Le prof d’anglais
Mercredi 6 décembre 2023. Après la traversée d’une voie couverte de sable, mon équipe a atteint finalement la rive gauche du Kwilu. C’est la rencontre entre Inzia qui vient du Sud et le Kwilu qui débarque de l’Est. Une belle vue sur Bagata et une nature luxuriante. Je me dis en moi même : Le Bon Dieu a été généreux avec nous. Ce paradis nommé Congo est donc à nous.
Le bac tarde à venir. Un jeune-homme respectueux me cède sa chaise. En face de moi est assis un homme dont je ne sais imaginer l’âge. Il s’exclame en Anglais:
– Jesus is the light
J’ai pas bien saisi, j’ai cru entendre Jesus is a liar, ce qui veut dire Jésus est un menteur.
Je suis intrigué et je lui demande de répéter. L’équivoque est levée. Évidemment Jésus est la Lumière par excellence.
Le reste de la conversation est en Anglais. Je suis impressionné par sa bonne diction de la langue de Shakespeare. Curieux, je veux en savoir un peu plus sur lui.
Mon interlocuteur est professeur d’anglais dans une école publique de Kikwit. Il est détenteur d’un diplôme de licence dans une langue qui ne lui est plus étrangère. Cela fait quatre ans qu’il est engagé comme enseignant, seulement voilà, il n’a vu l’ombre d’un salaire depuis. Toutes les démarches ont été vaines. Découragé, démoralisé, Il a le regard tourné vers le prochain gouvernement qui sera issu des élections… J’ai envie de lui demander de ne trop espérer car on a vu des gouvernements se succéder dans ce pays. Finalement je me tais.
Ce père de famille est complètement délavé. Son regard est devenu hagard au fil du temps. Le Bon Dieu lui avait accordé 2 enfants mais il en a perdu un. Visage marqué par une vie intenable, il passe son temps à se débrouiller. Prêt à tout pour survivre, il revient du Mai-Ndombe où il est allé chercher du poisson à revendra à Kikwit, trop cher face à sa maigre bourse. Il retourne bredouille. Il est même incapable de se payer une moto pour se rendre à Kikwit.
Gabriel Kwambamba
Sur le bord du Kwilu