Dans un mémorandum adressé au Chef de l’État ce mardi 14 juillet 2026, le Consortium des Organisations Non Gouvernementales des Droits de l’Homme en RDC exprime sa vive inquiétude face aux menaces qui pèsent sur les acteurs engagés dans la lutte contre le détournement des deniers publics. Le cas de Jules Alingete, ancien patron de l’IGF, est cité comme le symbole d’une fragilisation dangereuse de l’État de droit.
C’est un cri de ralliement pour la sauvegarde de la bonne gouvernance. Réunis à Kinshasa sous l’initiative du Panel des Experts de la Société Civile, les représentants de dix organisations de défense des droits de l’homme ont officiellement saisi le Président de la République Félix Tshisekedi. Leur constat est sans appel : les acteurs de la lutte contre la « prédation financière » sont aujourd’hui exposés, sans défense, face à des réseaux de corruption qui reprennent du terrain.
Le « cas préoccupant » de Jules Alingete
Au cœur de ce mémorandum se trouve la situation judiciaire de Jules Alingete, ancien Inspecteur Général des Finances-Chef de Services. Véritable figure de proue de la « patrouille financière », Alingete a récemment fait l’objet de mesures judiciaires préventives restrictives.
Pour le Consortium, ce traitement est injustifié. « Il s’est avéré que ces mesures étaient prises et basées sur des faits sans preuve », martèlent les signataires. Selon eux, s’attaquer à une telle figure envoie un signal « décourageant » à tous les fonctionnaires et agents de l’État qui se sacrifient pour barrer la route aux prédateurs financiers. Le collectif dénonce l’impression d’un « abandon des acteurs intègres au profit de ceux qui auraient été inquiétés pour des détournements ».
Un risque diplomatique et économique majeur
Au-delà de la question humaine et judiciaire, les ONG alertent sur les conséquences internationales pour la République Démocratique du Congo. Alors que le pays multiplie les efforts pour assainir son climat des affaires, la persécution des figures anti-corruption risque de jeter l’opprobre sur l’ensemble de la nation.
Le mémorandum souligne notamment le risque de voir la RDC maintenue ou replongée sur la « liste grise » du Groupe d’Action Financière (GAFI). « Elle fragilise la crédibilité de nos institutions financières et judiciaires aux yeux des partenaires techniques et financiers », précise le document. Les signataires pointent également du doigt des complicités au sein de certaines banques locales, rendant la lutte encore plus périlleuse.
Les deux exigences de la Société Civile
Face à ce qu’ils qualifient de « climat de terreur », les signataires formulent deux demandes précises à la Haute Autorité :
1. Une protection institutionnelle renforcée : la mise en place de mesures concrètes pour protéger toute personne engagée dans la lutte contre la prédation financière, qu’il s’agisse de responsables comme Jules Alingete, de lanceurs d’alerte, d’inspecteurs ou de magistrats.
2. L’indépendance de la justice : un appel au Magistrat Suprême pour veiller à ce que les procédures judiciaires ne soient pas « instrumentalisées comme des règlements de comptes ».
Portant les signatures de plusieurs leaders de la société civile, le Consortium rappelle que sans une protection réelle de ses « sentinelles », la vision du Chef de l’État pour l’émergence d’un État de droit risque de se heurter à un découragement généralisé, tant au sein de l’administration que de l’opinion publique.
César Nkangulu
