Quand l’Oncle Sam dicte le tempo du monde. Une petite phrase, un large sourire, et un coup de force diplomatique résumé en quatre mots. En lançant un provocateur « C’est moi le patron » à ses homologues du G7 réunis à Évian, Donald Trump n’a pas seulement cherché à amuser la galerie. Il a brutalement rappelé la réalité géopolitique de ce sommet : l’Amérique dirige, le reste du monde s’adapte.
Ce sommet de trois jours devait être le théâtre d’une gouvernance collective pour une « croissance inclusive » et une régulation partagée des risques de l’intelligence artificielle. Pourtant, l’ombre du géant américain a tout écrasé. Qu’il s’agisse de l’accord de Washington pour clore le conflit avec l’Iran ou des pressions exercées sur Moscou pour négocier la paix en Ukraine, les dossiers cruciaux portent tous la marque unilatérale de la Maison-Blanche.
Face à cette omniprésence, les rires polis des dirigeants occidentaux résonnent presque comme un aveu d’impuissance. Entre l’affirmation de façade de la souveraineté européenne et la dépendance réelle envers le leadership américain, la frontière reste mince. Le dîner prévu au château de Versailles entre les présidents français et américain illustre parfaitement cette dynamique : un décorum royal pour acter une domination bien réelle.
‘‘L’insolence’’ calculée de Trump met en lumière le grand défi de notre époque. Le multilatéralisme est-il devenu une illusion où les alliés ne sont plus que des figurants ? Derrière la boutade, le message de l’administration américaine est limpide : à la table du monde, le menu est dicté par Washington, et les autres dirigeants sont priés de suivre le rythme. Il faut dire que derrière les sourires de façade, la grimace collective des autres dirigeants trahit une profonde irritation face à cette hégémonie décomplexée.
Pour le Canada et l’Europe, ce sommet devait incarner le multilatéralisme et une ‘‘croissance inclusive’’. Au lieu de cela, l’attitude de Washington a relégué ses alliés historiques au rang de spectateurs.
Le Japon et l’Allemagne, traditionnellement prudents, affichent une inquiétude grandissante face à ce leadership imprévisible qui dicte l’agenda mondial.
Quant à la France, hôte de l’événement, elle a tenté de sauver les apparences. Le dîner au château de Versailles s’apparente plus à une tentative de canaliser l’ambition américaine qu’à un dialogue entre égaux.
La Pros.