

Dans une capitale où la pression démographique, l’extension urbaine et l’occupation parfois désordonnée de l’espace compliquent la réalisation des grandes infrastructures, le Gouvernement entend désormais faire de la maîtrise foncière un préalable à la transformation de Kinshasa. C’est dans cette logique que le ministre de l’Aménagement du territoire, Dr Jean-Lucien Bussa, a pris un arrêté destiné à protéger les emprises affectées au projet des rocades Sud-Est et Sud-Ouest. Une mesure à forte portée stratégique qui vise à prémunir ces espaces contre les occupations susceptibles de compromettre l’exécution de ce vaste projet infrastructurel et, au-delà, à traduire dans l’espace la vision de modernisation portée par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
A Kinshasa, construire l’avenir suppose désormais de protéger l’espace sur lequel il doit prendre forme. À mesure que la capitale congolaise s’étend, la question de la maîtrise du sol devient, en effet, indissociable de celle des infrastructures appelées à accompagner son développement.
C’est précisément sur ce terrain que le ministère de l’Aménagement du territoire entend agir en amont. En prenant un arrêté instituant un mécanisme de protection des emprises destinées aux rocades Sud-Est et Sud-Ouest, le Dr Jean-Lucien Bussa inscrit l’action de son ministère dans une approche fondée sur l’anticipation : préserver aujourd’hui les espaces stratégiques afin de garantir demain l’exécution des ouvrages programmés.
La démarche dépasse ainsi la seule dimension foncière. Elle touche à la capacité même de l’État à planifier son territoire, à préserver ses réserves stratégiques et à assurer la cohérence entre les choix d’aménagement et les investissements publics.
Sécuriser l’espace avant de bâtir
Le développement des infrastructures routières dans une mégapole comme Kinshasa ne dépend pas uniquement de la mobilisation des financements ou de la performance technique des entreprises chargées des travaux. Il suppose également que les emprises nécessaires aux ouvrages soient identifiées, préservées et maintenues à l’abri des occupations incompatibles avec leur destination.
C’est tout le sens de l’initiative portée par le ministre Jean-Lucien Bussa.
L’arrêté pris par le ministère vise à instaurer un dispositif de protection et de veille sur les espaces affectés au projet des rocades. L’objectif est clair : empêcher que des lotissements, constructions, occupations ou autres formes d’appropriation du sol ne viennent créer, à terme, des obstacles à la réalisation des infrastructures projetées.
Dans un environnement urbain soumis à une forte pression foncière, cette disposition revêt une importance particulière. L’occupation progressive d’une emprise publique peut transformer un projet techniquement réalisable en un dossier complexe, marqué par des contentieux, des opérations de déguerpissement, des procédures d’indemnisation ou encore des retards susceptibles d’alourdir considérablement la facture supportée par l’État.
Le choix du ministère consiste donc à inverser cette logique : ne plus attendre que l’occupation anarchique devienne un problème pour intervenir, mais agir en amont pour préserver l’intégrité des espaces concernés.
Il s’agit, en d’autres termes, de faire de la sécurité spatiale une composante à part entière de la politique infrastructurelle.
Les rocades, une réponse structurelle à l’asphyxie de Kinshasa
Derrière la protection juridique des emprises se trouve un projet aux implications considérables pour l’avenir de la capitale : les rocades Sud-Est et Sud-Ouest.
Avec une population en croissance continue et une urbanisation qui s’est largement étendue au-delà des anciens centres de concentration, Kinshasa fait face à une pression croissante sur son réseau routier. Les déplacements entre différentes parties de la ville demeurent fortement tributaires de quelques grands axes, avec pour conséquence des embouteillages récurrents, un allongement des temps de parcours et des répercussions directes sur l’activité économique.
Les rocades ambitionnent d’apporter une réponse structurelle à cette situation.
Pensées comme des voies de contournement, elles doivent permettre de créer de nouvelles possibilités de circulation autour de la capitale, de mieux répartir les flux et de réduire la pression exercée sur certaines artères traditionnelles.
L’enjeu est également économique. Une mobilité urbaine plus fluide signifie des temps de déplacement réduits pour les personnes et les marchandises, une meilleure connexion entre différents bassins d’activités et, potentiellement, l’émergence de nouveaux pôles économiques dans les zones desservies.
La route cesse alors d’être considérée uniquement comme un ouvrage de génie civil. Elle devient un instrument d’organisation du territoire.
C’est précisément à ce niveau que l’Aménagement du territoire intervient : anticiper les effets des infrastructures sur l’occupation de l’espace et veiller à ce que leur implantation s’inscrive dans une vision globale du développement de la capitale.
De l’infrastructure à la planification territoriale
La décision de Jean-Lucien Bussa intervient dans un contexte plus large de réaffirmation de la planification territoriale comme instrument de développement.
La problématique est connue. Pendant plusieurs décennies, l’expansion de nombreuses villes congolaises s’est opérée plus rapidement que la capacité publique à organiser l’occupation de l’espace. Kinshasa en constitue l’illustration la plus spectaculaire.
De nouveaux quartiers ont émergé, les zones d’habitation se sont étendues et les besoins en mobilité, en équipements collectifs et en infrastructures ont considérablement augmenté. Cette dynamique impose aujourd’hui de réconcilier deux temporalités : celle, rapide, de la croissance urbaine et celle, nécessairement prospective, de la planification publique.
L’approche défendue par le ministère de l’Aménagement du territoire consiste dès lors à replacer la maîtrise de l’espace au commencement de la chaîne de développement.
Avant la route, il faut l’emprise. Avant l’investissement, il faut la planification. Avant l’urbanisation, il faut une destination claire du sol.
La protection des corridors réservés aux rocades s’inscrit dans cette doctrine.
Elle traduit également une évolution dans la conception du rôle de l’Aménagement du territoire. Celui-ci ne se limite plus à constater l’évolution de l’espace national : il est appelé à l’orienter, à l’organiser et à anticiper les besoins futurs de la population.
Jean-Lucien Bussa dans la matérialisation du Pilier 3
Cette orientation trouve son prolongement dans le cadre de l’action gouvernementale, notamment à travers le Pilier 3 consacré à l’aménagement du territoire, aux infrastructures et à la reconstruction.
Pour le ministère de l’Aménagement du territoire, l’enjeu consiste à traduire cette orientation programmatique en mécanismes opérationnels.
L’arrêté relatif aux emprises des rocades en constitue une déclinaison concrète. Il établit un lien direct entre la planification territoriale et l’exécution des grands projets structurants voulus par les pouvoirs publics.
À travers cette initiative, Jean-Lucien Bussa entend ainsi positionner son ministère en amont des investissements infrastructurels. Car l’efficacité d’une politique de reconstruction ne se mesure pas seulement au nombre de kilomètres de routes réalisés ; elle dépend aussi de la capacité de l’État à prévoir où ces infrastructures seront implantées, à sécuriser les espaces nécessaires et à organiser les transformations territoriales qu’elles entraîneront.
Cette démarche participe à la matérialisation de la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui place la reconstruction des infrastructures et l’amélioration du cadre de vie parmi les leviers de transformation du pays.
Elle implique également une coordination étroite entre les différents secteurs concernés par le développement urbain : Aménagement du territoire, Urbanisme et Habitat, Affaires foncières, Infrastructures et Travaux publics, Environnement ainsi que les autorités provinciales et locales.
La modernisation de Kinshasa ne peut, en effet, être envisagée à travers une juxtaposition d’interventions sectorielles. Elle exige une cohérence d’ensemble dans laquelle la route, l’habitat, l’environnement, les activités économiques et l’affectation du sol répondent à une même logique spatiale.
Restaurer l’autorité de la planification
Au-delà du projet des rocades, l’arrêté porte ainsi une ambition institutionnelle : rétablir la primauté de la planification sur l’occupation spontanée de l’espace.
Cette orientation apparaît d’autant plus déterminante que la valeur foncière peut connaître une progression rapide autour des grandes infrastructures. L’annonce ou le lancement d’un projet routier peut susciter de nouvelles occupations et accroître la pression sur les terrains situés à proximité du tracé.
La protection préventive des emprises permet donc à l’État de conserver la maîtrise de son projet et d’éviter que la spéculation foncière ne précède l’aménagement public.
A travers son arrêté, Jean-Lucien Bussa pose ainsi un principe de gouvernance : les investissements structurants doivent être accompagnés d’instruments juridiques capables d’en garantir la faisabilité et la pérennité.
Le droit devient, dans cette perspective, le premier ouvrage du chantier.
Avant que les engins n’ouvrent les voies, l’État délimite, protège et sécurise l’espace appelé à les accueillir.
Préserver aujourd’hui le Kinshasa de demain
Le défi est désormais celui de l’application effective de cette mesure sur le terrain. La protection juridique des emprises devra s’accompagner d’une surveillance administrative rigoureuse, d’une coordination entre les services compétents et d’un suivi permettant d’empêcher toute nouvelle occupation incompatible avec la destination des espaces concernés.
C’est à cette condition que la mesure prise par le ministre de l’Aménagement du territoire pourra produire pleinement ses effets.
Pour Jean-Lucien Bussa, la sécurisation des rocades dépasse donc le périmètre d’un simple arrêté ministériel. Elle participe d’une conception plus large de l’action publique : celle d’un État qui anticipe les transformations de son territoire plutôt que de les subir.
Dans une capitale confrontée simultanément à la croissance démographique, à la congestion routière, à l’expansion urbaine et à la pression foncière, cette capacité d’anticipation constitue un enjeu majeur.
Les rocades Sud-Est et Sud-Ouest représentent, à cet égard, bien davantage que de nouvelles routes. Elles dessinent de nouvelles possibilités de circulation, mais également de nouvelles dynamiques d’urbanisation et de développement.
En érigeant autour de leurs emprises un bouclier juridique, le ministère de l’Aménagement du territoire entend préserver les conditions nécessaires à leur réalisation.
Une manière, pour le Dr Jean-Lucien Bussa, de rappeler une évidence appelée à devenir un principe de gouvernance : pour construire durablement la ville de demain, l’Etat doit d’abord protéger l’espace où elle prendra forme.
John Ngoyi
