(Par Zack Mudimbi, Economiste)
Le franc congolais se renforce face au dollar, mais les prix ne baissent pas. Plusieurs raisons expliquent ce paradoxe :
- La rigidité temporaire des prix à la baisse : les commerçants ajustent rapidement leurs prix à la hausse quand le dollar monte, mais hésitent à les réduire lorsque le CDF s’apprécie. C’est un phénomène classique appelé rigidité des prix.
- Les coûts d’acquisition passés : une grande partie des marchandises actuellement en vente a été achetée ou importée au moment où le taux de change était défavorable. Les opérateurs cherchent donc à couvrir ces coûts avant toute baisse éventuelle.
- Les anticipations négatives : par crainte d’une nouvelle dépréciation du CDF, les acteurs économiques préfèrent maintenir des prix élevés pour se prémunir contre une éventuelle instabilité.
- La structure des prix des opérateurs : les prix intègrent non seulement le taux de change, mais aussi les coûts de transport, les charges fiscales, les marges commerciales et parfois même des rentes spéculatives.
- Faible concurrence et régulation limitée : Dans plusieurs secteurs, la concurrence est insuffisante et la régulation du marché reste faible, ce qui laisse aux opérateurs une grande liberté dans la fixation des prix.
Facteur externe : Pour que la baisse des prix se concrétise, il est également crucial que les prix internationaux des produits alimentaires et pétroliers restent stables.
En résumé : l’appréciation du CDF est une avancée, mais ses effets sont neutralisés par la rigidité des prix, la structure des coûts et les comportements prudents ou spéculatifs des opérateurs.
Rôle clé de la Banque Centrale : la BCC doit communiquer de manière claire et transparente pour rassurer le public sur sa détermination à maintenir sur la durée le processus actuel visant à réduire le taux de change vers une cible précise. Cette communication permet :
- D’ancrer les anticipations d’inflation des agents é
- De créer les conditions pour une baisse effective des prix sur le marché.
- La véritable solution à moyen et long terme réside dans des réformes structurelles profondes, notamment : la stabilisation durable du cadre macroéconomique, afin de renforcer la confiance dans le CDF ; le renforcement de la régulation et du contrôle des prix, en particulier sur les produits de première nécessité ; la promotion de la concurrence loyale pour limiter les abus de position dominante ; l’amélioration des infrastructures logistiques et énergétiques, afin de réduire les coûts de production et de transport ; la diversification de l’économie pour diminuer la dépendance excessive aux importations et au dollar.
Un franc congolais fort ne garantit pas des prix bas sans réformes structurelles ambitieuses.
