L’idée peut sembler audacieuse, presque utopique. Pourtant, une candidature commune entre la République Démocratique du Congo et la République du Congo pour l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2032 s’impose comme l’un des projets les plus révolutionnaires de l’histoire du sport moderne. En unissant leurs forces, Kinshasa et Brazzaville détiennent une occasion unique : réinventer le modèle des grands événements sportifs mondiaux.
Le concept de la « Ville-Bulle » : Une première historique
Alors que les récentes co-organisations internationales imposent des milliers de kilomètres de déplacements épuisants aux équipes et aux supporters, le projet « Rives du Congo » propose le modèle inverse : la concentration absolue.
Séparées par seulement quatre kilomètres d’eau, Kinshasa et Brazzaville forment la plus grande agglomération transfrontalière au monde. En faisant du fleuve Congo la colonne vertébrale du tournoi, cette CAN instaurerait un concept inédit de « ville-bulle ». Les délégations, les médias et les supporters passeraient d’une rive à l’autre en moins de vingt minutes grâce à des navettes fluviales rapides. Moins de logistique lourde, zéro vol interne énergivore : c’est la réponse africaine aux exigences de la transition écologique.
Une opportunité politique et diplomatique majeure
Pour les présidents Félix Tshisekedi et Denis Sassou-Nguesso, ce projet dépasse largement le cadre du ballon rond. Le sport est devenu un levier majeur de la diplomatie et du rayonnement international.
Après le succès des IXes Jeux de la Francophonie à Kinshasa, la RDC a prouvé sa capacité à organiser des événements d’envergure. De son côté, le Congo-Brazzaville affiche une volonté claire de redynamiser ses infrastructures et sa formation sportive. Co-organiser la CAN 2032 enverrait un signal politique d’une puissance rare : celui de deux pays frères qui transforment une frontière naturelle en un vecteur d’intégration économique et de cohésion régionale.
Des fondations solides à consolider
Le dossier technique dispose déjà d’atouts majeurs. Le pôle des deux capitales aligne immédiatement quatre enceintes de référence :
* Le mythique Stade des Martyrs (80 000 places) et le Stade Tata Raphaël à Kinshasa.
* Le moderne Stade de la Concorde de Kintélé (60 000 places) et le Stade Alphonse Massamba-Débat à Brazzaville.
Pour satisfaire pleinement le cahier des charges de la CAF, cette colonne vertébrale devra s’accompagner d’un plan de modernisation des stades en provinces (Lubumbashi, Kisangani, Matadi et Mbuji-Mayi, coté RDC et Pointe-Noire, coté Congo Brazza). Les infrastructures hôtelières et sanitaires, en pleine expansion dans les deux pays, bénéficieraient d’un coup d’accélérateur historique.
Un héritage durable pour les populations
L’argument ultime de cette candidature réside dans son héritage. Les investissements massifs requis pour les transports fluviaux, la connectivité numérique et l’aménagement des berges ne s’évaporeront pas le soir de la finale. Ils transformeront durablement le quotidien des Kinois et des Brazzavillois, fluidifiant le commerce et la libre circulation.
Le football africain s’est toujours construit sur l’audace de ses pionniers. À l’heure où la Confédération africaine de football (CAF) recherche des modèles plus durables, plus inclusifs et plus innovants, la CAN 2032 sur le fleuve Congo n’est pas seulement possible : elle est nécessaire. Il est temps d’écrire l’histoire sur les deux rives d’un même fleuve.
Isidore Kwandja Ngembo
Directeur honoraire des IXes Jeux de la Francophonie
