A l’issue de ses échanges avec les responsables des confessions religieuses, en début de weekend dernier, le Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a donné son avis favorable à la tenue d’un nouveau dialogue national entre congolais. Ce qui conforte le tandem ECC-CENCO, qui a toujours fait de l’organisation du dialogue national inclusif entre les différents acteurs politiques et sociaux du pays son cheval de bataille, convaincu qu’il serait susceptible de créer les conditions pour la résolution de la crise sécuritaire qui sévit particulièrement dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Si cette initiative est bien accueillie par certaines organisations de la société et par l’opposition réunie au sein de la Coalition C64, la majorité de congolais est très sceptique quant à la pertinence d’une telle voie de sortie de crise. Un avis que partage totalement l’acteur politique et enseignant d’universités, André Mulumba, qui estime, dans une interview accordée à notre Rédaction, que ce n’est pas un simple dialogue (inclusif soit-il) qui va permettre de bouter les agresseurs rwandais et leurs marionnettes de l’AFC/M23 hors du territoire national et ramener définitivement la paix dans cette partie du pays.
« De prime abord, je dois rappeler qu’en République démocratique du Congo, nous avons toujours dialogué, sous l’arbre à palabres, pour régler nos querelles internes. Depuis la guerre de l’AFDL, nous avons organisé autant de dialogues et de cycles de négociations entre les filles et fils de la RDC, sans pour autant résoudre définitivement l’équation sécuritaire de l’Est de la RDC. Cela pour la simple raison qu’il ne s’agit pas d’une guerre civile mais bel et bien d’une guerre d’agression, qui ne peut pas être résolue par des simples conciliabules entre les congolais », a-t-il indiqué.
Observateur de la vie politique du pays depuis plusieurs décennies, le Professeur André Sitty Mulumba pense que le véritable dialogue national doit être convoqué par le Chef de l’État et ne doit surtout pas être la reproduction du fameux dialogue Entre Congolais, tenu à Sun-city, et qui avait accouché d’une formule inédite de partage du gâteau et des postes entre les belligérants (1+4).
« La majorité de congolais est prête à soutenir tout dialogue national, qui se déroule dans le strict respect des institutions de la République, démocratiquement établies, de l’ordre constitutionnel ainsi que des décisions de la justice. Il est hors de question qu’on ait un dialogue qui sert de blanchisserie aux auteurs des crimes contre le peuple congolais et qui leur accorde une prime à l’insurrection et à la trahison.
C’est pourquoi, personnellement, je n’adhère pas au concept de dialogue inclusif, qui implique la participation des proxis du Rwanda, comme Corneille Nangaa et Joseph Kabila, qui n’ont d’autre agenda à défendre que celui de Paul Kagame et son régime sanguinaire. La paix véritable ne peut être bâtie sur l’impunité.
En outre, le dialogue ne doit jamais être transformé en un marché politique où les professionnels de la politique et autres chasseurs de poste vont se partager le pouvoir, non pas pour servir l’intérêt du peuple mais pour se servir dans la mangeoire étatique », a martelé l’universitaire André Mulumba, qui dit souscrire à un dialogue, à tenir sous le leadership du Chef de l’État, et dont le but principal sera de créer un front commun interne des nationalistes et patriotes contre l’agresseur et ses suppôts.
« Ce dialogue auquel je souscris devra également être un cadre de réflexion sur les véritables défis de la nation congolaise , notamment le renforcement de notre appareil de défense et de sécurité afin de reconquérir les territoires sous occupation des forces étrangères, le redressement du secteur justice, la lutte contre les antivaleurs ainsi que la recherche des voies et moyens, pour mettre fin au paradoxe d’un pays riche en ressources naturelles et dont la population vit dans la pauvreté ».
Et au regard des récents propos du Président Paul Kagame selon lesquels « Faire disparaitre le M23, c’est aussi vouloir faire disparaitre le Rwanda », l’acteur politique André Mulumba explique pourquoi, de son point de vue, un nouveau dialogue entre congolais n’est pas la solution idoine à la guerre d’agression imposée à la RDC par son voisin rwandais.
« A travers ses propos, le despote de Kigali dit clairement aux congolais qu’il n’accepterait jamais que ses supplétifs congolais du M23 puissent échapper à son contrôle, en prenant part à un quelconque dialogue, lui privant des acteurs de la « congolisation » de l’agression, et le cas échéant, il va susciter un autre groupe armé pour poursuivre sa guerre de prédation contre la RDC.
« Pour moi, si les USA ne nous aident pas à retrouver le chemin de la paix dans l’Est du pays, en imposant au Rwanda le respect de ses engagements pris dans le cadre des accords de Washington, les congolais, sous le leadership de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, n’auraient d’autres choix que de rechercher des voies et moyens pour requinquer son armée, afin de chasser, les armes à la main, l’armée rwandaise de leur pays. Sans cela, nous risquons de continuer à vivre sous le joug rwandais. Car, comme l’a chanté le musicien sénégalais, Ismaël Lo : « Ce que vous avez perdu par les armes, ne crois pas pouvoir le reprendre par les larmes ».
Nous, congolais, nous devrions comprendre que le seul langage que peut entendre Paul Kagame, c’est le langage des armes. Sinon, il n’aurait pas multiplié les obstacles afin de torpiller la mise en œuvre de l’accord de paix de Washington. Pour vous en convaincre, malgré les mots d’ordre et les ultimatums de Trump Donald, Président de l’hyperpuissance planétaire, Paul Kagame s’entête à poursuivre sa croisade meurtrière à travers le territoire congolais », a-t-il prévenu.
JR Mokolo
