C’est le résultat inédit d’un travail de longue haleine réalisé avec professionnalisme et dextérité que la modéliste congolaise Lydie Okosa Bobunda expose à Kinshasa, après une série de recherches et d’une documentation fouillée, adaptée entre la modernité et l’histoire patrimoniale et traditionnelle riche de la République démocratique du Congo (RDC).
« Architecture du corps, boîte crânienne » est la thématique principale de son exposition au cours de laquelle la créatrice fait découvrir aux amoureux de la mode, aux personnalités ainsi qu’au public de la capitale ses collections vestimentaires inspirées du patrimoine culturel « Kuba » et « Mangbetu », du 24 au 26 août, au Musée national de la RDC à Kinshasa.
« Il ne s’agit pas seulement de contempler la beauté vestimentaire, mais aussi et surtout de partager une expérience après mes recherches portées sur le patrimoine mangbetu et sur l’univers graphique kuba. Cette exposition invite le public à lire, à observer et à se faire une idée sur la forme, le volume, la proportion ainsi que les lignes de la collection créée à partir de la connaissance de son patrimoine vivant, d’un héritage capable de dialoguer avec son époque », a déclaré Lydie Okosa, créatrice congolaise de mode et initiatrice de l’exposition.
« Le vêtement que nous exposons n’est que la partie visible d’un processus plus profond. C’est cette partie de la mode que j’ai voulu rendre visible », a-t-elle indiqué.
Amoureuse du contraste, la créatrice est loin de garder un esprit conformiste dans ses confections de mode. C’est ainsi qu’elle a justifié son choix sur le graphisme Kuba et la déformation du crâne chez les Mangbetu comme un idéal de beauté.
« J’adore la diversité culturelle. Parlant des Mangbetu, j’avoue que l’inspiration m’est venue du courage de ce peuple à recourir à la déformation crânienne, particulièrement d’une image de la forme de la tête et du visage d’une femme », a expliqué Mme Okosa.
« « Boîte crânienne » rend hommage à l’audace de la dissemblance ainsi qu’au pouvoir transgénérationnel et inspirationnel de la culture inscrit dans une esthétique alliant tradition et modernité », a-t-elle ajouté.
Une création pour valoriser l’héritage culturel
Sur le plan créatif, cette audace culturelle est adaptée avec du textile et propose un code esthétique basé sur l’exagération des volumes au niveau des articulations du corps et des parties en saillie telles que les coudes, les genoux et les mollets, tout en imposant longueurs et largeurs aux cols suivant le concept qui sous-tend l’idée générale de la collection.
Pour la conceptrice de mode, la déformation du crâne est une action irréversible. Elle exige de l’audace, de l’estime de soi et surtout du courage pour s’affirmer et s’imposer socialement. « Constituée de pièces basées sur le tailoring évolutif, « Boîte crânienne » s’adresse aux femmes tant esthètes qu’audacieuses, friandes de démarcation, de savoir-faire et de vêtements narratifs », a conclu Lydie Okosa.
Plusieurs personnalités du monde culturel et académique ont rehaussé de leur présence la soirée inaugurale de l’exposition « Architecture du corps » au Musée national de Kinshasa. « Cette créativité combinant authenticité et tradition confirme que la mode moderne devient un moyen puissant de renforcer l’estime de soi et d’ajuster l’image corporelle à l’architecture du corps », a soutenu le professeur ordinaire et historien de l’art Joseph Ibongo, secrétaire général académique à l’Académie des beaux-arts de Kinshasa.
Après l’étape de Kinshasa, annonce son initiatrice, cette exposition va se poursuivre en France où les mêmes collections seront présentées en mars 2027 dans le département du Val-de-Marne.
Créatrice réputée de mode, Lydie Okosa ne cesse jamais d’apprendre. Formée à l’Institut supérieur des arts et métiers (ISAM) de Kinshasa, cette femme passionnée par la transmission du goût de l’excellence revient d’études en France où elle a approfondi ses connaissances en matière de création de mode.
Jordache Diala
