(Par le Professeur Florent Gabati)
La stabilité de notre pays repose d’abord sur le respect des institutions, de la Loi fondamentale, de la compétence et de l’intégrité de nos dirigeants qui doivent servir le peuple et non vampiriser l’Etat. C’est pourquoi, une alternance politique sans dirigeants politiques attachés aux valeurs de la société augmente fortement les risques de rupture institutionnelle et sociale à court terme. Si dans certains pays africains comme le Sénégal, le Botswana, la Namibie, l’Ile Maurice, le Ghana l’alternance politique est un fait acquis, ailleurs, en Afrique, les difficultés de concrétisation de l’alternance politique se justifient par un manque de culture et maturité politiques, par la personnalisation du pouvoir, la manipulation des règles électorales. Malheureusement, ce que l’on observe aujourd’hui en RDC illustre la fragilité sans pareille de l’Etat. Quand l’alternance politique dépasse le simple changement des personnes au pouvoir, il faut transformer en profondeur les règles, les institutions et la culture démocratique du pays. Remplacer un président par un autre sans changer de logiciel, de méthode de gouverner ne transforme pas la société. Ce sont les principes éthiques et politiques qui doivent guider les actions concrètes des nouveaux acteurs (cfr. mon livre publié aux éditions Epo d’Anvers : Zaïre, l’alternance par une nouvelle génération politique).
Ce que nous observons en RDC, le pouvoir renforce différents stratagèmes pour conserver le contrôle des richesses en tentant un coup de force constitutionnel. Cela risque d’entraîner inéluctablement des conséquences graves : l’aggravation de la pauvreté, l’enrichissement illicite par une élite au pouvoir au lieu d’améliorer les conditions de vie des congolais. Aujourd’hui le pouvoir congolais amalgame deux situations : celle de la guerre en Ukraine et celle des conflits armés en RDC pour ne pas organiser les élections en 2028. En Mai 2026, Félix Tshisekedi a conditionné la tenue des scrutins à la fin de la guerre dans l’Est du pays, en prenant l’exemple de l’Ukraine où les élections ont été suspendues à cause de l’invasion russe. Cette comparaison est bancale et ne reflète pas la vraie géopolitique derrière cette guerre : ce type d’analyse oublie les causes profondes de la guerre en Ukraine et celle à l’Est de la RDC. Il montre une fausse vision ou incomplète de la situation. Invoquer qu’il est impossible de garantir un scrutin libre et sécurisé en RDC en 2028, cet argument ne tient qu’à un fil. En RDC, l’élection présidentielle et les législatives ont bel et bien été organisées en décembre 2023 malgré les conflits persistants dans l’Est du pays. L’idée d’un report éventuel doit susciter de vives polémiques. Ce qu’il faut surtout relever hic et nunc, c’est LA NATURE DU CONFLIT : elle est profondément différente. L’Ukraine fait face à une guerre interétatique totale avec une ligne de front fixe de plus de 1200 km, des bombardements quotidiens sur l’ensemble du territoire et près de 20% de son sol est occupé. En RDC, les conflits armés dans l’Est sont chroniques, marqués par des rébellions et des violences récurrentes localisées, mais le pays a déjà montré sa capacité technique à tenir des élections globales en temps de crise. Assimiler la situation de la RDC à celle de l’Ukraine sert d’argument politique pour anticiper un report d’échéances électorales alors que LA REALITE OPERATIONNELLE ET LE NIVEAU DE CONFRONTATION MILITAIRE ne sont pas comparables.
Au demeurant, seule la mobilisation, la pression restent indispensables pour exiger le respect du calendrier électoral et empêcher un report des scrutins. Il est crucial d’associer davantage la société civile et la communauté internationale pour garantir la tenue du vote en décembre 2028.
