« Lusansu : Sagesse des clans Kongo et le souffle des ancêtres » arrive. L’auteur de ce livre est très attaché à l’histoire de sa culture, l’’histoire de l’ancien Royaume Kongo qui est aujourd’hui reparti en quatre pays indépendants : Angola, RD Congo, Congo-Brazzaville et Gabon. Les préfaciers affirment avoir accueilli avec un immense plaisir l’œuvre de « Monsieur le Prince Coutumier NANGA NA KONGO BIKINDU DITOMENE NDOGUSI Guy, Chargé de relations publiques au Comité Provincial de l’Alliance Nationale des Autorités Traditionnelles du Congo ‘’ANATC’’ en sigle ».
Le Chef Coutumier Kaniki Kini Anaclet et le Prince Coutumier Musongo Thumu Di Matsundi Joseph soulignent dans la préface que le Royaume Kongo fut un Etat stable, organisé et énumèrent les pratiques liées à la culture Kongo : ses origines, sa langue, le respect de l’adulte et de l’autorité, le respect du bien commun, le respect de la femme, la distribution d’une justice équitable pour une société égalitaire. Le mot respect, « Luzitu » en Kikongo, est donc une valeur fondamentale chez ce peuple.
Quant à l’historien Nathan Kulutu Malanda, il précise dans l’avant-propos que le royaume Kongo appartient à ces formations politiques, culturelles et spirituelles majeures de l’histoire africaine dont l’importance dépasse largement les frontières contemporaines et les découpages hérités de la période coloniale. « Présent dès la fin du Moyen Age comme un espace structuré, doté d’institutions, de hiérarchies lignagères, de systèmes symboliques complexes et de réseaux d’échanges étendus, il constitue l’un des foyers les plus significatifs de la civilisation d’Afrique centrale atlantique. », rappelle-t-il. L’Afrique noire était donc bien structurée bien avant l’arrivée des colons.
« Lusansu : Sagesse des clans Kongo et le souffle des ancêtres » n’est pas seulement un récit personnel, des contes ou une suite d’anecdotes familiales. Guy Bikindu Ditomene Ndongusi argue que son ouvrage se situe à la croisée de l’histoire, de l’anthropologie et de la transmission mémorielle : « … cet ouvrage s’interroge sur les mécanismes par lesquels les savoirs, les valeurs et les mémoires se transmettent au sein de la culture kongo. A travers les noms, les lignages, les proverbes, les symboles et les traditions orales, il explore les différentes formes par lesquelles une société conserve et transmet son expérience à travers les générations. »
Les principales parties ou articulations constituant la charpente de ce livre sont : Historique du Clan Nkasi Za Kongo ; Le totem du Clan Nkasi Za Kongo ; Les origines des Clans (Mvilas) ; L’alphabet et la numérologie chez les Kongo ; L’initiation dans la tradition Kongo ; La signification du Clan Nanga Na Kongo ; Le sens profond des noms chez les Kongo. Un préambule, conclusion, épilogue, glossaire, proverbes, expressions, complètent table des matières.
Abordant le contexte historique général du Royaume Kongo, l’auteur indique que le Kongo dia Ntotila était un royaume centralisé mais doté d’importantes provinces autonomes (Mbata, Soyo, Nsundi, Mpangu, Mbamba et Mpemba). Le Ntotila (roi) régnait avec un système de contre-pouvoirs, notamment les lignages Vunda (sacerdotal) et le Nsaku (médiation). La société était matrilinéaire. Les clans (mvilas) organisaient la filiation, l’héritage et les alliances. La cosmologie dikenga structurait le cycle de la vie. Nzambi, Mpungu, les Bakulu (ancêtres) et les minkisi formaient l’univers spirituel. Les nganga, quant à eux, maintenaient l’équilibre entre le visible et l’invisible.
S’appuyant sur des témoignages des anciens transmis de génération en générations, l’auteur raconte les origines du clan Nkasi Za Kongo. Parmi les figures fondatrices de cette lignée, l’ancêtre Tembo Kipupa, femme sage et de caractère, et son époux Senga Diafulama, un homme respecté pour sa droiture et son engagement envers son peuple. Ce couple avait donné naissance à deux enfants, Chef Dinsundi – Manzakama (garçon) et Ndona Bavueza (fille), porteurs de l’héritage spirituel et culturel de leurs parents, destinés à perpétuer les valeurs et les traditions du clan.
« Le Chef Disundi – Manzakama, figure emblématique de son époque, réussit à conquérir et à s’établir sur les terres qui allaient devenir celles du clan Nkasi Za Kongo. Par cet acte, il s’imposa non seulement comme un Chef respecté, mais également comme l’ancêtre fondateur de ce clan, marquant ainsi le début d’une lignée dont l’histoire allait traverser les générations. », explique l’auteur. Le totem du clan Nkasi Za Kongo est le Nkumbi, petit animal qui occupe une place particulière dans la tradition du clan.
Guy Bikindu Ditomene Ndongusi explique aussi que pour mieux comprendre l’organisation sociale, politique et spirituelle du peuple Kongo, il est nécessaire de revenir aux grandes lignées fondatrices qui occupent une place centrale dans la mémoire et la tradition ancestrale : Nsaku, Mpanzu et Nzinga qui, selon les traditions kongo, sont les trois enfants de Ne Kongo Nimi et Ndona Nzinga Ngunu. Ils constituent les souches originelles à partir desquelles se sont développés les principaux lignages du peuple Kongo.
« Cette triade est intimement liée au concept du Makuku Matatu, littéralement « les trois piliers » ou les « trois pierres du foyer ». Dans la pensée kongo, le Makuku Matatu représente l’équilibre fondamental sur lequel représente toute maison, toute communauté et tout ordre cosmique. De même que trois pierres soutiennent la marmite, Nsaku, Mpanzu et Nzinga soutiennent la société kongo : – Nsaku : la loi, la sagesse, la stabilité ; – Mpanzu : la force, la matérialité, la protection ; – Nzinga : le mouvement, la stratégie, l’adaptation. », révèle l’auteur.
Plus loin dans ce même ouvrage passionnant et riche en enseignements, Guy Bikindu Ditomene Ndongusi écrit que le clan Nanga Na Kongo peut également être désigné sous le nom de Kinanga qui signifie « sens de l’autorité » ou encore « résistance dans la lutte pour la libération du Kongo ». Ce clan se positionnait comme un défenseur de la terre kongo. Il ajoute que l’origine de ce nom remonte également au verbe Kunanguka, qui signifie « se lever », « se mettre débout » : une expression forte, symbolisant le soulèvement pour le combat du peuple. Dans la tradition kongo, être NANGA NA KONGO est associé à des valeurs de leadership, de responsabilité collective et l’attachement à l’héritage des ancêtres. L’auteur de ce livre fait partie de cette lignée.
Ce jeune écrivain congolais nous apprend que, selon les traditions et les contextes historiques, NANGA NA KONGO est associé à plusieurs appellations, variantes linguistiques ou désignations lignagères, prmi lesquelles figurent : Nkanga, Nanga, Mbanda Ngoyo, Kalunga, Kinzinga, Lukeni lua Nzinga, Mbenza, Kimbenza, Kimangunu et Mpemba Kasi. Il déclare que cette diversité de noms reflète la richesse de l’histoire du clan, les évolutions qu’il a connues au fil du temps ainsi que les différentes branches, fonctions ou mémoires qui lui sont associées.
Dans la partie consacrée au sens profond des noms Kongo, cet écrivain explique que le nom Bikindu est associé à une responsabilité particulière liée à la préservation et à la restauration de l’héritage ancestral. Ainsi, ce nom peut être compris comme « celui qui recherche les fondements » ou « celui qui œuvre à restaurer ce qui était à l’origine ». De même, Ditomene renvoie à l’idée de restauration : restaurer la connaissance, raviver le souvenir et remettre en lumière ce qui risquait de disparaitre avec le temps. Quant à l’expression Ndo Ngusi, elle peut être comprise comme « l’honorable chef de clan » ou « l’oncle vénérable », soulignant la dignité, l’autorité morale et le respect attachés à cette fonction au sein de la communauté.
Le concept LUSANSU est défini dans le glossaire comme « histoire » ou « récit du passé » en Kikongo. Dans l’épilogue, l’auteur affirme que dans la tradition kongo, la vie n’est jamais un chemin solitaire. L’homme, la femme et l’enfant existent au sein d’un réseau invisible qui relie les vivants, les ancêtres et l’univers tout entier. Chaque être est lié à une histoire qui le précède, à une communauté qui l’accompagne et à des générations qui lui succéderont. Nul n’existe pour lui-même seul ; chacun est un maillon d’une chaîne vivante qui traverse le temps. « Cette interconnexion constitue l’un des fondements de la sagesse millénaire que nous appelons LUSANSU », conclut-il.
La recension d’un livre n’a pas pour vocation à en dévoiler l’intégralité du contenu. Elle vise plutôt à susciter la curiosité du lecteur et à l’inviter à découvrir l’œuvre par lui-même. « Lusansu : Sagesse des clans Kongo et le souffle des ancêtres » est une véritable mine d’or. Il sera bientôt disponible sur les rayons de vos librairies.
« Lufu’etu ka boma ko » (« La vie ne se mesure pas seulement au présent. »), dit un proverbe kongo. Autrement dit, il faut honorer la mémoire des ancêtres et agir pour les générations futures.
James Mpunga Yende
