L’histoire politique de la République Démocratique du Congo s’écrit trop souvent au rythme saccadé des ultimatums lancés et des respirations nationales suspendues. En officialisant aujourd’hui le report stratégique de ses manifestations de rue, la coalition d’opposition C64 vient d’offrir au pouvoir exécutif de Kinshasa une trêve éminemment fragile. C’est un sursis politique inattendu, dicté avec force par la voix respectée de la sagesse ecclésiastique. Pourtant, ce geste ostensiblement tourné « vers l’apaisement » ne doit tromper personne dans la capitale. Ce n’est en aucun cas un chèque en blanc accordé au président Félix Tshisekedi, mais un choix tactique mûrement réfléchi qui place désormais la présidence de la République face à ses responsabilités historiques avant l’échéance fatidique fixée au 15 août prochain. La méfiance envers le régime en place reste le fil conducteur majeur de cette crise politique globale. Dans les couloirs de l’opposition congolaise, le mot d’ordre actuel demeure d’une clarté limpide : confiance zéro et vigilance absolue de tous les instants. L’implication directe de la CENCO et de l’ECC en tant que médiateurs impartiaux démontre que l’Église demeure l’ultime rempart moral d’une nation profondément fatiguée par les promesses sans lendemain. En exigeant sans fléchir que ces deux institutions religieuses majeures pilotent l’organisation de ce dialogue national, l’opposition cherche à sanctuariser les futures discussions pour éviter avec force qu’elles ne soient vidées de leur substance démocratique par les calculs du pouvoir en place à Kinshasa. Le tableau sombre brossé par les leaders de la plateforme C64 est implacable et reflète la douloureuse réalité quotidienne du peuple congolais. ‘‘Agression extérieure permanente, insécurité chronique dans les provinces de l’Est, crise systémique de gouvernance, marasme économique et détresse sociale généralisée : les maux structurels du pays sont profonds et ne peuvent plus être masqués par des discours officiels lénifiants’’. Ce dialogue national exigé n’est pas une simple formalité protocolaire, mais une nécessité vitale pour disséquer les causes de la faillite multidimensionnelle actuelle. Le compte à rebours impitoyable est désormais lancé. En fixant une date limite stricte au 15 août, l’opposition accule politiquement Félix Tshisekedi. Le choix laissé au chef de l’État est binaire : initier une concertation nationale sincère ou assumer seul la responsabilité d’une déflagration sociale majeure. Si le pouvoir choisit le mutisme ou les manœuvres dilatoires habituelles, la rue congolaise reprendra immédiatement tous ses droits souverains. La mobilisation citoyenne pacifique reste en alerte maximale, prête à être réactivée pour défendre l’ordre constitutionnel menacé et sauver l’avenir immédiat de la nation entière. Le régime actuel doit s’abstenir de toute provocation. La ligne rouge infranchissable est tracée par les forces de l’opposition : la patrimonialisation ou la promulgation de la loi référendaire votée en juin. Modifier la loi fondamentale pour s’éterniser au pouvoir constituerait l’étincelle de trop sur un baril de poudre. L’apaisement proposé aujourd’hui est l’ultime rempart avant le ‘‘chaos politique’’.
La Pros.