350 millions de dollars américains. Ce montant astronomique, évaporé dans la nature depuis parfois deux décennies, représente le prix exact du sabotage industriel de la République démocratique du Congo. Face à ce gouffre financier insoutenable, la Première Ministre Judith Suminwa vient de siffler courageusement la fin de la récréation en mobilisant tout l’appareil judiciaire et sécuritaire pour un recouvrement forcé. Si l’initiative est salutaire, elle lève surtout le voile sur une vérité publique révoltante : les principaux débiteurs insolvables du Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) ne sont pas du tout de modestes entrepreneurs locaux asphyxiés par la conjoncture économique nationale, mais bien les hauts dignitaires des régimes politiques successifs.
En RDC, les privilèges féodaux se conjuguent trop souvent avec l’impunité financière absolue. Les salons huppés de Kinshasa regorgent de ces figures d’autorité, ministres, députés, mandataires publics ou proches influents du pouvoir, qui paradent chaque jour en donneurs de leçons de patriotisme à la télévision nationale. Pourtant, dans l’ombre des bureaux, ces mêmes élites retiennent indûment les précieux fonds de l’Etat. Emprunter à cet établissement public a longtemps été perçu par cette caste intouchable comme un privilège de fonction, une subvention déguisée que l’on n’aurait absolument jamais à rembourser. Cet incivisme financier chronique au sommet de l’État est une trahison sociale majeure. Ceux qui rédigent les lois du pays, dirigent les grandes institutions et réclament chaque jour des sacrifices douloureux au peuple congolais face à la crise devraient, par décence élémentaire, incarner le tout premier exemple de l’orthodoxie financière.
L’impact direct de cette insolvabilité dorée est proprement désastreux pour notre décollage. Pendant que ces dignitaires coupables thésaurisent sans vergogne ou investissent massivement dans un immobilier insolent, le FPI se retrouve dangereusement amputé de ses capacités vitales d’intervention. Cet argent public spolié n’était pas un simple cadeau de poche. Il s’agissait du carburant industriel indispensable pour transformer localement nos matières premières stratégiques, bâtir de véritables usines modernes et créer enfin des millions d’emplois stables pour une jeunesse congolaise désœuvrée. En bloquant égoïstement ces ressources internes, la haute classe politique bloque délibérément l’avenir économique de toute une nation, condamnant le pays à mendier des financements extérieurs.
La catégorisation stricte des débiteurs annoncée par le gouvernement ne doit pas devenir un énième paravent commode pour protéger les réseaux des intouchables. La présence conjointe de la justice et de l’Inspection générale des finances (IGF) autour de la Première ministre envoie un signal fort, mais la population attend désormais des actes concrets, pas de simples protocoles de réunion. La justice congolaise doit frapper sans aucune distinction de couleur politique ou d’alliance passée. Saisir les biens immobiliers, geler les comptes bancaires et exposer publiquement le nom de chaque dignitaire insolvable sont des étapes indispensables pour restaurer la force publique. Il est grand temps que ces dirigeants payent enfin leurs dettes afin que le Congo finance souverainement son propre destin.
La Pros.