actuelle d’objectifs chiffrés et le flou persistant autour de la nature des contreparties matérielles interrogent. Comment convaincre un citoyen de restituer un outil qui, dans un contexte d’insécurité chronique, représente à la fois sa police d’assurance-vie et son gagne-pain, sans lui offrir des garanties de réinsertion socio-économique immédiates et tangibles ? De surcroît, les contours juridiques de l’amnistie promise restent à préciser, ouvrant la porte à de dangereuses zones d’ombre quant à l’impunité des crimes de sang.
La principale limite de cette opération réside cependant dans sa circularité stérile. Vider l’océan à la petite cuillère pendant que les vannes restent grandes ouvertes est une illusion politique. Comme le soulignait une étude du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, la RDC souffre d’une porosité extrême de ses 10 000 kilomètres de frontières. À cela s’ajoutent les risques constants de détournement des stocks officiels vers les circuits illégaux. Tant que les flux d’approvisionnement transfrontaliers ne seront pas jugulés et que la gouvernance des arsenaux étatiques demeurera défaillante, récupérer les armes obsolètes en circulation reviendra simplement à libérer de l’espace pour de nouvelles cargaisons plus sophistiquées.
Pour que ce désarmement ne soit pas un énième effet d’annonce budgétivore, le Gouvernement doit impérativement lier sa campagne à une réforme profonde du secteur de la sécurité. Le civisme volontaire ne s’achète pas uniquement avec des biens de développement ; il se cultive par la restauration de la confiance envers les institutions républicaines. Si l’Etat congolais ne parvient pas à assurer son monopole de la violence légitime et à sécuriser efficacement ses frontières, l’appel à déposer les armes résonnera comme une injonction naïve dans un environnement où la survie dépend trop souvent du calibre que l’on possède.
La Pros.