La crise multidimensionnelle que traverse la République démocratique du Congo ne relève plus d’une simple alternance politique ni d’un épisode sécuritaire isolé. Elle s’est installée comme un système : crise politique, crise sécuritaire et crise institutionnelle se répondent et s’alimentent mutuellement, au point de paralyser les dynamiques de développement et d’ouvrir un boulevard à la défiance. Dans ce contexte tendu, le message porté, lundi 6 juillet à Bujumbura, par la coalition de l’opposition congolaise C64, mérite l’attention de tous : la tenue d’un dialogue national inclusif s’impose comme la voie prioritaire pour sortir du chaos. Ce plaidoyer pour des assises larges s’inscrit dans une logique de respect de l’ordre constitutionnel. Autrement dit, l’objectif n’est pas de “réécrire” le pays au gré des rapports de force, mais de rassembler les forces politiques majeures autour de principes partagés : désescalade, stabilisation institutionnelle et trajectoire de développement. Les consultations séparées menées par le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, avec la C64 puis avec les leaders religieux, traduisent également une volonté de bâtir une sortie de crise sur un consensus minimal : celui qui permet d’ouvrir une négociation crédible, encadrée et porteuse. Là où ce processus devient décisif, c’est dans l’affirmation rapportée par Franklin Tshiamala selon laquelle “tout le monde convient” de la nécessité du dialogue inclusif. Une telle convergence, si elle se confirme et s’opérationnalise, pourrait briser le cycle tragique de la confrontation : chacun restant enfermé dans son récit, faute d’espace de confrontation pacifique. Le dialogue, dans cette perspective, n’est pas seulement un moyen de parler ; il est un instrument de désamorçage politique et sécuritaire. Cependant, l’enthousiasme ne doit pas masquer une exigence centrale rappelée par les leaders religieux. L’appel de la Plateforme des confessions religieuses et des Églises du Réveil en RDC unité, cohésion nationale, ouverture et surtout respect des institutions sonne comme un garde-fou. La stabilité de l’État ne se négocie pas : elle se reconstruit. Les “autres détails”, comme le souligne l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia, doivent venir après la sauvegarde du cadre institutionnel. En clair, le dialogue doit produire des orientations, mais sans fragiliser davantage l’autorité publique ni encourager la confusion. C’est probablement la raison pour laquelle la présidence burundaise souligne la qualité des échanges et l’engagement ferme des participants en faveur de la paix, de la stabilité et de la sécurité, en RDC comme dans toute la région des Grands Lacs. Le Congo n’est pas une île politique : ses crises débordent et reçoivent des effets en cascade. À présent, le défi est immense : transformer la volonté en calendrier, le consensus en mécanismes, et les intentions en résultats concrets. Le dialogue national inclusif ne doit pas être un simple rendez-vous médiatique. Il doit devenir un pacte de sortie de crise, où chaque acteur retrouve une place et où la République reprend la maîtrise de son destin.
La Pros.