

Rapport du Séminaire organisé par le Collège ECOFIN de la Présidence tenu à Kinshasa, le 10 décembre 2020
INTRODUCTION
Sous le Haut Patronage de Son Excellence le Président de la République Démocratique du Congo, Monsieur Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, le Collège Economie et Finances de la Présidence de la République a, avec l’appui du secrétariat du CEoG1 et du bureau local de la Banque mondiale à Kinshasa, organisé le premier forum sur la dédollarisation de l’économie Congolaise. Le séminaire/webinaire s’est tenu le jeudi 10 décembre 2020 à Kinshasa. Il a rassemblé la haute hiérarchie de la Banque Centrale du Congo ainsi que des experts de haut niveau et de renommée internationale.
On a enregistré la participation d’environ 500 leaders d’opinion, chercheurs et professionnels, évoluant dans le secteur de l’économie, des finances et de la monnaie. La contribution des experts internationaux s’est faite à distance en raison des contraintes sanitaires liées à la pandémie COVID-19.
Il convient de signaler la participation comme intervenants de plusieurs experts (chercheurs et professionnels) de haut niveau et de renommée internationale, notamment M. Albert ZEUFACK, économiste en chef pour la région Afrique de la Banque mondiale ; M. Mauricio VILLAFUERTE du Fonds Monétaire International ; M. Frederico GIL SANDER de la Banque mondiale ; M. Alcino CONCEICAO de l’Angola, ancien économiste en chef du Président angolais et présentement ambassadeur d’Angola en Serbie.
Au niveau national, on a noté la présence de M. Emile NGOY, professeur et ancien ministre de l’économie, M. Augustin MATATA, professeur et ancien Premier ministre, M. Déogratias MUTOMBO, Gouverneur de la Banque centrale du Congo, M. KABUYA KALALA, professeur et expert monétariste, Noël TSHIANI, docteur et expert monétariste, et enfin, M. Evariste MABI MULUMBA, professeur et ancien Premier ministre.
Le discours d’ouverture a été prononcé par le Représentant personnel du Chef de l’Etat, M. Guylain NYEMBO, Directeur de cabinet adjoint du Chef de l’Etat en charge de l’économie, des finances et de la reconstruction. Le directeur de cabinet a saisi l’occasion pour énoncer clairement les objectifs du forum et les attentes du Chef de l’Etat. Il s’agit principalement de :
− Recueillir les compétences et expériences spécifiques en termes de défis et leçons à tirer de la dédollarisation ;
− Mettre à contribution l’expertise nationale et extérieure de haut niveau dans les grandes thématiques ayant trait à la politique monétaire, à la transformation et à la dédollarisation de l’économie congolaise ;
− Evaluer les capacités de l’économie congolaise à mettre en place une économie équilibrée et diversifiée ;
− Elaborer une feuille de route synthétisant les apports de différentes parties prenantes permettant de sortir le pays de la dollarisation.
Le mot de bienvenue a été prononcé par le Conseiller Principal du Chef de l’Etat en Charge de l’Economie et des Finances, M. Marcellin BILOMBA MBALE et celui de circonstances par l’Economiste en Chef de la Banque mondiale pour la région Afrique, M. Albert ZEUFACK.
Le premier cité, M. Marcellin BILOMBA MBALE, a souligné la particularité de cet évènement intervenant après plusieurs tentatives de dédollarisation de l’économie congolaise. Il réunit des spécialistes de haut niveau, de renommée internationale en vue de réfléchir sur cette question essentielle, et principalement sur les voies de sortie, en vue de favoriser le développement du Grand Congo.
Le second, M. Albert ZEUFACK a, dans son allocution, souligné l’importance des actions que son Bureau mène dans le renforcement des capacités des économistes en chef des pays Africains. Il a ensuite souligné l’importance de cette approche innovante de renforcement des capacités basée sur l’apprentissage entre pairs, qui donne lieu à la participation au réseau des conseillers économiques en Chef Africains, et à d’autres activités spécifiques réunissant au niveau régional, sous-régional et international, des collègues africains, des experts praticiens et des scientifiques pour des échanges sur les bonnes pratiques internationales dans l’exercice de leurs fonctions.
S’agissant du processus de dédollarisation en RDC, l’orateur a commencé par souligner que la dédollarisation n’est pas un processus facile et ne peut être imposée par une décision officielle. La confiance se mérite et rebâtir la confiance (en une monnaie) prend du temps. Il a rappelé qu’il n’est donc pas surprenant qu’il existe peu d’exemples de pays qui ont réussi à « dédollariser » leurs économies.
La RDC, n’a par exemple pas réussi, malgré plusieurs tentatives de dédollarisation. Sur la base des expériences de différents pays (Angola, Bolivie, Pérou, etc.), M. Zeufack a ensuite invité les participants à identifier les conditions qui accroitraient la probabilité d’une dédollarisation réussie. En outre, il les a aussi encouragés à saisir cette opportunité pour approfondir la réflexion, concentrer les efforts sur la mise en œuvre des conditions préalables à une politique de dédollarisation réussie, et les a invités à ancrer cet exercice dans le cadre d’un travail analytique et de recherche et non pas d’idéologie.
Enfin, il a rappelé qu’il existe très peu d’exemples réussis de-Dollarisation étant donné le gap de crédibilité entre le dollar et les monnaies locales promues. C’est probablement pourquoi le débat sur les zones monétaires n’est pas éteint. Une de-dollarisation vers une monnaie continentale commune éventuellement plus crédible serait probablement plus effectif.
Afin de faire ressortir et présenter clairement les résultats attendus du Forum, ce rapport se subdivise en trois points principaux :
− La description du contexte du forum au point 1
− Les recommandations sont présentées au point 2, et
− La proposition de feuille de route qui servira de boussole pour la dédollarisation de l’économie congolaise au point 3.
La matérialisation des différentes recommandations en plan d’action concret est l’objectif que le comité de suivi qui sera mis en place va s’assigner.
- CONTEXTE
- La sévère récession économique des années 1980, caractérisée par les pillages, guerres civiles successives, et une forte instabilité macroéconomique (avec un pic inflationniste de 10 000% en 1994), a favorisé l’aggravation de la dollarisation de l’économie congolaise ainsi que la multiplication des zones monétaires dans le pays.
- Différentes réformes ont déjà été entreprises pour sortir de la dollarisation, malheureusement sans succès. Le degré de dollarisation de l’économie congolaise est difficile à évaluer. Les dépôts bancaires en monnaie étrangère sont passés de 20% en 1990 à environ 69,1% en 2013 et représentent à ce jour plus de 80% du total des dépôts bancaires et plus de 60% de la masse monétaire en circulation. Les indicateurs auraient encore été plus élevés si on incluait les devises étrangères en circulation hors circuit bancaire.
En parallèle, la parité du dollar US avec la monnaie nationale (francs congolais) est passée de 2,4 CDF pour 1$ en 1998 à 2000 CDF pour 1$ au 22 septembre 2020 sur le marché parallèle.
- C’est dans cette optique, et sous l’impulsion de Son Excellence Monsieur le Président de la République, que la République Démocratique du Congo compte rétablir la souveraineté du Franc congolais dans les dénouements des transactions commerciales et financières sur toute l’étendue du territoire national.
- C’est dans ce contexte que, sous le haut patronage du Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur FELIX ANTOINE TSHISEKEDI TSHILOMBO, Président de la République Démocratique du Congo, le Collège en charge des Questions de l’Economie, des Finances et de la Reconstruction, en collaboration avec le Bureau de l’Economiste en Chef de la Banque Mondiale pour la Région Afrique, a organisé ce Premier Forum de haut niveau sur la dédollarisation de l’économie congolaise.
- DEROULEMENT DU SEMINAIRE
Le séminaire/webinaire sur la dédollarisation de l’économie congolaise s’est déroulé en trois phases successives. Le premier panel a porté sur la présentation du cadre contextuel, le second sur le partage d’expériences et le dernier sur les stratégies de la dédollarisation de l’économie congolaise. La clôture de chaque panel a été précédée par des commentaires et discussions sur les différentes stratégies proposées.
PANEL 1 : CADRE CONTEXTUEL
Trois interventions ont été présentées durant le premier panel en vue de circonscrire le cadre contextuel menant à la réflexion sur la dédollarisation, à savoir :
- Dollarisation totale ou dédollarisation : avantages et inconvénients, par le Pr. Emile NGOY,
- Dollarisation de l’économie congolaise : facteurs déclencheurs, évolution et conséquences. De l’Economie politique de la de-dollarisation en RDC, par M. Mauricio VILLAFUERTE, chef de mission du Fonds Monétaire International FMI pour la RDC,
- Stabilité macroéconomique et croissance durable comme prérequis pour une dédollarisation réussie pour : (une monnaie Congolaise apte à mieux jouer son rôle d’unité de compte, de réserve de valeur et d’intermédiaire des échanges sur toute l’étendue du territoire national), par le Pr. Augustin MATATA PONYO
- Dollarisation totale ou dédollarisation : avantages et inconvénients
Après avoir défini la dollarisation comme étant le processus de remplacement par une monnaie étrangère (souvent le dollar des États-Unis d’Amérique ou l’euro) d’une monnaie nationale préexistante en tant qu’unité de fixation du prix des biens et des services, qu’instrument de paiement et de détention de l’épargne, le Professeur Emile NGOY a présenté à l’audience les avantages et les inconvénients de la dollarisation ainsi que de la dédollarisation.
- Avantages de la dollarisation
La dollarisation d’une économie présente les avantages suivants :
− Contribution à la stabilité macroéconomique du pays, en réduisant la possibilité de recourir à la planche à billet dans le cadre du financement des déficits publics ;
− Contribution à la préservation du pouvoir d’achat des agents économiques privés et à la diversification de leur portefeuille ;
− Limitation de la démonétisation de l’économie qui serait de nature à accentuer la contraction de la production intérieure en freinant les échanges intérieurs ;
− Renforcement de la stabilité et développement des institutions bancaires et financières.
- Inconvénients de la dollarisation
En dépit de ses avantages, la dollarisation a beaucoup d’inconvénients qui incitent les autorités à mettre en œuvre des mesures pour la dédollarisation de l’économie. Il s’agit notamment de :
− La perte de la souveraineté monétaire et de la fierté d’avoir une monnaie nationale ;
− L’absence de préteur en dernier ressort, et risques systémiques subséquents pour le système bancaire ;
− Manque à gagner pour le gouvernement de revenus de seigneuriage. Ces derniers pourraient représenter environ 20% des recettes de l’Etat ou 0.5 billion USD ;
− La limitation de l’efficacité de la politique monétaire face aux chocs et aux vulnérabilités, surtout dans un contexte de faible niveau de réserves en devises ;
− L’inopérationnalité du canal de taux d’intérêt et de contrôle limité de l’autorité monétaire sur la masse monétaire lorsque celle-ci est prédominée par des billets et dépôts en devises ;
− La modification du choix des actifs (indicateurs cibles pour les agrégats monétaires) et déformation du lien monnaie nationale et inflation, ce qui limite l’efficacité de la politique monétaire comme instrument de stabilisation de l’économie.
Somme toute, le professeur Emile Ngoy soutient que la dollarisation en RDC présente plus d’inconvénients que d’avantages. Toutefois, les autorités monétaires congolaises se trouvent naturellement confrontées à la question sur la pertinence de la poursuite de la dédollarisation après tant d’échecs.
La dollarisation est perçue par beaucoup comme un mal nécessaire qui permet d’éviter le pire ou sauver une économie d’un naufrage monétaire certain, dans le contexte d’une inflation monétaire aiguë, qui invalide les fonctions d’une monnaie ayant cours légal.
- De la dollarisation de l’économie Congolaise : Facteurs déclencheurs, évolution et conséquences
Analysant les facteurs déclencheurs de la dollarisation de l’économie congolaise, son évolution ainsi que ses conséquences, M. Mauricio VILLAFUERTE du FMI indique que la dollarisation trouve son origine essentiellement dans l’instabilité macroéconomique notamment les fréquents épisodes d’hyperinflation et de dépréciation du taux de change.
En termes de dollarisation, il relève que la RDC est l’un des pays africains ayant la plus forte dollarisation. Les dépôts et prêts en dollars n’ont pas changé significativement ces dernières décennies. On note la substitution des devises et la dollarisation du secteur réel. L’inflation et la dépréciation du taux de change sont allés de pair durant les dernières années (15 ans), avec des épisodes d’accélération particuliers entre 2005 et 2011, puis entre janvier 2017 et octobre 2020.
Ces épisodes ont fortement entamé la crédibilité de la monnaie nationale qui était déjà fortement affectée par les épisodes précédents d’hyperinflation dans les années 1980-1990. Il avance que la dédollarisation permet de retrouver une autonomie de la politique monétaire, une plus grande stabilité financière et un marché des bons du trésor plus liquide.
Dans le cas de la RDC, M. VILLAFUERTE suggère que la dédollarisation a besoin d’un plan de stabilisation pour rétablir la confiance de la monnaie nationale, avec une adhésion politique et une communication forte pour renforcer la crédibilité. Les éléments qui devraient faire partie de ce plan permettront de renforcer les institutions financières et budgétaires du pays de façon durable.
Pour y parvenir, il préconise la mise en œuvre des politiques macroéconomiques crédibles, des politiques budgétaire et monétaire tenant compte des mesures ci-après :
Politique budgétaire
− Eliminer la dominance budgétaire omniprésente, à travers la mise en œuvre efficace du Pacte de stabilité ;
− Intensifier la mobilisation des recettes intérieures pour financer les dépenses sociales et les infrastructures ;
− Renforcer la planification budgétaire (Loi de Finance réaliste) ;
− Renforcer la chaîne des dépenses ;
− Renforcer la gestion de la trésorerie et le suivi financier ;
− Rationaliser les dépenses publiques ;
− Promouvoir la perception des impôts en monnaie nationale ;
− Développer les marchés de financement nationaux ;
− Mobiliser le soutien des bailleurs de fonds.
Politique monétaire et secteur financier
− Maintenir une inflation faible et stable grâce à un cadre de politique monétaire efficace ;
− Renforcer la gouvernance, l’indépendance et la solvabilité de la BCC ;
− Renforcer la supervision du système bancaire ;
− Développer des systèmes de paiement et d’autres infrastructures des marchés financiers en monnaie national ;
− Envisager la modification des coefficients des réserves obligatoires.
Enfin, il a souligné la nécessité d’une stratégie à long terme décidée au niveau national. Les problèmes de la monnaie nationale sont en réalité des symptômes des problèmes dans la dimension de l’économie-politique. Les efforts de macro-stabilisation doivent être soutenus par un programme de réformes à moyen terme plus approfondi.
Les efforts doivent être crédibles, durables et cohérents et appuyés par des reformes de la gouvernance pour renforcer les institutions et les marchés intérieurs. Le FMI est prêt à soutenir les efforts aussi bien à travers un soutien financier que des missions d’assistance technique
- Dédollarisation, stabilité macroéconomique et croissance économique
L’intervention du Pr. Augustin MATATA PONYO, s’est focalisée sur les deux principaux facteurs nécessaires pour une dédollarisation réussie de l’économie congolaise. Il a débuté par souligner que la stabilité du cadre macroéconomique est la fondation d’une économie. Elle est principalement caractérisée par deux agrégats importants (taux d’inflation et taux de change). Aussi, il a ajouté que la stabilité macroéconomique ne résulte pas d’une simple volonté politique annoncée mais plutôt l’application d’un certain nombre de mesures qui garantissent cet équilibre.
En outre, il a relevé l’importance du niveau de production de l’économie. Elle est un des indicateurs de la création de richesse dans un pays. L’insuffisance de la production peut constituer un élément déstabilisateur du secteur monétaire et donc de la monnaie nationale. La dollarisation traduit donc l’incapacité d’une économie à assurer une production nationale suffisante. Pour une réussite du processus de dédollarisation de l’économie congolaise, M. MATATA PONYO, montra la manière dont la stabilité macroéconomique et la croissance économique pourrait contribuer à la dédollarisation de l’économie nationale.
Premièrement, il faut que la stabilité macroéconomique soit durable. La confiance ne se décrète pas, elle se constate. Pour que la monnaie retrouve sa confiance, il faut que la stabilité soit durable. Par exemple, nous remarquons que le taux de change du franc congolais est resté stable durant la période 2011-2016.
Au cours de cette période la confiance de la monnaie congolaise a suffisamment augmenté de sorte qu’elle fut adoptée comme réserve de valeur dans deux pays voisins, notamment la Zambie et l’Angola. Ce retour de confiance s’est également accompagné d’un retour de confiance de la Banque centrale du Congo en particulier et des institutions politiques.
Deuxièmement, une économie qui ne produit pas ne peut pas avoir une monnaie forte (i.e. les Etats-Unis, la Chine). Si nous voulons dédollariser, il faut qu’on accroisse la production nationale. Pour que la stabilité du taux de change et la dédollarisation soient garanties, il faut qu’il y ait suffisamment de réserves de change et que ces dernières soient garanties par des exportations dynamiques.
Troisièmement, le leadership et la bonne gouvernance constituent des éléments clés. La dédollarisation ne peut réussir qu’avec une bonne gouvernance et un leadership de qualité. La dollarisation constitue un déficit de leadership, de gouvernance. La crise de confiance sur la monnaie nationale, les institutions émettrices et politiques ne peut se rétablir qu’avec un rétablissement de la confiance. On ne peut pas décréter la dédollarisation. La dédollarisation passe également par l’application des reformes clés pour relancer l’économie mais aussi pour envoyer des signaux clairs aux agents économiques traduisant la volonté d’opérer des changements économiques et rétablir la confiance
PANEL 2 : PARTAGE D’EXPERIENCES
Deux expériences ont été abordées durant le deuxième panel. L’expérience de la République Démocratique du Congo a été présentée par M. Déogratias MUTOMBO, Gouverneur de la Banque centrale du Congo, et celle de la République d’Angola par M. Alcino CONCEICAO, ancien conseiller économique du Président Angolais.
- La dédollarisation de l’économie congolaise, est-elle possible ?
- le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo a affirmé d’emblée que la dédollarisation est possible. Toutefois, il a souligné qu’il faut attaquer le mal à la racine. C’est la stratégie adoptée par tous les pays ayant réussi. De nombreux pays tels que le chili, le Pérou et Israël ont réussi à dédollariser.
Pour y parvenir, le pays doit rétablir une confiance solide et durable en la monnaie nationale comme dans les pays précités, à travers deux principaux piliers. Le premier pilier porte sur la mise en œuvre des politiques macroéconomiques cohérentes et crédibles devant garantir la stabilité des prix et du taux de change.
Dans le second, il s’agit de l’importance du respect scrupuleux, à court, moyen et long termes, des engagements pris en termes de mesures de dédollarisation. Aussi, pour construire cette confiance, il faut la mise en place de politiques macroéconomiques de la confiance. Les politiques budgétaire, monétaire et de change crédibles à court, moyen et long termes visant le respect des critères de convergence macroéconomique (i.e., Intégration Africaine).
Il a mentionné également le besoin d’une action déterminante et pérenne sur le taux d’inflation et le taux de change. Le taux d’inflation doit baisser sensiblement et durablement son niveau et sa volatilité. Par ailleurs, le gouverneur de la Banque centrale est revenu sur deux principes majeurs qui ont été appliqués par la BCC et le gouvernement du Congo. Les recommandations furent inspirées d’initiatives réussies dans d’autres pays d’Amérique latine, Russie, Europe de l’Est et d’Asie.
Il s’agit de :
− Une dédollarisation volontaire (non forcée), progressive et non brutale (mesures incitatives et non coercitives) en fonction de la pérennisation de la stabilité et du rythme de dédollarisation ;
− La mise en place des mesures de dédollarisation supplémentaires portant sur la détention et les paiements intérieurs en monnaies étrangères. Pour lutter contre chaque forme de dollarisation de l’économie congolaise, 22 mesures (mesures fiscales, budgétaires, monétaires et de change, mesures sur les prix, etc.) ont été retenues.
Elles étaient réparties sur trois grands axes :
- Dédollarisation des paiements (9 mesures arrêtées),
- Dédollarisation financière (10 mesures),
- Dédollarisation réelle (3 mesures).
En outre, il a indiqué la nécessité de persévérer dans l’application des mesures d’autant plus que la dédollarisation effective prend du temps. Elle peut commencer à apparaître à partir de la 5ème année, voire au-delà Par exemple, la durée avant l’amorce de la dédollarisation effective était en moyenne de plus de 10 ans pour la Bolivie, Mexico, Costa Rica, et la République dominicaine. D’autres pays comme le Pérou, le Paraguay et l’Uruguay ont enregistré une amorce de la dédollarisation effective en moins de 5 ans.
Enfin, il a réitéré la possibilité d’une dédollarisation réussie de la RDC. Toutefois, il a ajouté que cette réussite est conditionnée à la restauration et la pérennisation d’une confiance solide en la monnaie nationale à travers :
− La mise en œuvre de politiques macroéconomiques cohérentes et crédibles devant garantir la stabilité des prix et du taux de change,
− Le respect scrupuleux, à court, moyen et long termes, des engagements pris en termes des mesures de dédollarisation,
− L’implication directe et le soutien de haut niveau des autorités publiques dans la mise en œuvre des mesures retenues dans le projet de dédollarisation,
− L’investissement massif dans les infrastructures et le capital humain ainsi que l’accélération de la diversification économique,
− Le renforcement de la communication et de la sensibilisation de tous les acteurs
- De l’expérience angolaise de la dédollarisation
L’expérience de l’Angola a été présentée par M. Alcino CONCIECAO, ancien Conseiller économique du Chef de l’Etat Angolais et actuellement Ambassadeur de la République d’Angola en Serbie.
Dans sa présentation, il a indiqué qu’avant 2008, les devises provenaient principalement de la vente des diamants et du pétrole. Le pétrole représentait environ 60% du PIB, 80% des revenus et 85% des exportations. L’économie angolaise était très exposée aux chocs externes. Le système financier était composé par un nombre très limité de banques commerciales et certaines banques étaient publiques (3/15).
Le secteur financier non bancaire était inexistant. La plupart des actifs étaient détenus par les compagnies assurances et un fond de pension. Le total actif représentait environ ½ du PIB de 2008. L’économie angolaise était fortement dollarisée. Elle avait environ la moitié des dépôts libellés en dollars et 70% pour les crédits.
Afin de lutter contre la dollarisation et conformément à son mandat de stabilisation des prix, la Banque Nationale d’Angola va, en 2010, adopter un nouveau cadre de politique monétaire visant :
− L’allocation efficiente et optimale des réserves de change disponibles,
− Le bannissement de l’utilisation d’une multitude de monnaies,
− La définition d’un ancrage nominal pour la politique monétaire,
− Le contrôle de la croissance des agrégats monétaires,
− Le renforcement du système financier national, y compris un contrôle rigoureux des prêts non performants,
− La stérilisation des entrées de dollar en Angola,
− Pour soutenir sa politique de change centrée sur l’ajustement du taux de change, la Banque centrale a augmenté ses taux directeurs pour augmenter les taux d’intérêts du marché et soutenir sa politique monétaire restrictive,
− Elimination de l’asymétrie des devises.
La transition au cours du temps vers un cadre de ciblage de l’inflation était aussi vitale et a permis d’éliminer l’asymétrie des devises ou « Currency mismatch » dans le bilan des banques. Le gouvernement a, quant à lui, adopté (ou fait voter) les mesures suivantes pour favoriser la dédollarisation de l’économie angolaise. Il s’est agi par exemple de la réforme du cadre juridique pour la gestion des liquidités par les compagnies pétrolières. Cette mesure a permis d’accroitre l’intermédiation financière et la gamme de produits financiers disponibles pour supporter l’économie.
Aussi, l’assemblée nationale a adopté une législation sur la gestion des devises et du taux de change par les compagnies pétrolières en 2012. Toutes les compagnies opérant dans le secteur des ressources naturelles devaient dorénavant effectuer leurs transactions financières en monnaie locale le Kwanza.
Mais aussi, les transactions devaient être effectuées par l’intermédiaire de banques locales ou des institutions financières domiciliées en Angola. De nouvelles mesures législatives ont également établi que les institutions financières étaient obligées de présenter à la Banque centrale et mettre à la disposition des marchés leurs structures de coûts et organisation internes, afin d’améliorer la transparence.
Aussi, le gouvernement a-t-il mieux géré la dette publique en utilisant des mesures prudentes et en limitant les retraits de ses dépôts à la Banque centrale. Cela a permis d’augmenter les réserves internationales brutes à 35 milliards en 2013 – plus de 7 mois d’importations des biens et services. Une série de nouvelles régulations ont imposé des charges pour les transactions en capital (Fx) et aussi annulé des charges pour certains biens de consommation.
La Banque centrale a également amélioré sa position ouverte d’environ 20%. Le gouvernement a établi des lois sur le blanchiment d’argent et le combat contre le terrorisme. Ces mesures ont permis une ouverture internationale des banques locales et aussi des banques internationales d’ouvrir des filiales en Angola.
Toutes ces actions adoptées ont favorisé l’intermédiation bancaire ainsi que la diversification des produits financiers pouvant soutenir l’économie. Le secteur bancaire a connu un réel développement avec un total bilan qui est passé de 25% à 87% du PIB en 10 ans. Cela constitua un élément majeur dans la mise en œuvre de la politique monétaire, des opérations de change, de la stabilité financière ainsi que de la dédollarisation.
Globalement la dollarisation a baissé et devrait être en deçà de 20%. Pour terminer, M. CONCIECAO a relevé que les réformes structurelles (budgétaires, monétaires et fiscales) afin de consolider la stabilisation de l’économie et de soutenir la monnaie à court et à long termes sont indispensables pour une dédollarisation réussie. La stabilité macroéconomique est la meilleure manière de dédollariser.
PANEL 3 : STRATEGIE DE LA DEDOLLARISATION
Afin de proposer des stratégies adaptées qui permettront au pays de sortir durablement de la dollarisation qui mine son économie, le troisième panel a été organisé autour de 3 sujets, à savoir :
- Les expériences antérieures de dédollarisation de l’économie congolaise : tentatives, motivations, mesures et analyse critique des résultats, par le Pr. KABUYA KALALA.
- De la dédollarisation de l’économie congolaise : pour une monnaie nationale plus crédible, par le Dr. Noël TSHIANI.
- La dédollarisation de l’économie congolaise vue par la Banque mondiale, par M. Frederico GIL SANDER de la Banque mondiale. Les interventions étaient suivies par une appréciation générale des différentes stratégies proposées par le Pr. Evariste MABI MULUMBA.
- Expériences antérieures de dédollarisation de l’économie congolaise : tentatives, motivations, mesures et analyse critique des résultats
La présentation du Pr. François KABUYA KALALA, a principalement porté sur les trois questions suivantes :
− La dédollarisation de l’économie est-elle nécessaire en RDC ?
− Le processus engagé à cet effet est-il crédible ?
− Quelle voie faut-il éventuellement emprunter ?
Le professeur a mentionné d’emblée que l’instabilité macroéconomique est la principale cause de la dollarisation en RDC. Ce dernier phénomène ayant à son tour conduit non seulement à la crise de l’intermédiation bancaire mais aussi à la vacuité de la politique monétaire.
Le premier problème est l’excès de financement monétaire des déficits budgétaires chroniques entraînant une éviction du crédit à l’économie et l’expansion de la masse monétaire, une hyperinflation et la dollarisation de l’économie. A la question de savoir si la dédollarisation de l’économie est nécessaire en RDC, l’intervenant a affirmé qu’elle l’est. Elle est nécessaire pour redonner notamment, au Franc congolais, la pleine jouissance de ses fonctions monétaires.
Il a ajouté que trois constats découlent généralement de l’observation de l’hyperinflation :
− La fonction de réserve de valeur de la monnaie locale est souvent la première à s’éroder au profit des devises étrangères jugées plus stables (dollarisation financière) ;
PANEL III STRATEGIE DE LA DEDOLLARISATION
− La fonction de moyen de paiement est la dernière à être accaparée par les devises étrangères (dollarisation des moyens de paiements). Même dans le cas d’une hyperinflation, la monnaie locale résiste dans une certaine mesure ; − Aussi, tout au long d’un tel processus, la dollarisation réelle – qui consiste soit à indexer les prix des actifs, soit à évaluer les prix des biens et des services en monnaie étrangère – tend à s’installer durablement au quotidien.
Aussi, face aux conséquences négatives de la dollarisation de l’économie congolaise, le gouvernement et la Banque centrale du Congo se sont, depuis septembre 2012, engagés dans le processus de dédollarisation sur la base d’une matrice des mesures essentiellement d’ordre monétaire, budgétaire et de change ainsi que celles visant la stabilité du système financier. Chronologiquement, en RDC, les pouvoirs publics ont privilégié de s’attaquer à la dollarisation réelle et à celle des paiements en cherchant à restaurer en premier lieu les fonctions monétaires d’unité de compte et de moyen de paiement. Des mesures telles que l’exigence de l’affichage des prix en CDF et l’émission des billets à grandes dénominations ont été prises. Cependant, en dépit de ces mesures, les agents économiques congolais ont toujours une préférence pour le dollar américain.
Une des mesures adoptées et facilitant la dédollarisation des moyens de paiement était l’obligation pour les entreprises de payer les droits et taxes en francs congolais et les paiements au profit des résidents. Nonobstant, ces mesures n’ont été que partiellement réalisées.
Enfin, les autorités monétaires ont du mal à réussir la dédollarisation financière en raison notamment du retard dans la mise en place du marché des titres publics, la modernisation de la centrale.
A la deuxième question de savoir si le processus de dédollarisation est crédible, l’orateur est revenu dans un premier temps sur la perte de confiance. L’érosion de la confiance dans ses trois dimensions (confiance éthique, confiance hiérarchique, confiance méthodique) a constitué l’élément moteur qui conduisit à la crise de la monnaie en RDC.
La confiance dans la monnaie se nourrit de sources multiples, notamment : les pratiques quotidiennes réussies en matière de paiement, la vigilance des autorités de régulation à l’égard du système bancaire et financier mais également le projet de société que ces autorités sont à même de proposer à l’endroit de la monnaie comme un précieux « bien collectif ». La confiance hiérarchique a été insidieusement entamée par le sevrage ou le faible accès des banques commerciales à la monnaie centrale, qui constitue le socle même de tout système de paiement.
L’érosion de la confiance méthodique en RDC a rencontré un terrain favorable dans le gonflement excessif des dépôts bancaires, nés des paiements effectués par l’Etat en faveur de ses fournisseurs au moyen de virements non couverts en comptes bancaires. La confiance éthique est la plus importante des trois niveaux de confiance, car elle est censée borner l’action de l’autorité politique sur la monnaie.
Cette confiance fut à son tour irrémédiablement entamée en raison de l’expansion fulgurante de la masse monétaire, impulsée essentiellement par le financement des déficits publics. La valeur de la monnaie nationale s’effondra rapidement à la suite de l’hyperinflation qui s’était développée. En réaction, la dollarisation s’étendit dans l’économie.
Enfin, s’agissant de la voie à emprunter pour sortir de la dollarisation, le Pr. Kabuya Kalala est revenu sur les faits observés qui attestent que le phénomène de dollarisation persiste même lorsque les causes à son origine (hyperinflation, dépréciation monétaire) disparaissent, ou lorsque tout au moins elles sont relativement maîtrisées. L’hystérèse de la dollarisation est une conséquence de l’existence des externalités des services qui se caractérisent par un large espace d’acceptation à l’utilisation de la monnaie étrangère dans la période courante et de l’espoir de la voir aussi largement utilisée dans le futur.
Par ailleurs, il a souligné que la détérioration des tissus de production locale de certains biens de première nécessité et des produits manufacturés a eu pour effet de réduire l’offre d’origine interne et d’orienter l’excès de la demande vers l’extérieur. Les variables structurelles et institutionnelles semblent être plus déterminantes que les variables macroéconomiques dans la justification et la persistance de la dollarisation en RDC. La dollarisation est une manifestation de l’externalisation des fonctions dévolues à la monnaie nationale.
De ce fait, celle-ci devient un bien vide. Son remplissage est tributaire d’une production interne conséquente.
PANEL III STRATEGIE DE LA DEDOLLARISATION
Enfin, Prof. KABUYA KALALA a conclu en relevant que les problèmes monétaires ont longtemps polarisé les débats et accaparé l’attention des décideurs. Leur existence requiert certes des solutions, mais cela doit interpeller à la recherche du vrai remplissage de la monnaie nationale.
Cela exige une croissance de qualité. Une croissance qui soit forte, durable et surtout inclusive (aux plans sectoriel, spatial, social et financier).
- De la dédollarisation de l’économie congolaise : pour une monnaie nationale plus crédible
Docteur Noël TSHIANI a, dans son intervention, suggéré que la dédollarisation est réalisable. Toutefois, elle demande du temps, un engagement politique aussi bien au niveau des autorités monétaires, économiques et politiques et des mesures aussi bien macroéconomiques que microéconomiques. Les politiques doivent privilégier les mesures de marché qui fournissent des incitations pour inverser la substitution monétaire, et des directives qui interdisent l’utilisation de devises étrangères communément appelée dédollarisation forcée.
Il fournit cinq actions à mener pour dédollariser l’économie congolaise et rendre la monnaie nationale plus crédible. En premier lieu, il considère qu’il faut doter le pays d’une vision de développement et maintenir la stabilité macroéconomique. Ensuite, il propose de mettre en œuvre les mesures de dédollarisation basées sur le marché, notamment :
Dans le domaine des politiques monétaires et de change
− La flexibilité du taux de change ;
− La gestion efficiente de la liquidité ;
− La réforme monétaire complète.
Dans le domaine des politiques budgétaires
− La consolidation budgétaire ;
− Une taxation équitable.
Dans le domaine des politiques d’administration de la dette et de développement des marchés financiers
− La gestion de la dette publique ;
− Le développement d’un marché financier domestique ;
− Les alternatives aux actifs en dollar.
Dans le domaine de la régulation prudentielle et financière
− La libéralisation financière avec les réformes du secteur bancaire et de la réglementation de change ;
− La suppression du pouvoir libératoire de la monnaie étrangère ;
− La facilité d’utilisation de la monnaie nationale ;
− Les opérations du gouvernement en monnaie nationale ;
− L’utilisation des ressources de l’aide étrangère en monnaie nationale.
Il faudrait aussi mettre en œuvre des mesures supplémentaires de dédollarisation forcées, sachant que des mesures suivantes ont été contre-productives en RDC :
− Conversion obligatoire des dépôts libellés en monnaies étrangères en monnaie nationale ;
− Suspension de l’accès aux dépôts en devises.
Et comme mesures positives, il retient les recommandations suivantes :
− Période de détention obligatoire des dépôts en monnaies étrangères ;
− Requérir l’usage de la monnaie nationale dans toute transaction domestique et libeller obligatoirement les prix des biens et services en monnaie nationale ;
− Instaurer des régulations contre l’usage des devises étrangères ;
− Plafonnement des taux d’intérêt sur les dépôts en devises.
Il est aussi revenu sur la nécessité de renforcer la crédibilité de la Banque centrale du Congo et de restructurer le système financier notamment, par :
− La mise en application de la loi sur la Banque centrale de 2018 ;
− La recapitalisation de la Banque centrale et celle du système financier ;
PANEL III STRATEGIE DE LA DEDOLLARISATION
− La reconfiguration de la structure organisationnelle de la Banque centrale. Il a aussi indiqué l’importance de lancer et de maintenir en permanence la campagne de sensibilisation en faveur de la monnaie nationale et contre la dollarisation.
Enfin, Il suggère de placer la stratégie de dédollarisation dans le cadre d’une stratégie de développement global du pays. L’économie congolaise est extravertie. Il faut doter le pays d’une stratégie de développement à moyen et long termes (transformation des ressources et diversification), maintenir la stabilité macroéconomique en permanence, régime de taux de change flexible.
- De la dédollarisation de l’économie congolaise : Vue par la Banque mondiale.
Dès l’entame de sa présentation, M. Frederico GIL SANDER de la Banque mondiale a relevé que la dédollarisation en RDC est un objectif valable pour le gouvernement du Congo. Toutefois, à l’instar des intervenants précédents, il faut remplir des préconditions et traiter les racines du problème plutôt que de traiter les symptômes. La dollarisation est un symptôme.
Il cite trois conditions préalables pour une dédollarisation réussie.
− La première est la stabilité et la confiance sur la politique macroéconomique. Un point important à relever est que l’autorité monétaire doit ancrer les anticipations du taux.
Si on anticipe une baisse de l’inflation, les instruments libellés en monnaie locale deviennent plus attractifs. Nous pouvons citer le cas d’Israël, du Mexique et la Pologne qui ont enregistré une appréciation du taux de change réel durant le processus de dédollarisation.
Israël et la Pologne ont utilisé le taux de change comme instrument de politique pour réduire le taux d’inflation. Au Brésil, le taux de change a également été utilisé pour baisser l’inflation et rétablir la confiance dans les instruments dénommés en monnaie locale, ce qui a conduit à une appréciation du taux de change réel.
Il faut souligner que l’appréciation du taux de change réel doit aller de pair avec l’amélioration de la productivité. Une augmentation du taux de change réel dans un contexte de reprise économique comme 2021, peut impacter négativement la croissance.
La réforme doit donc, être mise en place dans un contexte de réformes structurelles qui va augmenter la productivité du pays. L’augmentation de la productivité permettra de faire face à l’augmentation du taux de change réel qui est une précondition nécessaire pour la dédollarisation. La perte de compétitivité des produits congolais sera compensée par l’amélioration de la productivité.
− La seconde précondition porte sur le renforcement de la règlementation du système bancaire pour éviter ce qu’on appelle le Currency mismatch (actif libellé en devise locale et passif en monnaie étrangère).
Il faut améliorer la supervision prudentielle pour s’assurer que le système bancaire pourrait bien s’adapter à un contexte de dédollarisation. Si on précipite la dédollarisation sans prendre en compte les questions de Currency mismatch, on peut créer des problèmes graves pour le système bancaire. Israël et Uruguay ont mis en place des mesures idoines concernant les dépôts en devise pour assurer la viabilité du système financier.
L’amélioration de la régulation prudentielle est aussi un instrument important de développement du système financier et un facteur de développement à moyen et long termes.
− La troisième précondition pour une réussite de dédollarisation est de faire une libéralisation financière basée sur le marché comme mentionné par M. Alcino. Nous avons beaucoup d’instruments qui peuvent permettre de remplacer les instruments financiers libellés en devises, en monnaie nationale.
Par exemple au Brésil, le processus de dédollarisation a commencé par l’émission de nombreux instruments financiers dont la rentabilité est indexée à l’inflation, ou au taux de change mais payable en monnaie nationale. Le développement de ce type d’instrument est important pour le développement du marché financier mais aussi représente une précondition très importante pour la dédollarisation du pays.
Enfin, le séquencement des politiques est très important. La satisfaction des préconditions telles que la stabilité macroéconomique, le taux d’inflation faible pendant de nombreuses années, la disponibilité de certains instruments de marché, sont nécessaire avant la mise en place de mesures plus rigides visant la réduction des dépôts et des dettes en devises.
La dédollarisation est aussi un objectif de moyen terme qui nécessite la résolution de toutes les causes qui sont dans le secteur financier et dans la crédibilité de la politique macroéconomique.
- RECOMMANDATIONS
Les différentes interventions sont revenues sur le fait qu’une stratégie de dédollarisation réussie nécessite du temps et des efforts de macro-stabilisation durables et crédibles.
Quelques actions à mener ont été retenues :
− Rétablir la stabilité du cadre macroéconomique et du taux de change sur le long terme ;
− Assurer une croissance économique soutenue sur le long terme ;
− Mettre en place des mécanismes macroéconomiques permettant au Franc congolais de s’apprécier sur le marché de change et ainsi restaurer sa valeur ;
− Développer les marchés financiers en monnaie locale ;
− Mettre en place des mesures prudentielles garantissant le risque de change des opérations en monnaie nationale ;
− Mettre en œuvre un Plan de stabilisation en vue de rétablir la confiance en la monnaie nationale, avec une adhésion politique et une communication forte pour renforcer la crédibilité.
Outre ces actions, il sied de prendre des mesures au niveau des politiques conjoncturelles, notamment dans la politique monétaire et budgétaire. En ce qui concerne la politique monétaire, il faudrait :
− Maintenir une inflation faible et stable grâce à un cadre de politique monétaire efficace ;
− Renforcer la gouvernance, l’indépendance et la solvabilité de la BCC ;
− Renforcer la supervision du système bancaire ;
− Développer des systèmes de paiement et d’autres infrastructures des marchés financiers en monnaie nationale ;
− Corriger le cadre juridique qui existait afin de mieux clarifier les actions de la Banque Centrale ainsi que des autres Banques.
− Adopter un régime de change flexible, assurer une allocation efficiente des réserves de change, stopper l’utilisation de plusieurs monnaies dans l’économie ;
− Mettre en place des mesures micro et macro prudentielles.
En ce qui concerne la politique budgétaire, il faudrait :
− Éliminer la dominance budgétaire omniprésente : Pacte de stabilité ;
− Intensifier la mobilisation des recettes intérieures pour financer les dépenses sociales ainsi que les infrastructures ;
− Renforcer la planification budgétaire avec une Loi de Finance réaliste ;
− Renforcer la chaîne des dépenses ;
− Renforcer la gestion de la trésorerie et le suivi financier ;
− Rationaliser les dépenses publiques ;
− Promouvoir la perception des impôts en monnaie nationale ;
− Développer les marchés de financement nationaux ;
− Renforcer le soutien des bailleurs de fonds.
Les efforts de macro-stabilisation doivent être soutenus par un programme de réformes à moyen terme plus approfondi, des efforts qui doivent être crédibles, durables et cohérents.
Pour ce faire, il faudrait :
− Procéder à la réforme de la gouvernance pour renforcer les institutions et les marchés intérieurs ;
− Réviser le code minier et le code des investissements afin d’obliger le rapatriement de toutes les devises provenant des exportations, ce qui va conforter les réserves de change du pays ;
− Lutter contre les activités frauduleuses et combattre le terrorisme financier (biens mal-acquis, corruption, détournement) ;
− Mettre fin à la relation incestueuse existante entre la Banque Centrale du Congo et l’Etat congolais afin de restaurer une certaine cohérence entre la politique monétaire et la politique budgétaire en RDC ;
− Mettre en œuvre des mesures de dédollarisation basées sur le marché ainsi que des mesures complémentaires de dédollarisation forcée ;
− Lancer et maintenir en permanence la campagne de sensibilisation pour la monnaie nationale et contre la dollarisation ;
− Appliquer la Loi sur la Banque Centrale (datant de 2018) ;
− Procéder à la recapitalisation de la Banque Centrale et du système financier ainsi qu’à celle des institutions financières ;
− Procéder à la reconfiguration de la structure organisationnelle de la Banque Centrale du Congo ;
− Mettre en œuvre des politiques structurelles favorisant l’augmentation de la productivité ;
− Et par-dessus tout savoir que la dédollarisation ne peut se faire en moins de 10 ans, il faut dès lors avoir de la patience.
- AVIS ET CONSIDERATIONS
Cette conférence marque la volonté de la plus Haute Hiérarchie du pays à sortir l’économie congolaise de la dollarisation dans laquelle elle est plongée depuis des décennies en vue de redonner à la Banque centrale le pouvoir de contrôle sur la politique monétaire et contribuer à l’efficacité des politiques macroéconomiques mises en œuvre.
En vue de s’assurer de la bonne poursuite des actions et mesures proposées en vue de dédollariser notre économie, il importe de proposer une feuille de route permettant leur implémentation.
Pour ce faire, une commission mixte devra être mise en place dans un bref délai.
Les organisateurs
- Marcellin BILOMBA MBALE (Conseiller Principal ECOFIN)
Les organisateurs Marcellin BILOMBA, est Licencié (Master) en Sciences Economiques – option Econométrie de l’Université de Genève en Suisse en 1988. Il a plus de 30 ans d’expérience avérée sur les plans stratégiques, managériales et techniques aussi bien dans le secteur public que privé.
Avec une expérience de haut niveau, il est actuellement Conseiller principal en Économie et Finances du chef de l’Etat et comme Directeur de cabinet du Président du Parti Politique UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social).
- Promoteur de Geneva Business Institute, il a dirigé les diplômes de MBA (Master Business Administration) orientée principalement vers les étudiants étrangers dans le domaine de la stratégie d’entreprise et de management.
- Membre du Comité de Po monétaire de la BCC de Mars à ce jour.
- Membre du Comité Permanent de Cadrage Macro-économique du Ministre du Plan (Mars 2019 -) ;
- Membre du Comité exécutif National de l’initiative de transparence des industries extractives (Mars 2019 -) ;
- Membre de la Troïka technique au Ministère de Finances ;
- Membre du Comité national de Suivi de la paie des fonctionnaires de l’Etat (Mars 2019-) ;
- Membre du Comité de suivi des structures de prix du pétrole en RDC.
- Albert ZEUFACK
Il est depuis mai 2016, l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Afrique. Avant d’être nommé à ce poste, il était directeur au pôle mondial d’expertise en macroéconomie et finances publiques et chef de fi le d’une communauté d’experts de la Banque mondiale sur les économies de rente. Son domaine principal de recherches porte sur les fondements microéconomiques de la macroéconomie.
Il est rentré à la Banque mondiale dans le cadre du programme de recrutement de « jeunes professionnels » en 1997 et a commencé sa carrière comme chercheur au sein de la Division macroéconomie et croissance du Département de la recherche. Il a ensuite occupé différents postes au sein des Régions Afrique, Asie de l’Est et le Pacifique, et Europe et Asie Centrale.
Entre 2008 et 2012, il s’est mis en disponibilité, pour travailler dans le fonds souverain malaisien, Khazanah Nasional Berhad, en tant qu’économiste en chef et directeur de la recherche et de la stratégie.
De nationalité camerounaise, Albert Zeufack est titulaire d’un doctorat en sciences économiques du CERDI-Université de Clermont-Ferrand (France) où il a enseigné avant de rejoindre la Banque mondiale. Il est également titulaire d’un DEA en analyse et politiques économiques de l’Université de Yaoundé (Cameroun) et a suivi des enseignements professionnels à Harvard et Stanford.
Il est membre du réseau de l’ONU pour le développement durable, membre du Comité technique consultatif pour la Charte des ressources naturelles (Oxford), membre du Conseil consultatif de l’Institut pour la gouvernance des ressources naturelles (NRGI) et membre du Conseil d’administration du Consortium pour la recherche économique en Afrique (AERC).
