Intervenant dans l’émission spéciale Afrique Midi sur RFI, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a défendu l’accord récemment signé entre la République Démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis. Il présente cet accord comme un partenariat stratégique global destiné à préserver la souveraineté congolaise, promouvoir la transformation locale des ressources et encourager la diversification économique.
Lors d’une apparition médiatique suivie et destinée à expliquer les enjeux d’un accord bilatéral qui suscite déjà débats et interrogations, Daniel Mukoko Samba a tenu à replacer le texte signé avec les États Unis dans une perspective large. Selon le Vice-Premier Ministre, l’accord ne se limite pas au seul secteur minier mais constitue « un partenariat stratégique global » visant à renforcer les capacités économiques de la RDC tout en respectant sa souveraineté et son cadre légal.
Sur l’antenne de RFI, l’autorité économique congolaise a rappelé plusieurs axes que doit couvrir ce partenariat :
Premièrement, il s’agit, a-t-il expliqué, de garantir le respect du droit et des règles nationales : la souveraineté de l’État congolais et le cadre légal congolais doivent être préservés dans toutes les clauses et mises en œuvre. Cette précision entend répondre aux inquiétudes d’acteurs nationaux et d’observateurs internationaux qui redoutent une perte de contrôle sur les ressources stratégiques du pays.
Deuxième objectif avancé par Daniel Mukoko Samba : la promotion de la transformation locale des ressources. La RDC, dont le sous-sol est riche en minerais indispensables aux chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment pour les technologies vertes et l’industrie électronique, cherche à capter une plus grande part de la valeur ajoutée. L’accord avec les États-Unis, a-t-il souligné, vise à encourager les capacités industrielles locales et l’industrialisation pour que le pays n’exporte plus uniquement des matières premières, mais aussi des produits à plus forte valeur ajoutée.
Troisième volet : la diversification économique et la création de valeur. Pour le Gouvernement congolais, sortir de la dépendance aux seules recettes minières passe par une stratégie qui associe développement des infrastructures, insertion de la main-d’œuvre locale dans les chaînes de production et transfert de compétences. Le partenariat avec les États-Unis, présenté comme un instrument au service de cette logique, inclurait selon Kinshasa des mesures de coopération technique, d’appui aux petites et moyennes entreprises et de renforcement des capacités institutionnelles.
Sans éluder les critiques, le Vice-Premier Ministre a tenté de rassurer : «Nous agissons dans le cadre du respect de notre législation et de la sauvegarde de notre souveraineté », a-t-il affirmé (citation paraphrasée). Il a également insisté sur la nécessité d’un contrôle rigoureux et d’un suivi transparent des engagements, afin que les bénéfices attendus (emplois, transferts de technologie, recettes publiques) soient effectivement réalisés.
Réactions et enjeux
L’annonce intervient dans un contexte où la gestion des contrats miniers en RDC est scrutée par la société civile, les acteurs politiques et la communauté internationale. Les ONG de défense de la transparence et certains partis d’opposition appellent régulièrement à une plus grande transparence dans la signature et l’exécution des contrats, craignant des clauses potentiellement défavorables au pays. De leur côté, les opérateurs économiques et partenaires internationaux estiment que des partenariats stables et bien encadrés sont indispensables pour attirer les investissements nécessaires à l’exploitation responsable des ressources.
L’accord avec les États-Unis arrive aussi à un moment où les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment pour les métaux critiques, cherchent à diversifier leurs sources et à sécuriser les approvisionnements. Pour Washington, renforcer les partenariats avec des pays producteurs comme la RDC s’inscrit dans une logique stratégique visant à diminuer la dépendance à des fournisseurs alternatifs et à soutenir la transition énergétique. Pour Kinshasa, il s’agit de tirer parti de cette conjoncture pour accélérer son développement industriel.
Ce qui reste à préciser
Plusieurs questions pratiques demeurent : quelles garanties précises en matière de transferts de technologie, quelles clauses de contentieux et d’arbitrage, quels mécanismes de contrôle et d’évaluation indépendants, et enfin quelles dispositions pour assurer une meilleure répartition des retombées sur les populations locales touchées par l’exploitation minière ? Les réponses à ces questions seront déterminantes pour juger de la portée réelle de l’accord.
Conclusion
En présentant l’accord comme un « partenariat stratégique global », le Gouvernement congolais cherche à rassurer les sceptiques et à inscrire cette coopération dans une logique de souveraineté, d’industrialisation et de création de valeur. Restent à suivre la publication des textes complets, la transparence de leur mise en œuvre et les impacts concrets sur le terrain — autant de critères qui permettront d’évaluer si la RDC parviendra effectivement à tirer un avantage durable de ce rapprochement avec les États-Unis.
La Pros.
