Dans une longue correspondance de treize pages adressée notamment au Président de la République, au président intérimaire de l’UDPS, aux institutions judiciaires, aux organisations internationales ainsi qu’à la presse, François Lusanga Ngiele, membre du groupe des treize parlementaires à l’origine de la création de l’UDPS, dresse un réquisitoire sévère contre l’évolution du parti. Se présentant comme porte-parole des fondateurs encore en vie, il dénonce ce qu’il considère comme une confiscation de l’héritage politique de l’UDPS, appelle à une intervention de la justice pour restaurer les droits des fondateurs et sollicite l’appui d’organisations internationales afin d’engager des actions judiciaires.
Un plaidoyer présenté au nom des fondateurs historiques
François Lusanga Ngiele affirme intervenir en qualité de membre du groupe des treize parlementaires qui avaient initié, selon lui, la création de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) le 15 février 1982. Dans sa lettre, il rappelle également avoir participé à l’élaboration de la célèbre lettre ouverte adressée au Maréchal Mobutu en faveur de la démocratisation du pays, document qu’il présente comme un acte fondateur de l’engagement politique des initiateurs de l’UDPS.
L’auteur explique avoir décidé de rendre publique sa démarche en raison de ce qu’il qualifie de violations répétées des textes régissant le parti et du non-respect des objectifs ayant présidé à sa création. Il estime que les idéaux défendus par les fondateurs se seraient progressivement éloignés de la réalité actuelle de l’organisation politique.
Une lecture critique de l’histoire du parti
L’un des principaux développements de cette correspondance concerne les événements du 22 mars 1996. François Lusanga Ngiele soutient qu’à cette date, Étienne Tshisekedi aurait signé une décision d’exclusion visant plusieurs fondateurs de l’UDPS en dehors, selon lui, des organes compétents du parti. Il attribue cette décision à l’influence de groupes de réflexion qui auraient gravité autour du défunt leader historique.
L’auteur développe une lecture personnelle des rapports qu’entretenait alors Étienne Tshisekedi avec plusieurs figures politiques de l’époque et conteste le récit traditionnel présentant celui-ci comme l’unique incarnation de l’opposition zaïroise. Ces passages constituent l’un des aspects les plus sensibles du document puisqu’ils remettent en question une partie de l’histoire généralement admise du parti.
Des critiques contre la gouvernance actuelle
Au-delà du rappel historique, François Lusanga Ngiele consacre plusieurs pages à un diagnostic très critique de la situation actuelle de l’UDPS.
Selon lui, les fondateurs et leurs familles auraient été progressivement marginalisés depuis près de trois décennies. Il évoque des conditions de vie précaires pour plusieurs veuves de fondateurs ainsi que pour leurs enfants, qu’il décrit comme oubliés alors que d’autres auraient bénéficié des fruits du combat politique mené depuis les années 1980.
Le document dénonce également, entre autres :
* ce que son auteur qualifie de clientélisme ;
* le tribalisme et le clanisme ;
* la corruption et les détournements présumés des ressources publiques ;
* le recours à la violence politique ;
* l’existence de différentes ailes utilisant la dénomination UDPS, que les fondateurs considèrent comme contraire aux textes légaux régissant les partis politiques.
François Lusanga Ngiele estime que cette évolution aurait profondément terni l’image du parti, au point que certains anciens militants hésiteraient désormais à s’en revendiquer publiquement.
Un appel adressé au Chef de l’État
La correspondance interpelle également le Président Félix Tshisekedi.
Tout en rappelant que celui-ci est, selon l’auteur, fils du fondateur historique et cofondateur du parti, François Lusanga Ngiele regrette ce qu’il présente comme un manque d’implication du Chef de l’État face aux divisions internes de l’UDPS. Il affirme notamment que plusieurs correspondances adressées au Président seraient restées sans réponse et évoque des échanges intervenus lors d’une rencontre avec ce dernier.
Le signataire attribue par ailleurs une partie des difficultés actuelles à l’entourage présidentiel, qu’il accuse d’exercer une influence préjudiciable sur la gestion du parti comme sur celle des affaires publiques. Ces appréciations relèvent exclusivement de la position exprimée par l’auteur dans son document.
Les fondateurs sollicitent l’intervention de la justice
Une part importante de la lettre est consacrée aux revendications des fondateurs encore en vie.
François Lusanga Ngiele demande à la justice congolaise de se saisir de la question des différentes structures utilisant aujourd’hui la dénomination UDPS. Selon lui, seule l’organisation fondée le 15 février 1982 disposerait de la légitimité historique et juridique nécessaire.
Il plaide également pour l’ouverture de procédures judiciaires visant, selon ses termes, à permettre la récupération du parti par ses fondateurs ainsi que l’obtention de réparations en faveur de ces derniers après plusieurs décennies de préjudices qu’il estime avoir subis.
Un message de pardon au peuple congolais
Dans un passage particulièrement symbolique, François Lusanga Ngiele affirme parler au nom des fondateurs disparus pour demander pardon au peuple congolais.
Il soutient que les idéaux ayant présidé à la création de l’UDPS n’étaient ni le détournement des deniers publics, ni la corruption, ni la violence politique. Selon lui, les sacrifices consentis par les fondateurs visaient exclusivement l’instauration d’un État démocratique et respectueux des droits des citoyens.
Un appel à la communauté internationale
Estimant que les recours internes seraient insuffisants, François Lusanga Ngiele lance enfin un appel aux organisations internationales.
Il sollicite une assistance destinée notamment à soutenir les veuves et les familles des fondateurs, à financer les actions judiciaires envisagées pour récupérer le parti et à attirer l’attention de la communauté internationale sur ce qu’il considère comme la situation dramatique des anciens dirigeants historiques de l’UDPS.
